Comment la guerre en Ukraine va affecter les négociations sur le nucléaire iranien
L’année dernière, huit cycles de vastes négociations ont eu lieu à Vienne dans l’espoir de parvenir à un accord définitif sur le nucléaire iranien. Mais l’invasion russe de l’Ukraine, lancée le 24 février, a détourné l’attention du monde et on ne sait pas si cette guerre affectera le processus de Vienne.
En vertu de l’accord sur le nucléaire initialement conclu en 2015, les puissances occidentales avaient levé les sanctions sur l’Iran en contrepartie du respect par Téhéran des règles et protocoles définis, notamment la réduction de sa capacité d’enrichissement de l’uranium.
Mais en dépit du fait que l’Iran se soit plié à ces conditions, l’administration Trump a opté pour un retrait unilatéral de cet accord en 2018 et a imposé de nouvelles sanctions encore plus dures.
L’élection de Joe Biden à la présidence américaine en 2020 a marqué un tournant car son administration a exprimé sa volonté de revenir à l’accord. Si les tensions persistent ont persisté lors des cycles suivants de négociation l’année dernière, on espérait que les parties auraient achevé les négociations en février. La guerre en Ukraine a rendu ce calendrier incertain.
L’invasion russe de l’Ukraine, suscitée par les craintes russes que son voisin ne rejoigne l’OTAN, a eu de lourdes répercussions politiques et économiques pour Moscou.
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a accusé les États-Unis d’avoir jeté les bases de ce conflit en s’ingérant dans les affaires internes de l’Ukraine.
Une alliance stratégique
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdullahian, a dit croire que la crise en Ukraine avait été causée par les « provocations » de l’OTAN dans l’arrière-cour russe. Ces commentaires ne sont pas une surprise étant donné l’alliance stratégique de l’Iran avec la Russie et ses relations compliquées avec l’Occident.
Pendant ce temps, alors que se poursuit l’escalade des opérations militaires russes, les intérêts iraniens sont entravés par l’absence actuelle d’accord sur le nucléaire. La priorité absolue de l’Iran est la levée des sanctions économiques qui ont causé une immense souffrance au peuple iranien et à son gouvernement.
Le timing des négociations de Vienne est crucial en raison de l’approche du 21 mars, date du nouvel an iranien, Nowruz, près d’un mois férié qui suspendrait la finalisation de tout accord
Le timing des négociations de Vienne est crucial en raison de l’approche du 21 mars, date du nouvel an iranien, Nowruz, près d’un mois férié qui suspendrait la finalisation de tout accord.
L’Occident se méfie également d’une prolongation des négociations, redoutant les progrès nucléaires de l’Iran qui rendraient caduques les dispositions de l’accord originel.
Quelques jours après le début de la crise ukrainienne, un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères estimait qu’« il y a en effet une urgence critique à conclure les négociations cette semaine ».
Le même jour, les parties aux négociations se sont retrouvées à Vienne pour poursuivre les discussions, alors que la Russie et les États-Unis avaient exprimé leur optimisme à propos de la conclusion d’un accord définitif.
Mais alors que les déclarations optimistes fusaient sur un accord imminent à Vienne, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a jeté un froid samedi en mentionnant « des problèmes du côté russe ».
Deux scénarios se dessinent pour les jours à venir. Le premier : en raison des contraintes, les parties ne parviennent pas à conclure avant le Nouvel An persan, faisant durer le processus et ajoutant au fardeau économique actuel de l’Iran.
Second scénario : très profitables pour l’Iran, les nouvelles restrictions contre la Russie incitent l’Europe et les États-Unis à conclure rapidement un accord.
L’Iran pourrait être une superpuissance énergétique, elle dispose des réserves pétrolières et gazières parmi les plus importantes au monde.
Le retour du pétrole iranien sur les marchés internationaux soulagerait la crise internationale d’approvisionnement, allégeant le fardeau de l’Europe.
Quoi qu’il se passe, les semaines à venir s’avèreront cruciales pour l’avenir de tout accord potentiel.
- Mahjoob Zweiri est maître de conférences en études de l’Iran et du Golfe et directeur de la faculté d’études du Golfe à l’Université du Qatar. Vous pouvez le suivre sur Twitter @mzweiri et sur son site : www.mzweiri.com.
- Leen Al-Rabbat est assistante de recherche à la faculté d’études du Golfe à l’université du Qatar.
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Traduit de l’anglais et actualisé (original) par VECTranslation.
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