Les Palestiniens commémorent la Nakba en pleurant les morts de Gaza
Les Palestiniens commémoraient ce mardi le 70e anniversaire de la Nakba, la « tragédie » de la création d'Isräel sur les terres de la Palestine historique en 1948, qui contraint quelque 750 000 Palestiniens à l’exil, dépossédés de leurs biens et de leur patrie.
Le bilan des victimes du lundi 14 mai, la journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de l’été 2014 à Gaza, a été révu à la hausse : 61 Palestiniens ont été tués, en majorité par des tirs de snipers israéliens et plus de 2 400 Palestiniens ont également été blessés.
Depuis le 30 mars dernier, date de la première "Grande marche du retour" qui se déroule tous les vendredis depuis, plus de cent Palestiniens ont été tués par l'armée israélienne.
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La plupart des discussions sur les réfugiés palestiniens se concentrent sur les millions de personnes vivant dans des camps à travers le Moyen-Orient – au Liban, en Syrie, en Jordanie et dans les territoires occupés par Israël en Cisjordanie et à Gaza. On oublie généralement les centaines de milliers de Palestiniens qui vivent encore en Israël et qui sont devenus des déplacés internes suite à la Nakba.
De nombreux habitants de Saffuriya, par exemple, ont échappé aux soldats israéliens en 1948 et se sont cachés à Nazareth et ailleurs, dans des lieux épargnés par les opérations d’expulsion, a noté Ilan Pappé, historien israélien et auteur de l’ouvrage Le Nettoyage ethnique de la Palestine, qui étudie la Nakba.
« Ils ont été contraints de subir une seconde indignité en regardant leur cher village disparaître pour être réinventé sous la forme d’un moshav juif »
– Ilan Pappé, historien
Lorsqu’il était devenu évident qu’ils ne seraient pas autorisés à rentrer chez eux, les réfugiés de Saffuriya se sont lentement réinstallés à la périphérie de Nazareth, dans un nouveau quartier qu’ils ont appelé Safafra en hommage à leur ancien village, sur une colline qui le surplombe.
« Ils ont été contraints de subir une seconde indignité en regardant leur cher village disparaître pour être réinventé sous la forme d’un moshav juif [la communauté agricole de Tzipori] », a indiqué Pappé à Middle East Eye.
Presque du jour au lendemain, l’afflux de réfugiés de Saffuriya et d’autres villages détruits a doublé la population de Nazareth.
Les réfugiés se sont vu épargner une nouvelle expulsion seulement parce que le commandant israélien qui a attaqué Nazareth n’a pas réussi à en chasser les habitants.
Un bébé palestinien est décédé après avoir inhalé du gaz lacrymogène pendant les heurts entre manifestants palestiniens et soldats israéliens lundi près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël, a annoncé mardi le ministère de la Santé de l’enclave.
Le bébé, Leila al-Ghandour, était âgée de huit mois, selon cette source.
Traduction : "La 59e victime de la répression brutale d'Israël contre les Palestiniens à Gaza aujourd'hui était Leila Anwar al-Ghandour. Elle avait 8 mois."
Il n’était pas clair dans l’immédiat à quelle distance se trouvaient le bébé et sa famille de la barrière de sécurité.
Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir mardi au lendemain des violences meurtrières à la frontière de la bande de Gaza, où les soldats israéliens ont tué 59 Palestiniens lors de manifestations contre l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem.
Organisée à l’initiative du Koweït, la réunion est programmée à 14 h 00 GMT, selon des sources diplomatiques.
Ces dernières violences ont suscité une vive inquiétude internationale.
L’ONG Amnesty International est allée jusqu’à évoquer des « crimes de guerre ».
L’Union européenne et Londres ont appelé à la retenue, Paris a « condamné les violences ».
L’Iran a dénoncé un « jour de grande honte ».
Ankara a accusé Israël de « terrorisme d’État » et de « génocide », estimant que les États-Unis partageaient la responsabilité du « massacre » à Gaza. La Turquie a décidé, tout comme l’Afrique du Sud, de rappeler son ambassadeur en Israël.
Israël réfute le caractère proclamé pacifiste de la mobilisation à Gaza et prétend qu’elle sert de couverture aux tentatives du Hamas de s’infiltrer en Israël.
Les États-Unis ont pour leur part bloqué lundi l’adoption d’un communiqué du Conseil de sécurité qui entendait exprimer son « indignation et sa tristesse face à la mort de civils palestiniens exerçant leur droit à manifester pacifiquement ».
(AFP)
Le président de l'Autorité palestinienne a dénoncé lundi en fin de journée un « massacre » israélien dans la bande de Gaza, après la mort de 52 Palestiniens tués par l'armée israélienne.
« Les États-Unis ne sont plus un médiateur au Moyen-Orient », a aussi déclaré Mahmoud Abbas à Ramallah, devant la direction palestinienne, a rapporté l’AFP qualifiant l'ambassade américaine de « nouveau poste avancé de la colonisation ».
Il a annoncé trois jours de deuil dans les territoires palestiniens et une grève générale mardi, jour où les Palestiniens marquent la Nakba, la catastrophe que représente pour eux la création en 1948 de l'État d'Israël.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a accusé lundi Israël de « terrorisme d'État » et de « génocide ». « Israël sème le terrorisme d'État. Israël est un État terroriste », a-t-il déclaré à des étudiants turcs à Londres, dans un discours retransmis à la télévision.
« Ce qu'Israël a fait est un génocide. Je condamne ce drame humanitaire, ce génocide, d'où qu'il vienne, d'Israël ou d'Amérique », a ajouté Erdoğan dont le pays a rappelé pour consultations ses ambassadeurs en Israël et aux États-Unis après le « bain de sang », selon le vice-Premier ministre Bekir Bozdag.
Plusieurs personnalités politiques et publiques françaises ont dénoncé la violence utilisée par l’armée israélienne après que 37 Palestiniens ont été tués et 1 700 autres blessés dans la bande de Gaza par des soldats israéliens lors de manifestations pacifiques contre le transfert à Jérusalem de l’ambassade américaine en Israël.
Tous ont souligné les conséquences graves d’une telle décision.
Martine Aubry, maire de la région de Lille, a dénoncé « l’énième provocation de #Trump qui déstabilise le Proche-Orient et fait reculer encore un peu plus le processus de paix ».
Constat partagé par la sénatrice de Paris Esther Benbassa, qui a reproché aux États-Unis de « renoncer à leur rôle de médiateur dans le processus de paix entre les Palestiniens et les Israéliens »
D’autres réactions ont dénoncé la violation du droit international que comporte cette décision. Daniel Simonnet, la coordinatrice du Parti de Gauche, a pointé du doigt « la colonisation israélienne » qui « piétine le droit international ».
La dénonciation n’est pas que politique, Jack Lang le président de l’Institut du monde arabe à Paris, a souligné « la honte » suscitée par la décision de Trump, l’accusant de « détruire l’espoir de paix ».
La France a condamné « les violences » après la mort de 52 Palestiniens tués par l'armée israélienne.
Le président Emmanuel Macron « parlera à tous les acteurs de la région dans les prochains jours », a précisé la présidence française.
Le chef de l’État avait « alerté et mis en garde sur les répercussions » de la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, a-t-elle rappelé.
Le 6 décembre, il avait qualifié de « regrettable » la décision prise le même jour par Donald Trump, « que la France n’approuve pas, et qui contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU ».
« Le statut de Jérusalem est une question de sécurité internationale qui concerne toute la communauté internationale, et, je veux l’affirmer clairement, le statut de Jérusalem devra être déterminé par les Israéliens et par les Palestiniens dans le cadre de négociations sous l’égide des Nations unies », avait-il ajouté devant la presse au cours d'une visite à Alger.
Il avait alors lancé « un appel au calme, à l’apaisement, et à la responsabilité de tous. Nous devons éviter à tout prix les violences et privilégier le dialogue ».
La Maison-Blanche a imputé lundi au Hamas la « responsabilité » de la mort des 52 Palestiniens tués par l'armée israélienne dans la bande de Gaza lors de manifestations contre le transfert à Jérusalem de l'ambassade américaine en Israël.
« La responsabilité de ces morts tragiques repose entièrement sur le Hamas », a dénoncé Raj Shah, le porte-parole adjoint de l'exécutif américain.
Ni le président américain Donald Trump ni son vice-président Mike Pence ne se sont pour l'instant exprimés sur ce sujet.
« Le Hamas provoque intentionnellement et cyniquement cette réponse » israélienne, a développé Raj Shah lors de son point de presse, avant d'ajouter que le mouvement islamiste était « une organisation qui s'est engagée dans des activités cyniques qui ont conduit à ces morts ».
« Cela fait des semaines que le gouvernement israélien essaie de gérer cela sans violence », a-t-il également déclaré, en évoquant la « propagande » du Hamas.
Amnesty International a dénoncé une « violation abjecte » des droits de l’homme à Gaza suite à la mort de 37 Palestiniens qui ont succombé à des tirs de l’armée israélienne dans des manifestations contre le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.
« Nous assistons à une violation abjecte du droit international et des droits de l’homme à Gaza », a dénoncé Amnesty International sur Twitter. « Ceci doit cesser immédiatement », a poursuivi l’organisation.
Traduction : « #Gaza. Nous sommes témoins d’une abominable violation du droit international et des droits humains. 38 morts confirmés, y compris des enfants et des mineurs, et près de 2000 blessés. Plus de 500 blessés par balles réelles. Cette horreur doit cesser maintenant. »
Dans une déclaration écrite, le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale a pour sa part appelé « Israël à mettre immédiatement fin à l’usage disproportionné de la force contre les manifestants palestiniens, à s’abstenir de tout acte qui pourrait faire de nouvelles victimes et à garantir que les blessés palestiniens aient un accès rapide et sans entrave aux soins médicaux ».
L'Arabie saoudite a condamné lundi les tirs israéliens sans évoquer l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem.
« L'Arabie saoudite condamne avec force les tirs des forces d'occupation israéliennes contre des civils palestiniens désarmés qui ont fait des dizaines de tués et de blessés », a déclaré un porte-parole du ministère saoudien des Affaires étrangères.
Le porte-parole, cité par l'agence officielle SPA, a appelé la communauté internationale à « assumer ses responsabilités et à faire cesser les violences contre les Palestiniens », rappelant la position de Ryad en faveur des « droits du peuple palestinien ».
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Le porte-parole n'a pas évoqué l'ouverture de l'ambassade américaine à Jérusalem. Le transfert de cette ambassade, décidé par le président Donald Trump, avait été condamné par le sommet arabe organisé en Arabie saoudite le 17 avril.
Des heurts meurtriers ont éclaté lundi lorsque les forces israéliennes ont tiré sur des manifestants palestiniens venus protester contre l'inauguration de l'ambassade, à la frontière entre Gaza et Israël.
Au Qatar, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Louloua al-Khater, a condamné avec force « le massacre » de Palestiniens pendant leur protestation contre la « décision unilatérale des États-Unis de transférer leurs ambassades à Jérusalem ».
Citée par l'agence officielle QNA, la porte-parole a appelé la communauté internationale à agir pour arrêter « la tuerie sauvage ».
Les tirs israéliens lundi dans la bande de Gaza ont tué « huit enfants de moins de 16 ans » parmi les « 45 civils palestiniens » abattus, a affirmé Riyad Mansour, ambassadeur palestinien à l'ONU, lors d'une conférence de presse, selon l’AFP. « Plus de 2 000 [Palestiniens] ont été blessés », a-t-il ajouté. Peu de temps après, le bilan est passé à 52 morts en fin d'après-midi.
L'administration américaine a ostensiblement célébré l'inauguration de son ambassade à Jérusalem tout en passant sous silence les manifestations que cette décision controversée de Donald Trump a provoquées dans la bande de Gaza et leur répression par Israël.
Malgré l'envoi d'une délégation sans poids lourds à la cérémonie d'ouverture de la nouvelle ambassade, Washington n'a pas caché sa joie face à la concrétisation de cette promesse emblématique de la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d'Israël, annoncée le 6 décembre par le président américain dans un chœur de réprobation internationale.
C'est un « grand jour pour Israël », a lancé sur Twitter Donald Trump.
« Aujourd'hui, grâce au leadership du président, nous célébrons l'histoire en marche », a renchéri son vice-président Mike Pence.
La Maison-Blanche a distribué à la presse un communiqué soulignant comment le président républicain tient ainsi un engagement de campagne de manière « rapide et efficace », contrairement à tous ses prédécesseurs qui s'étaient rangés, une fois au pouvoir, à la tradition diplomatique et au consensus international.
Et au sein de la classe politique américaine, y compris chez certains démocrates, on applaudit cette décision qui a été interprétée comme un geste envers la base électorale, notamment évangéliste, du duo Trump-Pence.
Ce ton enjoué tranche avec les images des manifestations sanglantes dans la bande de Gaza contre l'inauguration de l'ambassade, lors desquelles, pendant que se déroulait la cérémonie à Jérusalem, plusieurs dizaines de Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes.
Alors que les capitales européennes ont appelé au « calme » et à la « retenue » pour « prévenir un nouvel embrasement », les États-Unis ont clairement décidé de ne pas s'attarder sur ces protestations.
Seul le gendre de Donald Trump et conseiller présidentiel, Jared Kushner, présent à la cérémonie à Jérusalem, a semblé faire allusion aux manifestations en accusant « ceux qui provoquent les violences » de faire « partie du problème, pas de la solution ».
AFP
Hind Khoudary, collaboratrice de MEE à Gaza, s’est confiée sur les manifestations en cours :
« Rage, impuissance et déception : c’est ainsi que les Palestiniens expriment leur colère, ils ne peuvent pas comprendre comment certains peuvent célébrer le transfert de l’ambassade américaine, alors qu’eux protestent à la frontière sacrifiant leur vie pour la Palestine.
« Je n’ai vu que du sang au cours de la dernière heure. Des manifestants blessés ont été atteints à la tête, au cou, à la poitrine. Les Israéliens ont tiré au hasard sur eux à la minute où ils ont essayé de briser la clôture. Certains corps sont encore coincés là-bas, et les ambulances ne peuvent pas les atteindre. »