« Un vrai parcours du combattant » : le statut inégalitaire des médecins étrangers en France
Il s’appelait Jean-Jacques Razafindranazy. Il est le premier médecin décédé du COVID-19 en France dans l’exercice de ses fonctions, le 21 mars 2020. Originaire de Madagascar, il est tombé malade au cours de gardes aux urgences dans l’Oise, un des départements français les premiers touchés par l’épidémie, dès le mois de février 2020.
Bien qu’étant à la retraite, ce médecin continuait à travailler au centre hospitalier de Compiègne, et avait tenu à prêter main-forte à ses collègues et confrères médecins submergés par le flot continu de patients contaminés par le coronavirus.
Le docteur Razafindranazy était l’un des nombreux Praticiens à diplôme hors Union européenne (PADHUE) en France.
Selon Farid Slimani, pharmacien PADHUE à l’AP-HP (Assistance Publique - Hôpitaux de Paris) et membre du bureau national du Syndicat des praticiens à diplôme hors Union européenne (SPADHUE), « entre ceux qui sont déjà régularisés par concours et ceux en cours de démarche », leur nombre est estimé à 25 000.
Ces médecins, en situation de précarité, sont payés deux à trois fois moins que les médecins français, ne peuvent s’établir à leur compte et ont une évolution de carrière limitée.
Selon une étude de la Fédération des praticiens de santé datant de 2005, une grande majorité vient du Maghreb (16 % du Maroc et de la Tunisie, 14,3 % d’Algérie), soit près de 30 %. 12 % d’entre eux viennent d’Afrique subsaharienne et une part moins importante vient du Moyen Orient, essentiellement du Liban.
« Un long parcours semé d’embûches »
Pour ce pharmacien, diplômé en Algérie et arrivé en France en 2005, la situation difficile des médecins étrangers « existe depuis bien longtemps, mais elle est mise en lumière par la crise sanitaire provoquée par l’épidémie de COVID-19. Ce sont des choses que l’on répète pourtant depuis au moins 2017 », déplore-t-il.
Pour ces praticiens (médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes, sages-femmes) diplômés hors Union européenne, c’est un « long parcours semé d’embûches » pour avoir une situation administrative stable, explique à Middle East Eye Farid Slimani.
Les conditions n’ont cessé de changer. Pour être reconnu et avoir l’autorisation d’exercer, il faut être inscrit à l’Ordre des médecins et passer avant cela un concours, suivi de trois ans de stages, puis d’un passage en commission pour valider le tout.
Traduction : « Le président français salue une équipe composée de jeunes médecins et chercheurs en demandant leurs origines : ‘’Vous êtes d’ou ?’’. La réponse a été surprenante : Tunisie… Maroc... Algérie... Liban… Sénégal… »
Avant 2016, pourtant, les candidats ne passaient qu’un examen, fait remarquer Farid Slimani. « Avec une note supérieure à dix, ils pouvaient passer aux trois années probatoires. En 2016, cet examen est remplacé par un concours, avec un nombre de postes disponibles très limité », poursuit-il.
La réussite au concours ne signifie pas forcément un succès. « Parfois, vous êtes refusé sans raison par la commission, alors que vous avez fait le nécessaire », affirme-t-il.
Les médecins ne peuvent tenter leurs chances au concours que trois fois.
Amir Youssari, 38 ans, a épuisé toutes ses chances. Arrivé en France en 2015 « pour raison familiale », ce cardiologue spécialisé en chirurgie cardio-vasculaire ne peut pas exercer malgré ses compétences et son diplôme. Pourtant, son CV a de quoi impressionner.
Lire la suite.
Par Nadia Bouchenni, à Paris.