Coronavirus : suivez l’actualité dans la région MENA
Live Updates
Pour le romancier libanais Jabbour Douaihy, la pandémie de nouveau coronavirus sera, avec du recul, une grande source d’inspiration pour les écrivains, tout comme l’ont été les guerres et épidémies d’autrefois.
« Les grands auteurs ont écrit sur les épidémies précédentes et les ont utilisées comme des symboles », explique-t-il à l’AFP lors d’une interview en visioconférence.
Le nouveau coronavirus « fera partie de la scène littéraire générale et de l’imagination de l’humanité, tout comme les guerres, la peste et d’autres pandémies », assure-t-il.
Mais si le virus aura bien un impact sur le comportement humain, il ne chamboulera pas totalement notre mode de vie, selon l’écrivain de 71 ans, deux fois nominé pour le prestigieux Prix international de la fiction arabe (IPAF), avec notamment en 2008 son roman Pluie de Juin.
Jabbour Douaihy, qui possède un doctorat de littérature comparé de la Sorbonne, attend le déconfinement complet dans la ville d’Ehden, sur les hauteurs de Tripoli, au Liban, pays relativement épargné par l’épidémie (1 306 cas dont 28 décès).
Personnellement, le romancier dit ne pas avoir été « ennuyé » par les strictes mesures de confinement, bien qu’il ait trouvé dur, au début, de se concentrer sur la lecture et l’écriture.
« Des cicatrices sur nos esprits »
Il compare l’épidémie de COVID-19 à son expérience de la guerre civile libanaise entre 1975 et 1990.
« Je ne pense pas que l’on ait écrit sur la guerre libanaise avant qu’elle soit terminée », estime-t-il.
De la même façon, Jabbour Douaihy dit ne pas vouloir écrire sur l’épidémie de nouveau coronavirus pour le moment.
« Écrire des romans prend du temps, on ne peut pas écrire sur des événements qui sont encore en cours. »
Mais il l’assure, en temps voulu, l’épidémie commencera à inspirer la littérature.
Tout comme Albert Camus, dit-il, a résumé sa philosophie de la futilité dans son roman La Peste (1947), en prenant pour cadre la ville d’Oran, en Algérie.
Ou Rhinocéros, l’oeuvre du dramaturge franco-roumain Eugène Ionesco, qui a utilisé l’histoire d’une pandémie fictive pour critiquer les régimes politiques.
L’épidémie de coronavirus « laissera des cicatrices sur nos esprits, sur la façon dont nous pensons et particulièrement sur l’imagination », assure-t-il encore.
Le romancier ne s’attend cependant pas à un changement fondamental après la pandémie, que ce soit dans le monde politique, économique ou dans la société.
« On dit toujours que les choses vont être différentes après la crise actuelle, mais je ne suis pas sûr que le comportement humain va changer drastiquement ».
« L’individualisme pourrait se renforcer »
« Je tends vers l’idée que l’humanité surmontera cette pandémie et continuera à détruire l’environnement », même si l’on peut s’attendre à voir « un certain mouvement écologique émerger. »
« Je tends vers l’idée que l’humanité surmontera cette pandémie et continuera à détruire l’environnement »
- Jabbour Douaihy, écrivain libanais
« L’inquiétude pour l’environnement va grandir » et « il va devenir clair que nous devons revenir à une agriculture biologique, appropriée », dit-il encore.
Jabbour Douaihy envisage également un changement en ce qui concerne l’idée d’autosuffisance et de retour vers des économies nationales.
Selon lui, l’apprentissage et l’éducation à distance pourrait aussi se développer, affectant la mondialisation et la communication.
« Le phénomène de consommation excessive », lui, « est là pour rester (et) l’individualisme pourrait se renforcer », estime l’écrivain.
Il met en parallèle la fermeture des frontières en raison de l’épidémie aux gens se réfugiant chez eux.
« Nous retournons dans nos maisons comme si elles étaient un refuge contre le virus. Les États ont fait de même en essayant de s’enfermer », dit-il.
« Cela laisse prévoir un recul des principes que le monde a essayé de promouvoir, comme la liberté de mouvement. »
D’après le romancier, la pandémie a freiné le mouvement transnational mais il est encore « trop tôt pour tirer des conclusions ».
Par Laure Al Khoury, à Nicosie.
L’Arabie saoudite a annoncé vendredi le rétablissement à partir de samedi des restrictions pour endiguer le nouveau coronavirus dans la grande ville de Djeddah, sur la mer Rouge, après avoir récemment commencé à assouplir ces mesures.
Ce rétablissement pour quinze jours a été décidé « après l’examen de la situation épidémiologique à Djeddah et des taux élevés d’occupation des services de soins intensifs », a annoncé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué.
Ces mesures comprennent un couvre-feu de 15 h jusqu’à 6 h, la suspension des prières dans les mosquées et de la présence des employés dans les lieux de travail.
« Le nombre de cas critiques à Riyad, qui a augmenté ces derniers jours, est surveillé en vue de prendre les mesures appropriées si cette hausse se poursuit », a par ailleurs indiqué le communiqué du ministère diffusé par l’agence de presse officielle saoudienne (SPA).
L’Arabie saoudite, pays le plus affecté par la pandémie parmi ses voisins arabes du Golfe, a enregistré à ce jour 96 000 cas de contamination et 642 décès.
Fin mai, les autorités ont commencé à assouplir progressivement le restrictions imposées à la population sauf dans la ville sainte de La Mecque.
Le royaume saoudien avait décidé en mars la suspension du petit pèlerinage à La Mecque (oumra) qui se pratique à longueur d’année.
Les autorités n’ont pas encore annoncé si elles comptaient annuler le hadj, le grand pèlerinage et un des cinq piliers de l’islam, prévu à partir de fin juillet.
Elles ont en revanche incité les musulmans à suspendre leurs préparatifs en vue du pèlerinage qui avait attiré plus de 2,5 millions de pèlerins en 2019.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a annulé vendredi une mesure de confinement brusquement annoncée la veille par son gouvernement, faisant part de son souci de ménager une économie fragilisée par la pandémie de nouveau coronavirus.
Cet imbroglio illustre l’équilibre délicat entre la nécessité de relancer l’économie et celle de ne pas lever trop vite les mesures sanitaires, alors que la Turquie continue d’enregistrer près d’un millier de nouveaux cas chaque jour.
« Une circulaire de notre ministère de l’Intérieur, suivant les recommandations de notre ministère de la Santé, avait annoncé hier soir qu’une restriction sur les sorties serait mise en place dans 15 provinces ce week-end. Cependant, nous avons décidé de réévaluer cette décision après avoir reçu les avis de nos concitoyens », a déclaré Recep Tayyip Erdoğan sur Twitter.
« Nous avons compris que cette décision, visant uniquement à empêcher la propagation de la maladie et protéger nos concitoyens, aurait des conséquences sociales et économiques indésirées […] Par conséquent, en tant que président, j’ai pris la décision d’annuler » cette mesure, a-t-il ajouté.
Le ministère de l’Intérieur avait annoncé jeudi soir l’entrée en vigueur à partir de vendredi minuit d’un nouveau confinement pour la durée du week-end, une mesure mise en place depuis plusieurs semaines pour éviter les rassemblements susceptibles de relancer l’épidémie.
Cette décision annoncée tardivement avait suscité l’incompréhension de nombreux Turcs, alors que la plupart des mesures ont été levées et que les cafés et restaurants ont commencé à rouvrir.
Mercredi, le ministre de la Santé avait même indiqué qu’un confinement n’était pas envisagé pour le week-end à venir.
Le ministre de l’Intérieur, Süleyman Soylu, avait été vivement critiqué en avril après l’annonce du premier confinement, quelques heures à peine avant son entrée en vigueur. Des milliers de Turcs paniqués s’étaient précipités dans les magasins pour faire des provisions.
Après cet épisode chaotique, Süleyman Soylu avait annoncé sa démission, embarrassant Recep Tayyip Erdoğan qui l’avait refusée.
Après l’annonce de Recep Tayyip Erdoğan vendredi, les réseaux sociaux bruissaient de rumeurs sur des tensions entre le président et son ministre de l’Intérieur.
Le Liban a fourni un abri temporaire à 35 travailleuses domestiques éthiopiennes sans abri ni travail, qui campaient devant le consulat éthiopien, a déclaré jeudi un porte-parole du ministère du Travail.
« Nous avons fourni cet abri pour les faire sortir de la rue et nous sommes désormais en contact avec les agences internationales et le consulat éthiopien pour rechercher une solution », a affirmé à l’AFP Hussein Zalghout.
Le Liban traverse depuis l’été dernier une grave crise économique, marquée notamment par une dégringolade de la livre libanaise, ayant ébranlé le pouvoir d’achat de nombreuses familles.
Face à cette débâcle, aggravée par la pandémie du nouveau coronavirus, de nombreux Libanais payent désormais les employés domestiques en livres, contre des dollars auparavant. Certains employeurs ont même arrêté de verser leurs salaires ou les ont mis à la porte.
Certains travailleurs étaient payés 150 dollars par mois avant la crise monétaire qui secoue le pays.
Quelque 250 000 travailleurs immigrés sont employés au Liban selon un système de parrainage appelé « kafala », qui les prive des dispositions du droit de travail.
Ces dernières semaines, des dizaines d’Éthiopiennes ont campé devant le consulat de leur pays.
Parmi elles, certaines avaient été renvoyées par leurs employeurs sans salaire ni passeport, d’autres sont des sans-papiers ou des journalières ayant perdu leur emploi, selon Amnesty International.
Des images montrant ces femmes sans abri ont suscité la réaction de la ministre du Travail, Lamia Yammine Douaihy, qui a déploré mercredi sur Twitter une « scène malheureuse », avant de décider, en coordination avec le Premier ministre et le ministère du Tourisme, de leur offrir un abri.
Le soir même, deux bus ont transporté les 35 employées du consulat à un hôtel de Beyrouth où elles y resteront temporairement, a indiqué Hussein Zalghout.
Les employeurs ayant abandonné arbitrairement celles liées par un contrat « seront punis par la loi et seront inscrits sur une liste noire qui les empêchera d’embaucher à nouveau des domestiques étrangers », a-t-il ajouté.
Le ministère du Travail va également les exhorter à régler tous les arriérés de salaires dus aux employées avant leur rapatriement, faute de quoi ils seront punis par la loi.
Le 21 mai, des dizaines de travailleurs éthiopiens ont regagné leur pays, dans des vols organisés pour leur rapatriement, selon l’Agence nationale d’information.
« Ces femmes font partie des personnes les plus marginalisées de la société et subissent de plein fouet la crise économique qui a été exacerbée par le COVID-19 », a déploré Habe Morayef, directeur régional d’Amnesty. « Le gouvernement libanais ne peut ignorer leur sort ».
Un ferry transportant un millier de personnes résidant en France a quitté jeudi Tunis pour Marseille, le second depuis le 13 mars et la fermeture des frontières en Tunisie, où quelques centaines de personnes sont encore bloquées, selon l’ambassadeur de France.
« On va rentrer reprendre nos activités, retourner au travail, à l’école pour les enfants », s’est réjouie Ahlem, qui travaille dans une banque à Nice dans le sud de la France.
« On est venus pour des vacances, et on est restés bloqués parce qu’il n’y avait plus de vol », explique cette Franco-Tunisienne, qui devra prendre 14 jours de congés pour respecter la quarantaine à son arrivée en France.
Aymen Ksiba, lui, est soulagé de « rentrer après 3 mois de chômage ». Médecin rééducateur à Lyon, installé en France depuis 18 mois, il était venu en Tunisie début mars et devait repartir le 16 mars. « C’est le moment de rentrer et reprendre mon boulot », souligne-t-il.
Le « Danielle Casanova », de la compagnie privée Corsica Linea, qui avait déjà assuré en début de semaine la première liaison maritime entre Alger et la France depuis le 19 mars, a embarqué jeudi à Tunis 1 033 personnes et 263 véhicules.
Les policiers ont intercepté un passager clandestin qui tentait de se dissimuler sous le siège arrière d’une voiture.
Après le dernier ferry le 13 mars et la fermeture des frontières le 15, un premier bateau avait transporté fin mai 500 passagers. Tunis a annoncé la réouverture de ses frontières le 27 juin, dans des conditions encore floues.
« C’est le début de la reprise, on a réussi à faire partir 20 000 personnes dans des conditions très satisfaisantes par rapport à d’autres pays, comme le Maroc », s’est félicité l’ambassadeur de France en Tunisie Olivier Poivre d’Arvor.
Plus de 6 000 personnes ont quitté l’Algérie par des vols spéciaux vers l’Hexagone, selon l’ambassade de France à Alger, et 30 000 Français du Maroc sont également rentrés par 200 vols spéciaux selon le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.
En Tunisie, « il ne reste plus que quelques centaines de personnes, dont certaines veulent rester », a estimé l’ambassadeur, tout en soulignant « ce n’est pas fini ».
Il a dit encore attendre les « mesures exactes » qui concerneront les Français qui veulent passer des vacances en Tunisie, les Tunisiens de France qui veulent rentrer dans leur pays, ou encore les Tunisiens qui voudraient passer quelques jours en France.
Si le Liban se débat depuis des mois pour survivre à un effondrement économique amplifié par le nouveau coronavirus, le pays a échappé à une crise sanitaire d’ampleur, et entamé son déconfinement après trois mois de bouclage.
Dans un entretien à l’AFP, le ministre de la Santé a toutefois appelé à rester « vigilants », dans un pays où la contestation sociale couve par ailleurs toujours.
Moins de 30 décès
Signalée le 21 février, la première patiente atteinte de la maladie COVID-19 faisait partie d’un groupe de pèlerins rentrés d’Iran, alors un des pays les plus durement touchés par la pandémie.
Ce premier cas, dans un Liban qui ne disposait initialement que de 128 lits pour les patients contaminés, a semé le désarroi et entraîné des projections pessimistes tablant sur des centaines de morts.
Plus de trois mois plus tard, le pays de six millions d’habitants n’a officiellement recensé que 1 256 cas et 27 décès.
« En comparant notre taux d’infection par million d’habitants et notre taux de mortalité, nous constatons que nous nous en sortons beaucoup mieux que les pays qui nous entourent », affirme à l’AFP Souha Kanj, qui dirige le département des maladies infectieuses à l’Université américaine de Beyrouth (AUB).
À l’échelle régionale, une poignée de pays soutiennent cette comparaison, comme la Tunisie (un millier de cas et moins de 50 décès pour plus de 11 millions d’habitants). Mais, pour d’autres, les chiffres officiels soulèvent des interrogations.
Au Liban, bien que certains cas aient pu ne pas être signalés et que l’ampleur du dépistage parmi la population est restée limitée, les professionnels de santé conviennent qu’une épidémie majeure n’auraient pas pu passer inaperçues.
La plupart des cas récemment signalés concernent des Libanais récemment rapatriés et seuls deux décès ont été enregistrés au cours du mois écoulé.
Réaction du gouvernement
Concernant les mesures de confinement, le Liban a réagi rapidement. Fin février, les écoles étaient déjà fermées et rapidement les bars et les restaurants ont suivi, puis l’aéroport.
« Nous avions déjà une bonne préparation en place », explique à l’AFP Firass Abiad, directeur de l’hôpital public Rafic Hariri, principal établissement à avoir accueilli les patients contaminés.
Des tests ont été rapidement mis en place à l’aéroport et une unité de traçage au ministère de la Santé a été créée dans la foulée pour surveiller la propagation.
Au pic de l’épidémie, un couvre-feu a été imposé parfois dès 19 h 00, tandis qu’un système de circulation alternée des véhicules, sur la base des numéros d’immatriculation, a été mis en place en journée pour limiter les déplacements.
La circulation a été interdite les dimanches pour tous les véhicules, le port du masque a été rendu obligatoire dans la rue et des amendes ont été distribuées aux entreprises ne respectant pas les mesures de distanciation sociale.
Les résultats encourageants ont permis un déconfinement progressif.
Spécificités libanaises ?
Selon Souha Kanj, d’autres facteurs expliquent la performance du Liban, notamment la campagne de sensibilisation lancée au début de la pandémie, qui s’est avérée efficace.
Par ailleurs, le nombre de spécialistes des maladies infectieuses par habitant ainsi que le nombre de médecins spécialistes des soins intensifs est élevé au Liban, où se trouvent certains des meilleurs hôpitaux de la région, ajoute-t-elle.
Autre facteur explicatif qui a paradoxalement joué un rôle positif: les attentes extrêmement faibles des Libanais vis-à-vis des autorités, en plein marasme économique.
« Les gens voulaient même prendre des mesures de sécurité supplémentaires […]. Que les gens aient réagi de manière excessive, dans une certaine mesure, c’était une bonne chose », reconnaît Firass Abiad.
« Nous n’avons pas de transports en commun », indique de son côté Souha Kanj. « Cette fois, cela a joué en notre faveur… »
Dans un entretien à l’AFP, le ministre de la Santé Hamad Hassad a toutefois averti que la bataille n’était pas finie.
« Je pense que le pire […] est désormais derrière nous, mais nous devons rester vigilants. »
Par Jean-Marc Mojon et Alice Hackman, à Beyrouth.
À al-Arich, chef-lieu agité du Nord-Sinaï, région orientale de l’Égypte où sévit une insurrection armée, des femmes bravent le danger en se réunissant pour coudre des masques aux motifs bédouins afin de combattre le nouveau coronavirus.
L’Égypte a officiellement enregistré plus de 28 600 cas de COVID-19 dont plus d’un millier de morts.
Jusqu’ici plutôt épargnée par le virus, la péninsule du Sinaï reste en proie à une rébellion sanglante, menée par un groupe local affilié à l’organisation Éat islamique (EI).
Pour Amany Gharib, fondatrice du l’association al-Fairouz qui emploie environ 550 couturières à al-Arich, la violence ne doit pas empêcher la communauté de perpétuer ses traditions, ni les femmes de valoriser leur travail.
« Les masques sont faits de deux couches : une première aseptique, en contact direct avec le visage, et une seconde, brodée, à l’extérieur », explique-t-elle par téléphone à l’AFP, entre deux interruptions de la ligne.
Très isolée et militarisée, la province du Nord-Sinaï est interdite aux journalistes et les télécommunications y sont souvent perturbées.
Par mesure de protection, toutes les ouvrières portent des gants et un masque à l’intérieur de leur atelier.
Fabriqués en deux jours en moyenne, les masques sont désinfectés, emballés et transportés jusqu’au Caire où ils sont vendus en ligne à 40 livres (2,2 euros) pièce sur Jumia, le site de commerce en ligne le plus important du continent africain, poursuit Amany Gharib.
Tradition artisanale
« J’ai appris à broder quand j’étais jeune, en observant ma mère », confie Naglaa Mohamed, femme au foyer de 36 ans. Dans un contexte de forte instabilité, elle parvient aujourd’hui tout juste à gagner de quoi vivre, grâce à la broderie.
« Nous touchons des commissions sur les commandes qu’on reçoit […]. Avec les masques, nous avons relevé un nouveau défi », ajoute-t-elle fièrement.
Avec la pandémie, les difficultés économiques se sont multipliées dans le Sinaï, déjà en situation de précarité.
« Les temps sont durs pour les femmes mais nous nous sommes adaptées », raconte Amany Gharib.
Habituée à coudre des perles et des bijoux sur des vêtements variés, Naglaa Mohamed fabrique des masques aux motifs traditionnels bédouins depuis le début de la crise sanitaire.
Omniprésents dans le Sinaï, ces motifs géométriques et colorés ornent tous types d’objets, des vêtements aux coussins en passant par les sacs à mains et cette tradition artisanale perdure malgré les troubles sécuritaires qui secouent la région depuis des années.
Au fil des générations, les femmes de la communauté bédouine d’Égypte, à l’instar de Mme Mohamed, se sont transmis l’art du tissage et de la broderie de perles, appelée « tatriz ».
« Vivre avec »
Historiquement nomades, les bédouins sont une population constituée de tribus–aujourd’hui largement sédentaires– qui peuplent différentes régions du monde arabe.
Les forces de sécurité égyptiennes s’efforcent de contenir l’insurrection qui s’est intensifiée dans la péninsule après l’éviction par l’armée en 2013 du président islamiste Mohamed Morsi à la suite d’importantes manifestations.
L’armée a ainsi lancé en février 2018 une vaste opération « antiterroriste » dans le Sinaï et dans certaines parties du désert occidental, entre la vallée du Nil et la frontière avec la Libye.
Depuis son lancement, plus de 970 terroristes présumés et des dizaines de militaires ont été tués, selon les chiffres officiels.
En novembre 2017, plus de 300 personnes avaient été tuées par des combattants de l’EI dans une mosquée du Nord-Sinaï.
Si le virus n’a pas arrêté la violence, Amany Gharib dit avoir confiance dans l’armée qui apporte « un sentiment de sécurité » à al-Arich.
« Quand l’un de nous est tué, nous le considérons comme un martyr », explique Amany Gharib, décrivant une population très soudée au sein de laquelle chacun connaît quelqu’un qui a péri dans une attaque.
« Nous sommes en guerre contre le terrorisme […] mais les gens ont appris à vivre avec. »
Par Farid Farid, au Caire.
« Le bac, c’est un passeport pour une vie meilleure, mais […] je ne sais pas si j’y arriverai », confie Mohamed, un lycéen dépourvu d’internet dans le sud algérien. Au Maghreb, la pandémie de COVID-19 a renforcé l’inégalité des chances dans l’enseignement.
« Je m’accroche avec mes bouquins de classe mais ce n’est pas suffisant », avoue ce lycéen de 18 ans de Ouargla, inquiet à la perspective de passer son bac six mois après avoir quitté le lycée, pandémie de COVID-19 oblige.
En Algérie, au Maroc et en Tunisie, les établissements scolaires ont fermé à la mi-mars lorsque l’épidémie s’est propagée.
Le troisième trimestre est fichu. Et les dates du sacro-saint baccalauréat –sésame indispensable pour l’université– varient.
La Tunisie allège ses mesures de confinement et plus de 100 000 « bachoteurs » ont repris le chemin du lycée la semaine dernière. Les épreuves auront lieu en juillet.
« Quand tu entres dans ton lycée et que tu vois qu’on s’occupe de toi, en te donnant des masques et en te prenant la température, tu te sens en sécurité », se rassure Sarah Touiti, devant le lycée privé des Pères Blancs à Tunis.
La capacité des salles a été réduite de moitié pour garantir une distanciation d’au moins un mètre entre élèves. Le port du masque est obligatoire pour tous.
Le confinement ? L’occasion d’effectuer une « bonne révision », se sont consolés des candidats sur les réseaux sociaux.
« Limites du système »
Tout le monde n’est pas aussi bien loti.
La fermeture des établissements scolaires révèle les inégalités d’accès à l’enseignement censé être le même pour tous.
La crise sanitaire a montré « les limites du système éducatif algérien », juge la chercheure en anthropologie sociale, Aïcha Benamar.
Le fossé entre élèves du privé et du public, entre ceux qui ont accès à l’éducation en ligne ou à des cours particuliers, et ceux qui en sont dépourvus, s’est creusé avec l’épidémie– surtout au détriment des régions rurales déshéritées.
La couverture internet y est erratique, sinon inexistante. Beaucoup de familles, et même d’enseignants, ne disposent pas d’ordinateurs.
Au Maroc, où les examens du bac se dérouleront en juillet et septembre pour environ 400 000 élèves, l’accès aux « classes virtuelles » via les applications Teams, WhatsApp ou Facebook, tout comme le suivi des leçons à la télévision, n’est pas garanti pour tous.
Le président de la Fédération marocaine des associations de parents d’élèves, Noureddine Akkouri, estime que l’enseignement à distance « n’a pas été un succès » pour les « familles et leurs enfants dans le monde rural et les régions reculées en raison du coût et de l’absence de couverture réseau ».
Les efforts de déploiement d’un tel enseignement se sont heurtés « à un vrai problème d’égalité des chances », a reconnu le ministre marocain de l’Education, Saïd Amzazi. « Nous ne pouvions pas servir tous les élèves. »
Soutien psychologique
Afin de tenter de garantir l’égalité des chances, les sujets du bac, dans les trois pays, ne porteront que sur les cours dispensés en classe avant la fermeture des lycées.
Mais Senda Mechergui, 17 ans, qui passera son bac en économie/gestion en 2021 dans un lycée public tunisien, est « sans aucune nouvelle des enseignants » depuis qu’elle est à la maison.
Hormis ses cours, Senda n’a pas grand-chose pour potasser. Elle s’ennuie chez elle : « C’est trop, même sur le plan psychique ».
En Tunisie, seule une partie de l’enseignement privé a dispensé des cours à distance.
La présidente de la Fédération algérienne des parents d’élèves, Djamila Khiar, réclame un « soutien psychologique » pour ceux qui n’arrivent pas à réviser.
Pour l’anthropologue Aïcha Benamar, il n’y a pas d’autre solution que de « rescolariser » les élèves défavorisés « dès le déconfinement, pour éviter qu’ils ne viennent grossir les rangs des décrocheurs » qui quittent l’école avant la fin de leur scolarité.
En Algérie, plus touché que ses voisins par la pandémie, les 650 000 candidats ne passeront le bac que pendant la troisième semaine de septembre.
Pour Chalabi Rebbih, secrétaire général du syndicat des inspecteurs de l’Éducation nationale (SNIEN), cette décision a mis le secteur en « congé de longue durée ». Il fustige les graves répercussions sur des élèves devenus de facto « candidats libres ».
Le ministère de l’Éducation a tardé à lancer une WebTV pour la préparation des examens.
Haithem, 19 ans, étudiant dans un établissement public d’Alger, a « créé un groupe sur Messenger avec des amis pour réviser ».
Angoissé, il s’estime néanmoins chanceux car il suit des cours dans les trois matières principales via une plateforme sur le net.
Ce n’est pas le cas de ses condisciples du grand sud algérien, souvent privés d’internet et qui devront passer les épreuves à une période de forte chaleur.
« Comment passer le bac avec des températures extrêmes sans pouvoir, peut-être, utiliser la climatisation à cause du risque de propagation du virus ? », s’alarme Mohamed Kaoudja, enseignant à Ouargla.
Au-delà de 2020, le sociologue algérois Zoubir Arous est soucieux pour l’avenir : « Déjà que le niveau du bac régresse d’année en année, on va le brader davantage. Cela va être catastrophique pour l’université ».
Par Amal Belalloufi, à Alger.
Sur l’écran de sa télévision, le spectateur voit plusieurs personnes parlant à tour de rôle face à leur laptop. La scène peut rappeler une visioconférence d’entreprise, mais il s’agit d’un dialogue entre acteurs dans une série turque tournée en pleine crise du coronavirus.
Les Turcs sont connus pour leur engouement pour les « diziler », les séries télévisées locales. Et il était hors question pour les producteurs de « Tutunamayanlar » (« les Marginaux ») d’arrêter le tournage du feuilleton, diffusé en prime-time depuis janvier sur la principale chaîne publique de Turquie, où le COVID-19 a fait plus de 4 500 morts sur quelque 165 000 cas recensés.
Pour respecter les règles de distanciation sociale, les six derniers épisodes de la série ont été tournés sur la base d’un nouveau script où pratiquement tous les dialogues se font via la plateforme de visioconférence Zoom. Et les acteurs jouent leur rôle seuls dans des endroits différents.
La star de la série, Dogu Demirkol, est le seul acteur à se rendre sur le plateau de tournage à Beykoz, sur la rive asiatique d’Istanbul, alors que ses collègues interprètent leur rôle depuis leurs maisons.
Dogu Demirkol, qui campe le personnage de Tarik, un jeune chômeur qui enchaîne les échecs dans la vie, affirme que l’équipe s’est adaptée au nouveau mode de tournage.
« Ni costume ni maquillage »
« Il n’y a personne à côté de moi. Moi je joue de mon côté et les autres font de même. Parfois nos dialogues s’emmêlent et il faut donc qu’on fasse attention pour ne pas empiéter sur les répliques des collègues », explique-t-il dans la grande maison en bois qui sert de plateau de tournage.
« Les sensations ne sont pas les mêmes, on sent que c’est un peu artificiel, mais on s’amuse quand même », ajoute-il.
Sur le plateau, des techniciens portant des tenues de protection fixent l’angle de la caméra et procèdent aux réglages nécessaires avant de se retirer vers une cabine d’où ils opèrent à distance.
« Un nombre limité de personnes viennent ici. On ne porte pas de costume et personne ne s’occupe de notre maquillage ou coiffure », affirme Dogu Demirkol, qui a acquis une renommée internationale pour son rôle dans « Le Poirier sauvage » du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan.
Quand le tournage commence, Dogu Demirkol regarde la caméra contrôlée à distance et dit ses lignes. Les autres acteurs font de même sur Zoom. Le réalisateur supervise le tournage depuis une autre ville, également à l’aide du logiciel de visioconférence.
Dogu Demirkol a opté pour un tournage sur le plateau, contrairement à ses collègues, en raison de l’importance de son rôle dans la série.
« Si je reste assis moi aussi, cela voudra dire que tout le casting est assis. Et cela va ajouter à l’ennui des téléspectateurs enfermés chez eux. Comme ça au moins il voient à la télé quelqu’un qui bouge », explique-t-il.
« Marque de fabrique »
Le produit final a reçu un accueil plutôt positif auprès des téléspectateurs.
« La série est parvenue à me faire rire en ces temps difficiles », dit l’un d’eux, Emrah Gurel, un Stambouliote.
« Et je n’ai pas trouvé bizarre l’utilisation de Zoom, bien au contraire. Cela sonne d’autant plus vrai que nous aussi nous utilisons Zoom actuellement pour parler à nos amis », ajoute-il.
Effectuer le tournage tout en respectant les règles sanitaires ne fut pas de tout repos pour les équipes techniques oeuvrant sur le plateau.
« C’est difficile de travailler en portant les tenues et équipements de protection, mais on s’y est habitué tant bien que mal », confie Yener Yalcin, un assistant.
Les séries turques, qu’elles portent sur les exploits militaires de l’empire ottoman ou mettent en scène d’interminables histoires d’amour, ont connu un succès fulgurant ces dernières années dans le monde arabo-musulman et au-delà.
Le dernier exemple en date est le succès rencontré par la fresque « Résurrection : Ertugrul », du nom du père du fondateur de l’empire ottoman.
« Les séries turques sont devenues une marque de fabrique et nous avons une part importante dans cette industrie au niveau mondial », souligne Basak Aykut, directrice artistique des « Marginaux ».
« Et je ne pense pas que la situation actuelle va nuire à ce secteur, car aussi longtemps que les gens sont enfermés chez eux ils vont regarder la télévision », pronostique-t-elle.
Par Fulya Ozerkan, à Istanbul.
Après 70 jours passés à prier chez eux, les fidèles de la bande de Gaza ont retrouvé mercredi le chemin de leurs mosquées, qui avaient fermé dans le cadre de la lutte contre le nouveau coronavirus dans l’enclave palestinienne.
Certaines avaient déjà rouvert leurs portes à l’occasion de l’Aïd al-Fitr, fête musulmane qui a marqué la fin du Ramadan il y a dix jours, mais ce sont désormais toutes les mosquées qui sont ouvertes dans la bande de Gaza.
Khader Moussa, 40 ans, était « empli de joie » de pouvoir de nouveau prier dans sa mosquée. Mais cet habitant de la ville de Gaza est resté prudent, en y allant « seulement deux minutes avant le début de la prière pour éviter tout contact avec les autres fidèles » et en quittant les lieux « sans serrer de mains ».
Le ministère des Affaires religieuses a demandé aux fidèles de continuer à porter des masques de protection et à respecter la distanciation physique, assurant dans un communiqué que les mosquées continueraient d’être désinfectées pour éviter toute propagation du virus.
La bande de Gaza a officiellement enregistré une soixantaine de cas de COVID-19 et un décès depuis l’annonce d’une première contamination le 22 mars, qui avait poussé à la fermeture des mosquées, restaurants et universités.
Le nombre de malades avait plus que doublé mi-mai en raison d’une vague de retour de résidents depuis l’Égypte et, en nombre plus restreint, d’Israël.
Dès le début de la pandémie, des observateurs avaient alerté des risques encourus par les habitants de la bande de Gaza en raison de la forte densité de population, des infrastructures sanitaires défaillantes et du taux élevé de pauvreté.
Deux millions de Palestiniens vivent sous strict blocus israélien dans cette étroite bande de terre, coincée entre Israël, l’Égypte et la mer Méditerranée et contrôlée par le mouvement islamiste palestinien Hamas.
Les malls et les sociétés privées de Dubaï pourront reprendre « totalement » leurs activités dès mercredi dans l’émirat, ont annoncé mardi les autorités dans le cadre de la levée des restrictions prises pour lutter contre le nouveau coronavirus.
Les sociétés du secteur privé avaient été autorisées la semaine dernière à travailler à 50 % de leur capacité.
« Les centres commerciaux et les sociétés du secteur privé […] pourront être totalement opérationnels […] à partir de demain, mercredi 3 juin », a tweeté mardi le Bureau des médias de Dubaï.
Figurent parmi les centres commerciaux de Dubaï le Mall of the Emirates, qui dispose d’une piste de ski en intérieur, et le Dubai Mall, l’un des plus grands du monde, situé juste à côté de la Burj Khalifa, la plus haute tour de la planète.
Des mesures de protection devront cependant être prises dans les centres, comme le port de masques, la distanciation sociale (deux mètres) et l’utilisation d’un gel hydroalcoolique, selon le Bureau des médias.
Un couvre-feu nocturne est toujours en vigueur pour sept heures à partir de 23 h.
L’émirat de Dubaï a l’économie la plus diversifiée du Golfe qui dépend hautement du commerce, du tourisme et de l’immobilier.
Les Émirats arabes unis ont enregistré plus de 35 000 cas de personnes contaminées par le coronavirus, dont 269 morts. Ils ne rendent cependant pas publics les chiffres pour chaque émirat.
Abou Dhabi a lui décidé d’imposer « une interdiction d’entrer et de sortir de l’émirat » pendant une semaine à partir de mardi pour lutter contre la pandémie, sans donner de raison particulière à cette mesure.
Les activités de plein air, telles que l’équitation, le cricket, le cyclisme, le golf et la voile sont désormais également autorisées.
La Grèce a annoncé mardi avoir suspendu les vols à destination et en provenance du Qatar jusqu’au 15 juin après avoir détecté plusieurs cas de coronavirus sur un vol reliant Doha à Athènes.
Douze personnes sur 91 voyageant à bord d’un avion de Qatar Airways, qui s’est posé lundi à Athènes, ont été testées positives au COVID-19, a indiqué l’autorité grecque de protection civile dans un communiqué.
Parmi les personnes testées positives figurent neuf ressortissants pakistanais résidant en Grèce, deux Grecs vivant en Australie et un membre d’une famille gréco-japonaise.
Elles seront mises en quarantaine dans un hôtel pendant une durée de deux semaines, a précisé le communiqué.
Après un déconfinement graduel entamé le 4 mai, le début de la saison touristique commence officiellement le 15 juin en Grèce avec la réouverture des hôtels saisonniers et la reprise régulière de nombreux vols internationaux en provenance des régions les moins touchées par la pandémie.
La Grèce avait annoncé vendredi dernier l’ouverture des aéroports d’Athènes et de Thessalonique (nord) aux touristes de 29 pays, dont une quinzaine de l’Union européenne, à compter du 15 juin.
Du 15 au 30 juin, les avions ne pourront atterrir que dans ces deux villes. Les autres aéroports régionaux et ceux des îles grecques ne seront remis en service que le 1er juillet.
L’industrie du tourisme compte pour environ 20 % du produit intérieur brut (PIB) de l’économie de ce pays.
Moins touchée que ses partenaires européens par la pandémie, la Grèce, qui compte 10,7 millions d’habitants, déplore jusqu’ici moins de 180 morts et environ 3.000 cas de contamination par le nouveau coronavirus.
Le ministère grec de la Santé avait indiqué plus tôt mardi qu’il avait commencé, sur une base volontaire, des tests de dépistage d’anticorps sur le personnel des hôpitaux et des centres de santé.
La Grèce avait annoncé en mai avoir acquis 200 000 tests du COVID-19 auprès du géant pharmaceutique américain Abbott.
L’Arabie saoudite a lancé mardi une conférence virtuelle de donateurs avec l’espoir de lever plus de deux milliards d’euros pour le Yémen en guerre, le chef de l’ONU évoquant une « course contre la montre » face au désastre humanitaire et la crise du nouveau coronavirus.
Cette conférence, organisée par Ryad et l’ONU, se tient alors que les organisations humanitaires s’inquiètent d’une propagation rapide du virus au Yémen. Ce défi sanitaire s’ajoute à la crise humanitaire, la pire au monde selon les Nations unies, après plus d’une demie décennie de guerre.
Depuis mars 2015, l’Arabie saoudite intervient au Yémen à la tête d’une coalition militaire qui appuie le gouvernement yéménite contre les rebelles Houthis, soutenus eux par l’Iran. Cette coalition est accusée de multiples bavures contre des civils au Yémen.
Les travailleurs humanitaires sont confrontés à une « course contre la montre » pour éviter une aggravation de la double crise dans le pays, le plus pauvre de la péninsule arabique, a averti mardi le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.
« Nous sommes dans une course contre la montre. Combattre le COVID-19 en plus de l’urgence humanitaire déjà présente requiert une action urgente », a-t-il martelé lors de cette conférence virtuelle.
« Catastrophe »
Pour l’ONG Médecins sans frontières (MSF), le Yémen se tient au bord d’une « catastrophe », ses infrastructures sanitaires étant trop fragiles pour faire face au nouveau coronavirus, mises à mal par des années de guerre.
Selon l’ONU, le virus est probablement déjà présent dans la plupart des régions du Yémen, où gouvernement et rebelles n’ont annoncé que quelques centaines de cas dans des bilans séparés.
« Le COVID-19 n’est que le dernier défi dans une situation qui se détériore », a affirmé Abdallah al-Rabiah, chef du Centre d’aide et de secours « Roi Salmane », chargé de l’assistance humanitaire saoudienne au Yémen.
Tout en menant ses interventions militaires contre les Houthis « ce qui a mené à une intensification du conflit », Ryad estime être l’un des principaux pourvoyeurs d’aide humanitaire au Yémen, assurant avoir déboursé des milliards d’euros.
« Nous sommes dans une course contre la montre. Combattre le COVID-19 en plus de l’urgence humanitaire déjà présente requiert une action urgente »
- Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU
Aux yeux des rebelles, la visioconférence de mardi est une « tentative stupide [des Saoudiens pour cacher] leurs crimes », a affirmé l’un de leurs porte-paroles, cité par leur chaîne de télévision Al-Masirah.
La guerre a fait des dizaines de milliers de morts, pour la plupart des civils, et l’ONU affirme qu’environ 24 millions de Yéménites « plus des deux tiers de la population » dépendent d’une forme ou d’une autre de l’aide humanitaire.
Si la visioconférence de mardi ne parvient pas à susciter suffisamment de dons, près de 5,5 millions de Yéménites pourraient perdre l’accès à une aide alimentaire et à une eau potable, dans ce pays fréquemment menacé par le choléra, selon l’ONG Save the Children.
Et des infrastructures vitales, telles des cliniques mobiles, pourraient aussi devoir fermer.
En trois ans de boycott par ses voisins arabes, le Qatar s’est adapté à l’isolement. Aujourd’hui, le riche émirat gazier tient à affirmer ses ambitions d’autonomie avec une usine de matériel militaire partiellement reconvertie dans la production de respirateurs pour malades du coronavirus.
Dans l’usine Barzan, noyau de l’industrie de l’armement du petit pays du Golfe, des affiches représentant des soldats brandissant des fusils de fabrication locale vantent la « souveraineté ».
Outre les fusils, les lance-grenades ou les lunettes de vision nocturne, l’usine fabrique aussi des respirateurs pour répondre à la demande en pleine pandémie de COVID-19.
En collaboration avec le fabricant américain de matériel de défense Wilcox, l’usine vise l’objectif de 2 000 respirateurs produits par semaine, dont une grande partie est destinée aux « pays amis ».
« Nous avons pensé que c’était le moment idéal pour augmenter la production », a déclaré Nasser Al-Naimi, directeur général de l’entreprise publique Barzan Holdings.
Cette société est la dernière manifestation de l’offensive de charme de Doha visant à cimenter d’anciens partenariats et à s’assurer de nouvelles alliances, après sa brusque mise à l’écart par des puissances régionales rivales.
En juin 2017, trois voisins du Golfe, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn, ainsi que leur allié égyptien, ont brutalement rompu leurs relations diplomatiques et économiques avec Doha.
Le quatuor accuse le petit mais très ambitieux émirat de soutenir des mouvements islamistes, d’être trop proche de l’Iran et d’ingérence dans les affaires intérieures des pays arabes.
Le Qatar a nié ces accusations et refusé d’accepter les 13 conditions imposées par ses adversaires pour une reprise des relations. Parmi ces demandes : la fermeture d’une base turque et, surtout, de la chaîne de télévision Al-Jazeera, bête noire des régimes arabes.
« Un mal pour un bien »
Nasser Al-Naimi a dû superviser la mise en place d’un pont aérien pour faire venir des États-Unis les machines servant à fabriquer les respirateurs, une méthode déjà utilisée par le Qatar pour importer des vaches laitières au début de l’embargo.
« Il y avait un plan de cinq ans pour importer ces machines mais on les a obtenues tout de suite », a déclaré Nasser Al-Naimi dans l’usine flambant neuve située dans un parc scientifique à la périphérie de Doha.
Son isolement par les principaux acteurs économiques du Golfe a contraint le Qatar à s’assurer une certaine autosuffisance avec la constitution de réserves alimentaires ou l’installation de fermes maraîchères, dans un pays qui était fortement dépendant des importations.
Pour Nasser Al-Naimi, le blocus a joué un rôle de « catalyseur ». « C’était un mal pour un bien qui nous a permis de réaliser notre vrai potentiel, de s’assurer que tout ce dont nous avons besoin soit fabriqué ici », poursuit-il.
Selon les responsables de Barzan, cinq pays ont exprimé leur intérêt pour les respirateurs fabriqués au Qatar.
Malgré l’embargo, l’économie de l’émirat a été plus résistante que celles de ses rivaux du Golfe, le Fonds monétaire international (FMI) prévoyant que le pays sera l’un des rares au monde à dégager un excédent budgétaire en 2020.
« Effroyablement cher »
Les autorités restent discrètes sur le coût de production des respirateurs qui, selon David Roberts, un expert de la région, « sera probablement effroyablement cher ».
« À l’ère du COVID-19, nous constatons tous qu’il peut être difficile de se procurer des équipements », fait remarquer David Roberts, selon qui la démarche du Qatar semble être logique.
Par ailleurs, le Qatar n’a pas négligé la sécurité alimentaire.
Dans de vastes entrepôts, cinq aliments de base ont été stockés en grande quantité pour éviter que les étagères des supermarchés ne se vident, comme ce fut le cas au début de l’embargo.
« Nous avons tenu à augmenter les stocks de produits qui ne peuvent pas être cultivés au Qatar afin de relever le défi d’une épidémie telle que celle du coronavirus », assure Jassim Ben Jabr Al-Thani, du ministère du Commerce.
« Nous avons en stock du riz pour huit mois, du sucre pour sept mois et de l’huile pour trois mois », précise-t-il.
En décembre, Doha a déclaré qu’elle augmenterait ses stocks sur six mois de 22 produits essentiels pour trois millions de personnes.
« Il y a dix ans, tout le monde parlait de marché commun du Khalij (Golfe) », rappelle le spécialiste du Moyen-Orient Tobias Borck.
« Le Qatar n’a jamais eu besoin d’autosuffisance mais la crise a créé ce moment de nationalisme et cette volonté de montrer ce dont ils sont capables », observe-t-il.
Par Gregory Walton, à Doha.