Épargnés par la pandémie, les Yéménites profitent pleinement du Ramadan
Dans le monde entier cette année, les musulmans vivent un mois sacré inhabituel, les mosquées ayant été fermées dans la plupart des pays sous la menace de la pandémie de COVID-19.
Dans le monde entier sauf… au Yémen, où les autorités ont signalé un seul cas de coronavirus dans l’Hadramaout le 10 avril (depuis présumé rétabli).
« Au cours des cinq dernières années, le Yémen a souffert pendant que le monde regardait nos souffrances à la télévision », rapporte à Middle East Eye Dhafer Murad, un commerçant d’une cinquantaine d’années, à Sanaa, la capitale. « Aujourd’hui, c’est le contraire qui se produit. Nous nous sommes adaptés à la souffrance et nous regardons le monde souffrir du coronavirus. »
Selon Murad, les habitants de Sanaa sont allés faire leurs achats dans des marchés bondés et ont prié dans les mosquées comme à n’importe quel Ramadan.
Les Yéménites, qui ont toujours organisé des iftars collectifs dans les mosquées, offrent des repas gratuits à ceux qui en ont besoin, car les dons caritatifs sont au cœur du Ramadan.
Walid Abdulhameed, 35 ans, raconte à MEE avoir passé la première nuit du Ramadan dans la rue avant d’aller chez un ami jouer aux cartes, une soirée de plaisirs simples désormais impensable pour beaucoup.
« Tout le monde, pas seulement les enfants, est heureux de célébrer le Ramadan, car ce mois sacré nous fait oublier nos souffrances et profiter des bons jours. »
« Aucune chance » que le virus entre au Yémen
Ahmed*, 38 ans, qui avait l’habitude de passer le Ramadan en Arabie saoudite où il a fui, explique à MEE que cette année, tout a changé.
« Chaque année, j’allais à La Mecque ou à Médine pour visiter la tombe de notre prophète Mohammed. Mais cette année, je passe le Ramadan à la maison. Nous ne pouvons même pas aller prier à la mosquée à cause du coronavirus. »
Ahmed, qui a perdu son emploi de journalier et ne peut plus envoyer d’argent à sa famille au Yémen regrette d’être parti en Arabie saoudite. « Je voudrais retourner au Yémen mais c’est au dessus de mes moyens », se désole-t-il.
L’OMS et d’autres organisations humanitaires internationales ont sensibilisé les Yéménites au risque de propagation du coronavirus.
Elles ont demandé aux gens d’éviter les endroits surpeuplés et de maintenir une distance suffisante entre les personnes. Mais la plupart des Yéménites n’ont pas tenu compte de ces conseils, estimant que le nouveau coronavirus ne représente pas une menace pour le pays.
« Même ceux qui ont adhéré aux mesures de précaution ont cessé de le faire », constate Riyadh al-Hammadi, médecin à Ta’izz. Il reconnaît toutefois que si la maladie frappait le Yémen soudainement, elle se propagerait de manière dramatique, car le système de santé du pays a été mis à rude épreuve par des années de guerre.
Dhafer Murad, le commerçant de Sanaa, estime qu’il n’y a pratiquement « aucune chance » que le virus entre au Yémen, précisément à cause de la guerre.
« Le Yémen est assiégé par l’Arabie saoudite depuis 2016 et l’aéroport de Sanaa est fermé. Comment le coronavirus pourrait-il arriver au Yémen ? »
Par le correspondant de MEE, à Sanaa.
*Le prénom a été changé.
Traduit partiellement de l’anglais (original).