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Au Liban, le pire n’a jusque-là pas eu lieu

Une femme âgée attend d'être testée pour le nouveau coronavirus, au sud du Liban, dans la ville de Jezzine, le 21 mai 2020 (AFP)
Une femme âgée attend d'être testée pour le nouveau coronavirus, dans la ville de Jezzine, au sud du Liban, le 21 mai 2020 (AFP)

Si le Liban se débat depuis des mois pour survivre à un effondrement économique amplifié par le nouveau coronavirus, le pays a échappé à une crise sanitaire d’ampleur, et entamé son déconfinement après trois mois de bouclage.

Dans un entretien à l’AFP, le ministre de la Santé a toutefois appelé à rester « vigilants », dans un pays où la contestation sociale couve par ailleurs toujours.

Moins de 30 décès

Signalée le 21 février, la première patiente atteinte de la maladie COVID-19 faisait partie d’un groupe de pèlerins rentrés d’Iran, alors un des pays les plus durement touchés par la pandémie.

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Ce premier cas, dans un Liban qui ne disposait initialement que de 128 lits pour les patients contaminés, a semé le désarroi et entraîné des projections pessimistes tablant sur des centaines de morts.

Plus de trois mois plus tard, le pays de six millions d’habitants n’a officiellement recensé que 1 256 cas et 27 décès.

« En comparant notre taux d’infection par million d’habitants et notre taux de mortalité, nous constatons que nous nous en sortons beaucoup mieux que les pays qui nous entourent », affirme à l’AFP Souha Kanj, qui dirige le département des maladies infectieuses à l’Université américaine de Beyrouth (AUB).

À l’échelle régionale, une poignée de pays soutiennent cette comparaison, comme la Tunisie (un millier de cas et moins de 50 décès pour plus de 11 millions d’habitants). Mais, pour d’autres, les chiffres officiels soulèvent des interrogations.

Au Liban, bien que certains cas aient pu ne pas être signalés et que l’ampleur du dépistage parmi la population est restée limitée, les professionnels de santé conviennent qu’une épidémie majeure n’auraient pas pu passer inaperçues.

La plupart des cas récemment signalés concernent des Libanais récemment rapatriés et seuls deux décès ont été enregistrés au cours du mois écoulé.

Réaction du gouvernement

Concernant les mesures de confinement, le Liban a réagi rapidement. Fin février, les écoles étaient déjà fermées et rapidement les bars et les restaurants ont suivi, puis l’aéroport.

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« Nous avions déjà une bonne préparation en place », explique à l’AFP Firass Abiad, directeur de l’hôpital public Rafic Hariri, principal établissement à avoir accueilli les patients contaminés.

Des tests ont été rapidement mis en place à l’aéroport et une unité de traçage au ministère de la Santé a été créée dans la foulée pour surveiller la propagation.

Au pic de l’épidémie, un couvre-feu a été imposé parfois dès 19 h 00, tandis qu’un système de circulation alternée des véhicules, sur la base des numéros d’immatriculation, a été mis en place en journée pour limiter les déplacements.

La circulation a été interdite les dimanches pour tous les véhicules, le port du masque a été rendu obligatoire dans la rue et des amendes ont été distribuées aux entreprises ne respectant pas les mesures de distanciation sociale.

Les résultats encourageants ont permis un déconfinement progressif.

Spécificités libanaises ?

Selon Souha Kanj, d’autres facteurs expliquent la performance du Liban, notamment la campagne de sensibilisation lancée au début de la pandémie, qui s’est avérée efficace.

Par ailleurs, le nombre de spécialistes des maladies infectieuses par habitant ainsi que le nombre de médecins spécialistes des soins intensifs est élevé au Liban, où se trouvent certains des meilleurs hôpitaux de la région, ajoute-t-elle.

Autre facteur explicatif qui a paradoxalement joué un rôle positif: les attentes extrêmement faibles des Libanais vis-à-vis des autorités, en plein marasme économique.

« Les gens voulaient même prendre des mesures de sécurité supplémentaires […]. Que les gens aient réagi de manière excessive, dans une certaine mesure, c’était une bonne chose », reconnaît Firass Abiad. 

« Nous n’avons pas de transports en commun », indique de son côté Souha Kanj. « Cette fois, cela a joué en notre faveur… »

Dans un entretien à l’AFP, le ministre de la Santé Hamad Hassad a toutefois averti que la bataille n’était pas finie.

« Je pense que le pire […] est désormais derrière nous, mais nous devons rester vigilants. »

Par Jean-Marc Mojon et Alice Hackman, à Beyrouth.