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Dérapages de campagne

par Lilia Blaise à Tunis

La chaîne Nessma TV, qui appartient à Nabil Karoui (en photo) a payé plus de 3 000 euros d'amende pour avoir diffusé un spot pour le parti Nidaa Tounes pendant la campagne (Facebook)

Pendant la campagne électorale, 420 infractions ont été commises, notamment lors de l’affichage des listes, selon l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE). Les associations qui ont déployé des réseaux d’observateurs, comme à chaque élection, l’Association tunisienne pour l’intégrité et la démocratie des élections (ATIDE) et Mourakiboun, ont aussi relevé plusieurs incidents

L’organisation I-Watch a par exemple dénoncé l’utilisation des enfants par les partis lors de la campagne électorale – des photos ont circulé montrant des enfants en train de lever des drapeaux ou de distribuer des tracts. Dans les faits, du Parti destourien libre (héritier de l’ancien parti de Ben Ali, le RCD) au parti Ennahdha, les enfants ont participé à la campagne, en arpentant les rues ou les souks avec les militants ou en faisant du porte-à-porte. Le code électoral, dans sa forme actuelle, ne prévoit pas de modalités sur l’emploi des enfants pendant la campagne électorale. 

Autre mauvais élève de la campagne : le parti Nidaa Tounes, qui fait campagne avec le soutien de… Youssef Chahed. Alors que le code électoral impose une neutralité de l’administration dans ces élections, l’actuel Premier ministre a en effet accompagné des candidats dimanche 22 avril pendant leur campagne.

Le 10 avril, la chaîne Nessma TV, qui a diffusé un spot de la campagne du parti progressiste Nidaa Tounes sur son site électronique et sur sa page Facebook, a été rappelée à l’ordre par la Haute autorité indépendante pour la communication audiovisuelle (HAICA). Dix mille dinars d’amende (3 300 euros) et quelques réprimandes plus tard, la chaîne ne couvre plus du tout les élections. Ce n’est pas la première fois que la chaîne écope d’une amende de la HAICA pour ses « dérapages » politiques. Le patron de la chaîne, Nabil Karoui, était lui-même un membre actif du parti Nidaa Tounes jusqu’à 2017.

Depuis cette affaire, les médias privé scouvrent peu la campagne électorale dont les conditions de couverture médiatique ont été établies par la HAICA dans un soucis de neutralité et d’équité du temps de parole. Un candidat du parti Machrou Tounes a par exemple cédé son temps de parole à la télévision nationale. Il a fait l’objet d’une vidéo humoristique sur internet.