« On nous a tout pris, même le droit d’être acteurs de nos révoltes »
Ici aussi, les Palestiniens assistent médusés à cette déferlante de larmes et de sang qui inonde les téléviseurs.
« C’est un massacre. Regardez les images. Regardez les photos que nous recevons. Personne ne peut contredire cela »
- Abou Tareq, réfugié palestinien du camp de Burj el-Barajneh, au Liban
« C’est un massacre. Regardez les images. Regardez les photos que nous recevons. Personne ne peut contredire cela », s’exclame celui que l’on appelle ici Abou Tareq. Il est responsable de l’un des deux comités de surveillance du camp. Ici non plus, l’armée libanaise n’entre pas, et les Palestiniens doivent organiser leur propre sécurité.
Il est à peine 18 heures quand le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, prend la parole à la télévision. Dans un contexte politique et géopolitique explosif, les Palestiniens l’écoutent avec attention. L’un d’entre eux s’exclame : « Ici, nous sommes spectateurs. Nous ne pouvons rien faire. On nous a tout pris, même le droit d’être acteurs de nos révoltes ».
Dans ce camp d’1 km2, près de 45 000 personnes s’entassent, dont environ « 30 % de gens en provenance de Syrie, qu’ils soient des réfugiés palestiniens ou tout simplement des Syriens ayant fui la guerre », commente Abou Tareq.
Son compagnon, Abou Abdallah, responsable du FPLP dans le camp, fustige le traitement réservé aux Palestiniens par le gouvernement libanais : « La situation économique dans le camp est en dessous de zéro. Les lois libanaises interdisent l’accès au monde du travail à beaucoup de Palestiniens, puisque la plupart des métiers nous sont interdits. Personne ne peut acheter une maison en dehors des camps. Tout est contrôlé ».
La nuit tombe sur le camp. Les deux hommes nous mènent dans un dédalle de ruelles très étroites. Il n’y a plus de couverture téléphonique. Nous évoluons dans un labyrinthe sombre et obscur, où s’entrecroisent enfants et hommes armés.