Hael al-Fahoum, ambassadeur de Palestine en Tunisie : « On a besoin d’action et pas de déclaration officielle »
par Lilia Blaise à Tunis
C’est via un communiqué du ministère des Affaires étrangères publié lundi 14 mai que la Tunisie a fermement condamné les attaques d’Israël contre les Palestiniens qui ont fait au moins 59 morts et 2 400 blessés dans la bande de Gaza. Le ministère a aussi déclaré qu’au regard de la situation actuelle, le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem était « inapproprié » et « ne pourrait pas mener à la paix dans la région ».
L’ambassadeur palestinien en Tunisie, Hael al-Fahoum, de retour de Palestine ce mardi 15 mai, a déclaré par téléphone à Middle East Eye : « C’est horrible ce qui se passe là-bas, c’est le chaos total. Maintenant, on a besoin d’action et pas de commentaire ou de déclaration officielle. Le monde voit ce qui se passe et ferme les yeux. Et l’administration américaine bloque tout sur place, c’est vraiment terrible. »
Sur les réseaux sociaux, les Tunisiens commentent aussi l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine par le président Trump à Jérusalem. Des appels d’organisations étudiantes à manifester près de l’ambassade américaine à Tunis circulent sur les réseaux sociaux depuis mardi matin.
Différents partis politiques ont aussi réagi, le parti Ettakatol (social-démocrate) a publié un communiqué lundi dans lequel il déclare que « le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, en dehors de tout processus de paix et décidé de manière unilatérale, donne un feu vert au gouvernement sioniste de droite dure pour une effusion de sang palestinien ».
Ce mardi, l'Assemblée des représentants du peuple (ARP) a commencé la séance plénière en accordant une heure aux députés pour parler de la situation à Gaza.
La Tunisie avait déjà exprimé son rejet du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem en février dernier. Le président de l’Assemblée des représentants du peuple, Mohammed Ennaceur, par ailleurs membre du parti Nidaa Tounes, avait pris la parole pendant une session plénièrepour condamner cette décision. Et les députés avaient scandé en chœur le 6 décembre à l’assemblée, « Al-Quds, capitale éternelle de la Palestine ».
La centrale syndicale, l’UGTT, avait déclaré être « profondément préoccupée par l’ampleur de la décision américaine ». Le président de la République Béji Caïd Essebsi avait même convoqué à l’époque, l’ambassadeur américain en Tunisie.
Le mouvement du peuple – parti de gauche dont l’ancien président était Mohamed Brahmi, un opposant politique assassiné en 2013 – a aussi publié un communiqué dans lequel il appelle le Parlement tunisien à voter le projet de loi criminalisant la normalisation avec Israël. Ce projet de loi avait suscité de nombreuses polémiques en commission en décembre dernier et le Parlement tunisien n’en n’avait finalement pas débattu en plénière.
Le parti, qui se dit désormais « musulman démocrate » et non plus islamiste, Ennahdha, a également publié un communiqué en anglais sur sa page Facebook disant que le parti considère l’ouverture de l’ambassade américaine à Jérusalem comme une « violation flagrante des résolutions de l’ONU et des droits des Palestiniens ».
Ces dernières années, la Tunisie a fréquemment manifesté, via les partis de gauche, pour le boycott de produits venant d’Israël. L’année 2017 a notamment été marquée par la déprogrammation du film Wonder Woman avec l’actrice israélienne Gal Gadot par exemple, ou encore la polémique autour de la venue du comédien Michel Boujenah au festival de Carthage.
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Le 15 décembre 2016, l’assassinat de Mohamed Zouari, un ingénieur qui avait fabriqué des drones pour le Hamas palestinien avait suscité l’indignation en Tunisie surtout après qu’un journaliste israélien soit venu couvrir les événements, muni d’un passeport allemand.
Depuis les années 1980, la Tunisie s’est toujours rangée du côté de l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP), ce qui avait valu à la ville de la banlieue-Sud de Tunis, Hammam Chott d’être bombardée par un raid israélien en 1985.
La Tunisie a également accordé en avril 2018 un visa au père de Ahed Tamimi, l’adolescente de 16 ans, devenue une icône de la révolte palestinienne après avoir giflé un soldat israélien dans une vidéo devenue virale.
D’après un récent sondage sur les réactions des pays arabes de l’Arab Center à Washington DC au sujet des positions de Trump au Moyen-Orient, la Tunisie arrive souvent en tête des pays qui désapprouvent le plus la politique du président américain au Moyen-Orient.