En Irak, le recul de la vaccination des enfants en raison de la pandémie fait craindre une résurgence des maladies
L’Irak fait face à une résurgence de maladies traitables, comme les gastro-entérites à rotavirus ou la grippe, en raison d’un manque d’accès aux vaccins provoqué par la pandémie de coronavirus, ont averti les professionnels de santé et les humanitaires.
Une médecin basé dans le sud de la province de Maysan, qui souhaite rester anonyme, raconte à Middle East Eye s’être rendue à Bagdad le 20 mars pour que sa fille de 4 mois puisse recevoir une série d’inoculations de base. Là, on lui a dit qu’il n’y avait pas de vaccin disponible à l’hôpital.
« Après cela, j’ai contacté un certain nombre de mes collègues pour savoir s’il était possible d’avoir les vaccins dans d’autres centres », poursuit-elle.
En raison d’une pénurie générale de vaccins dans l’ensemble du système de santé irakien, explique-t-elle encore, il est courant que les centres de santé n’ouvrent pas les kits de vaccins (souvent fournis par des agences telles que l’UNICEF) en deçà de cinq enfants en attente de vaccination afin de ne pas risquer de gaspiller les produits.
En conséquence, son bébé a déjà raté cinq rendez-vous de vaccination.
Selon la médecin, les parents ont également peur de se rendre dans les centres de santé par crainte de contracter le COVID-19 et certains centres de santé fonctionnent à 50 % de leur capacité ou sont complètement fermés, le personnel des centres les plus petits étant transféré vers les centres les plus importants.
Elle précise aussi que la pandémie limite la distribution du vaccin contre les infections à pneumocoques, utilisé contre la méningite et la pneumonie. « La pénurie de ce vaccin pourrait entraîner un risque d’épidémie », souligne-t-elle.
De nombreux parents ne savent pas où se rendre
Selon l’UNICEF, en Irak, seulement la moitié des enfants âgés de 12 à 23 mois sont complètement vaccinés contre des maladies mortelles telles que la poliomyélite et la rougeole.
Selon Zeina Awad, porte-parole de l’UNICEF en Irak, les enfants les plus à risque viennent souvent des communautés les plus pauvres des gouvernorats du sud de l’Irak tels que Bassorah, celles touchées par le conflit ou forcées de quitter leurs domiciles.
Khitam al-Khaykanee, directrice général de la Global Jothoor Foundation, un organisme de bienfaisance basé aux États-Unis, relève que certaines régions du pays sont restées des semaines sans vacciner les enfants.
Sur la base des discussions avec les mères et les professionnels de santé, elle remarque aussi que face au nombre de centres médicaux fermés, de nombreux parents ne savent pas où se rendre pour la vaccination.
« Le gouvernement n’a pas fourni d’alternative et n’a pas fourni d’informations fiables sur les endroits où les familles peuvent aller chercher les vaccins nécessaires », explique-t-elle à MEE. « Lorsque nous avons parlé à certains médecins, ils ont répondu : ‘’Nous n’avons pas de directives sur la manière de délivrer les vaccins sans propager davantage le coronavirus’’. »
MEE a contacté le ministère de la Santé pour obtenir des commentaires, mais n’a reçu aucune réponse au moment de la publication.
Traduit partiellement de l’anglais (original).