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Touchée par une rechute de son tourisme en raison du nouveau coronavirus mais relativement épargnée par la pandémie, la Tunisie cherche à limiter les dégâts pour ce secteur clé, en mettant l’accent sur de strictes mesures d’hygiène et en ciblant un marché surtout local.
Le tourisme tunisien souffre d’un manque à gagner de six milliards de dinars (deux milliards d’euros) à cause de la pandémie de COVID-19, estime l’Office national du Tourisme tunisien (ONTT), avec 400 000 emplois menacés, au moment où le pays est déjà plongé dans une situation économique et sociale difficile.
Le secteur, qui pèse environ 14 % du PIB selon le ministère du Tourisme, est à l’arrêt depuis fin mars, et la fermeture des espaces aériens avec l’Europe, son principal marché, est appelée à se prolonger une bonne partie de l’été.
Sidi Bou Saïd vide
Cet effondrement a des allures de rechute pour un secteur déjà très éprouvé par les conséquences de l’instabilité politique et surtout des attaques armées des années 2015-2016.
Après trois années de rebond, qui avaient vu la fréquentation revenir à des niveaux inédits depuis dix ans, « la Tunisie avait bien débuté l’année, avec une hausse des recettes de 28 % », souligne Feriel Gadhoumi, une coordinatrice de l’ONTT.
Assis devant son magasin d’antiquités dans le village pittoresque de Sidi Bou Saïd, près de Tunis, dont les ruelles bleues et blanches sont habituellement bondées au printemps, Mohamed Saddam ne vient désormais qu’« une heure par jour pour aérer » les lieux.
« Normalement, la saison commence maintenant. Mais là, il n’y a personne », soupire-t-il. « On attend l’ouverture de l’espace aérien. Mais l’année 2020 est foutue pour nous ».
La plupart des hôtels ont fermé leurs portes, et ceux qui restent ouverts logent, souvent gratuitement, les milliers de personnes en quarantaine, ce qui donne aux stations balnéaires des allures de villes fantôme.
L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a averti que le nombre de touristes internationaux diminuerait de 60 à 80 % en 2020.
« Cibler le marché local »
Mais les hôteliers tentent de sauver ce qui peut l’être de la saison en s’appuyant sur la situation sanitaire rassurante du pays et sur des mesures d’hygiène drastiques.
La Tunisie est l’un des pays méditerranéens les moins touchés par la pandémie, avec un bilan officiel de 45 décès. Pendant plusieurs jours cette semaine, aucune nouvelle contamination n’a été enregistrée.
« Les clients vont se concentrer sur l’aspect sanitaire et hygiénique », assure Anis Souissi, directeur commercial dans l’hôtellerie, qui envisage des « menus fixes au choix » au lieu de l’habituel buffet, « une table attitrée et un parasol fixe tout au long du séjour ».
« Cibler le marché local et préparer la saison prochaine sont les seuls choix », observe-t-il.
Le ministère du Tourisme prépare un protocole pour les hôtels qui rouvriront – certains envisagent de le faire début juin. Au programme, des contrôles de température à l’aéroport et à l’entrée des hôtels, des chambres désinfectées et laissées vacantes 48 heures entre deux clients, des lavages intensifs des espaces communs et l’espacement des tables d’un mètre dans les cafés.
Ces mesures sont nécessaires pour « regagner la confiance des partenaires », affirme Feriel Gadhoumi. Reste à savoir si les hôtels, dont certains sont déjà au bord de la faillite, arriveront à faire les investissements nécessaires.
Car le tourisme a déjà été fragilisé par une série de crises.
20 % des touristes sont Tunisiens
Après l’instabilité politique ayant suivi la chute du dictateur Zine El Abidine Ben Ali en 2011, des attentats ont visé en 2015 des estivants dans un hôtel de Sousse (centre-est) et au musée du Bardo à Tunis (60 morts dont 59 touristes).
Pour cet été, outre le tourisme national, les hôteliers lorgnent du côté des vacanciers algériens, voire russes
La situation sécuritaire s’est depuis beaucoup améliorée et la fréquentation était revenue l’an passé à son niveau d’avant 2011, avec 9,5 millions de visiteurs, même si les recettes restent à la traîne.
La faillite du pionnier des voyagistes, le britannique Thomas Cook, qui transportait 5 % des touristes européens, a ébranlé certains hôtels en septembre 2019.
Pour cet été, outre le tourisme national, les hôteliers lorgnent du côté des vacanciers algériens, voire russes, qui leur ont permis d’amortir les crises précédentes.
Mais aucun vol commercial n’est programmé pour l’instant.
Par ailleurs, l’Algérie est sérieusement touchée par la pandémie et l’ouverture des frontières n’est pas envisagée à court terme.
Les Tunisiens, eux, ne représentent que 20 % des touristes, et beaucoup ont vu leurs revenus et jours de congés fondre durant le confinement.
Quant aux quelques dizaines de milliers d’étrangers bloqués en Tunisie pour l’été, leur présence ne devrait guère suffire à sauver la saison.
Par Aymen Jamli, à Tunis.
Des migrants toujours plus nombreux à traverser, une Europe qui ferme ses ports, et plus aucun navire humanitaire pour effectuer des sauvetages. Dans l’ombre du coronavirus, la Méditerranée est le théâtre d’une « tragédie » à huis clos, dénoncent organisations internationales et ONG.
Au moment où l’Europe était devenue l’épicentre mondial de la pandémie, seuls deux navires portant assistance aux personnes en détresse avaient continué leurs opérations, même après que l’Italie et Malte eurent fermé leurs ports en raison du coronavirus début avril : l’Alan Kurdi de l’ONG allemande Sea-Eye et Aita Mari, affrété par une ONG basque.
Au gré de bras de fers politiques et diplomatiques, une poignée de débarquements de migrants a eu lieu ces dernières semaines, comme le week-end dernier lorsque 79 personnes ont accosté en Italie où la question migratoire reste toujours très sensible et souvent instrumentalisée.
« Situations humanitaires assez graves »
Chez le voisin maltais, le Premier ministre Robert Abela est visé par une enquête concernant la mort de migrants en mer que l’armée et les autorités sont accusées de ne pas avoir secourus.
Mais depuis la semaine dernière, toute opération de sauvetage a cessé. L’Alan Kurdi et Aita Mari ont été immobilisés par les garde-côtes italiens pour des problèmes « techniques », les ONG dénonçant, elles, une manoeuvre injustifiée uniquement destinée à « perturber leurs missions de sauvetages ».
« S’il n’y a pas de secours en mer et que les pays traînent des pieds pour secourir et débarquer les personnes, on va se retrouver avec des situations humanitaires assez graves », déplore auprès de l’AFP Vincent Cochetel, l’envoyé spécial pour la Méditerranée centrale de l’agence onusienne chargée des réfugiés (UNHCR), qui estime à 179 le nombre de morts dans la zone depuis janvier.
Une situation d’autant plus sensible que les départs des côtes libyennes ont augmenté de 290 %, soit 6 629 tentatives entre janvier et fin avril, comparé à la même période l’an dernier, et de 156 % au départ de la Tunisie, détaille Vincent Cochetel.
« Qu’il y ait des bateaux ou pas en mer, ça n’a aucune influence sur les départs, cette période de coronavirus nous l’a amplement prouvé, alors qu’on a entendu dans les capitales européennes que c’était la présence d’ONG qui avait un effet magnétique sur les départs », poursuit-il, expliquant que « 75 % des migrants en Libye ont perdu leur travail depuis les mesures de confinement, ce qui peut pousser au désespoir ».
Deux immobilisations de bateaux « coup sur coup, ça pose vraiment question sur pourquoi ils ont été saisis », dénonce Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée, ONG basée en France qui affrète l’Ocean Viking, un navire humanitaire qui va retourner en mer « le plus vite possible » malgré la « criminalisation » des ONG.
162 migrants actuellement bloqués
« C’est vraiment dramatique et en contradiction avec le droit maritime international qui veut qu’on porte secours à toute personne en détresse le plus vite possible. Désormais, comme il n’y a pas de témoin, on ne connaît pas l’ampleur de la possible tragédie qui se déroule » en Méditerranée, s’étrangle la cofondatrice de l’ONG.
« La période est très complexe. On cumule les difficultés »
- Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée
La Méditerranée centrale « reste la route migratoire maritime la plus dangereuse au monde et, dans le contexte actuel, les risques que des naufrages invisibles aient lieu à l’abri des regards de la communauté internationale ont grandi », s’est également alarmée l’Organisation internationale pour les migrations.
« La période est très complexe. On cumule les difficultés », reprend Sophie Beau. « Gestion de l’épidémie, fermetures des ports et frontières… Et en plus de ces contraintes, l’absence d’un mécanisme coordonné », résume-t-elle, en référence à l’accord de répartition entre pays européens des migrants après leur débarquement, ébauché fin 2019 à Malte mais qui tarde à se concrétiser.
Dans un courrier conjoint envoyé à la Commission européenne et que l’AFP a consulté, les ministres de l’Intérieur français, italienne, espagnol et allemand réclament l’établissement d’un « mécanisme de solidarité » pour la « recherche et le secours » en mer, expliquant notamment qu’« actuellement, une poignée d’États membres portent un fardeau excessif, ce qui démontre un manque de solidarité et risque de faire dysfonctionner l’ensemble du système ».
En attendant qu’un hypothétique accord européen soit trouvé, et en l’absence de navires humanitaires, ce sont sur deux navires de tourisme que 162 migrants sont actuellement bloqués en mer.
Par Shahzad Abdul, à Paris.
Robes du soir en maille d’or, lunettes taillées dans le métal jaune et couronnes scintillantes ornent à nouveau les vitrines du souk historique de l’or de Dubaï, rouvert après une période de confinement strict.
Un élément majeur fait cependant défaut : les clients.
Mais pour les joaillers, la réouverture de l’un des plus grands marchés de l’or au monde est une étape essentielle avant la saison touristique de l’automne, dans une ville toute vouée au commerce.
« La réouverture est un grand pas pour nous […] Le facteur psychologique est essentiel », explique Tawhid Abdallah, président du Dubai Gold and Jewellery Group, principal groupement professionnel de l’émirat.
« Nous espérons que d’ici juillet ou août, lorsque les aéroports rouvriront… nous retrouverons 50 % de notre activité commerciale », dit-il à l’AFP.
Dubaï se présente comme un centre régional pour le commerce et les services, et le tourisme en est depuis longtemps le moteur.
L’émirat a accueilli plus de seize millions de touristes l’année dernière, et tablait sur vingt millions cette année avant que la pandémie ne paralyse le transport aérien.
Dubaï a fermé ses centres commerciaux, ses restaurants de luxe et ses marchés traditionnels pendant un mois pour lutter contre la propagation du virus.
Les Émirats arabes unis dont fait partie Dubaï, ont signalé quelque 21 000 cas de contamination, dont 208 décès.
Vacances non désirées
Situé dans le vieux Dubaï, quartier aux bâtiments anciens et aux ruelles désordonnées, où vivent essentiellement des migrants africains et asiatiques, le souk de l’or a fermé ses portes le 24 mars et les a rouvertes le 26 avril.
« À notre retour, nous avons tout stérilisé et nous avons fait tout le nettoyage. Nous étions très très contents de revenir », a déclaré un bijoutier Chandu Siroya.
« Tout le monde veut être en vacances, mais cette fois-ci, c’était le contraire. Les vacances ont été trop longues et nous avions hâte de revenir », a-t-il ajouté, entouré d’une douzaine d’employés portant des masques de protection.
Le marché centenaire occupe un dédale de rues couvertes d’un toit inspiré de feuillages de palmier dattier. Il est voisin des autres souks traditionnels de Dubaï qui proposent épices et tapis.
« C’est un lieu emblématique, le cœur de notre ville, et il est important de le voir s’ouvrir », a souligné Tawhid Abdallah.
Atmosphère d’antan
Le secteur de l’or et de la joaillerie est l’un des piliers de l’économie de Dubaï, la plus diversifiée d’une région qui dépend essentiellement du pétrole.
Les autorités affirment qu’il attire 14 % du commerce mondial de l’or, et sa consommation par habitant est presque deux fois supérieure à la moyenne mondiale.
Mais deux semaines après la réouverture, le souk est encore loin de retrouver son atmosphère d’antan.
Les vendeurs qui essayaient d’attirer les touristes ont disparu, et les boutiques sont pour la plupart vides, à l’exception des employés qui respectent les règles de distanciation physique.
« C’est très triste et je suis très déçu. Il est difficile de croire qu’une telle chose puisse arriver », affirme Chetan Dhanak, qui travaille comme vendeur dans le même magasin depuis son arrivée d’Inde il y a dix-sept ans.
« Seuls trois ou quatre clients sont venus depuis la réouverture, alors que nous en accueillions jusqu’à dix par jour. Mais cela va revenir à la normale », veut-il espérer.
Le chef du département du tourisme de Dubaï, Hilal al-Marri, a déclaré dans une interview télévisée le mois dernier que l’émirat pourrait rouvrir ses portes aux touristes en juillet.
Pour Katia Abu Samra, responsable du développement chez Samra Jewellery, la situation actuelle a incité son entreprise à se tourner vers la clientèle locale.
Elle se veut optimiste, en assurant que les affaires reprendraient avant le début de la saison touristique en septembre.
Mais dans l’immédiat et dans ce contexte exceptionnel de séparations et de distanciation, Katia Abu Samra dit souhaiter avant tout pouvoir de nouveau « voir ses grands-parents et les embrasser sur la tête ».
Par Mohamad Ali Harissi, à Dubaï.
Aucun nouveau malade du COVID-19 n’a été enregistré en Tunisie depuis cinq jours, ont annoncé les autorités tunisiennes qui ont décidé la réouverture vendredi des grandes surfaces commerciales dans tout le pays après un nouvel allègement du couvre-feu.
Dans un communiqué publié tard jeudi soir, le ministère tunisien de la Santé a indiqué avoir enregistré « zéro nouveau cas [de nouveau coronavirus] pour le cinquième jour consécutif ». Le bilan total des contaminations dans le pays reste ainsi à 1 032 malades dont 45 morts depuis début mars.
Quelque 217 malades sont encore porteurs du virus dont 3 sont hospitalisés, selon la même source.
Au vu du ralentissement de la pandémie en Tunisie, les autorités ont permis la réouverture vendredi de tous les supermarchés et des souks mais ont appelé au respect des mesures d’hygiène.
Mercredi, le président de la République Kais Saied a annoncé un nouvel allègement du couvre-feu nocturne. Ce dernier est désormais en vigueur entre 23 h 00 et 05 h 00 (heure locale).
Imposé depuis le 22 mars, le couvre-feu avait déjà été raccourci fin avril de deux heures.
La Tunisie a commencé depuis le 4 mai à lever certaines des strictes mesures de confinement mais les autorités appellent toujours à la vigilance, au respect des règles d’hygiène, de distanciation physique et au port du masque.
Les autorités du Bangladesh sont sur le qui-vive vendredi au lendemain de la découverte d’un premier cas confirmé du nouveau coronavirus dans la population des immenses camps de réfugiés Rohingyas, qui fait craindre un « scénario cauchemar ».
Les épidémiologistes redoutent depuis plusieurs mois une flambée de maladie COVID-19 dans les camps de Rohingyas du sud du Bangladesh. Près d’un million de membres de cette minorité musulmane ayant fui les persécutions en Birmanie voisine y vivent dans une pauvreté extrême et s’entassent dans la promiscuité à l’intérieur de cahutes sommaires.
Les autorités locales et l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) ont annoncé jeudi la découverte d’un premier cas officiel du nouveau coronavirus parmi les réfugiés Rohingyas. Un deuxième cas a été aussi détecté dans une clinique des camps, mais il s’agit d’un Bangladais habitant les environs venu s’y faire soigner.
Des équipes d’enquêteurs sont déployées pour retracer les contacts des deux hommes afin de prendre des mesures de quarantaine et effectuer des tests de dépistage du COVID-19, a indiqué à l’AFP Catalin Bercaru, porte-parole de l’OMS.
Une zone abritant près de 5 000 personnes dans l’un des camps de réfugiés a aussi été bouclée par mesure de précaution. « Nous avons complètement fermé le quartier, empêchant quiconque d’y entrer ou de sortir de leur maison », a déclaré à l’AFP Mahfuzar Rahman, un responsable local.
La détection du premier cas confirmé du coronavirus parmi les réfugiés fait craindre « la réalisation d’un scénario cauchemar », s’est alarmé Daniel Sullivan de l’ONG Refugees International.
En l’absence d’unités de soins intensifs dans les camps, « nous faisons face à la possibilité très concrète que des milliers de personnes meurent du COVID-19 » parmi les Rohingyas réfugiés au Bangladesh, a également estimé Shamim Jahan de l’organisation Save the Children.
Les camps Rohingyas, situés dans le district méridional de Cox’s Bazar, sont presque coupés du monde depuis début avril, les entrées et sorties étant réduites au minimum vital. Dacca a obligé les organisations humanitaires officiant sur place à réduire de 80 % leur personnel présent dans les camps.
Le Bangladesh compte à ce stade 283 morts du COVID-19 pour près de 19 000 cas confirmés, des chiffres inférieurs à la réalité selon les experts. Un confinement national est en vigueur depuis le 26 mars à travers cette nation d’Asie du Sud.
La crise du coronavirus ne doit pas servir de prétexte pour cibler les musulmans en Inde a prévenu jeudi la diplomatie américaine, dans une rare prise de position sur la situation de la minorité religieuse dans le pays.
« Nous avons vu en Inde des informations sur des discours regrettables de harcèlement liés au COVID, en particulier contre la communauté musulmane, exacerbés par de fausses nouvelles partagées sur les réseaux sociaux », a déclaré à des journalistes Sam Brownback, responsable du département d’État chargé de la liberté religieuse.
Des enquêtes menées par l’AFP ont permis de révéler le caractère trompeur ou inexact de centaines d’articles relayés en Inde sur les réseaux sociaux, qui visaient les musulmans, y compris des vidéos douteuses montrant des membres de la minorité religieuse en train de lécher des fruits destinés à la vente.
Sam Brownback n’a pas accusé le gouvernement indien d’être derrière ce mouvement, assurant qu’il était « encouragé » par les déclarations publiques, y compris un appel du Premier ministre Narendra Modi à l’unité.
Des membres du Bharatiya Janata Party (BJP), le parti politique de Narendra Modi ont pourtant relayé certaines des centaines de milliers de publications utilisant le hashtag #CoronaJihad.
La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, qui conseille mais ne définit pas la politique du gouvernement, a déclaré le mois dernier que l’Inde devrait être mise sur une liste noire en raison de son recul « dramatique » de la liberté religieuse sous le gouvernement Modi.
New Delhi a rejeté catégoriquement cette critique et il est très peu probable que le Département d’État agisse contre l’Inde, un allié de plus en plus proche des États-Unis.
Sur des affiches et banderoles déployées sur les ponts et arrêts de bus d’Ankara, le maire de la capitale turque Mansur Yavas exhorte ses administrés les plus aisés à aider les plus modestes en payant leurs courses alimentaires.
« La bonté est plus contagieuse que la maladie », dit le slogan qui s’étire sous la photo d’un gros registre sur lequel le mot « Payé » est tamponné en rouge.
Malgré les bâtons que le président Recep Tayyip Erdoğan leur met dans les roues, le maire d’Ankara et celui d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, tous deux issus de l’opposition, rivalisent d’astuce pour venir en aide à leurs administrés les plus touchés par la pandémie de nouveau coronavirus.
La popularité croissante de ces deux élus issus du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) est telle qu’ils apparaissent désormais comme des rivaux potentiels de Recep Tayyip Erdoğan.
Le président leur mène pourtant la vie dure : en mars, son gouvernement a ainsi bloqué des appels aux dons lancés par les mairies d’Istanbul et Ankara pour aider les plus pauvres. Peu après, Recep Tayyip Erdoğan lançait une campagne similaire.
Ekrem İmamoğlu et Mansur Yavas ont été élus lors d’élections municipales en mars 2019, mettant fin à 25 ans de domination des islamo-conservateurs à Istanbul et Ankara, les deux plus grandes villes de Turquie.
Recep Tayyip Erdoğan a d’abord refusé de reconnaître la victoire de Ekrem İmamoğlu, le contraignant à un deuxième scrutin que l’actuel maire d’Istanbul a remporté avec un écart encore plus grand.
« Menace »
Pour Seyit Torun, vice-président du CHP en charge des collectivités locales, l’attitude du gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan montre qu’il est « vraiment préoccupé ».
« Pendant les élections, ils ont prétendu que les mairies CHP réduiraient les aides », dit Seyit Torun à l’AFP. « Maintenant, chacun peut voir ce qu’il en est ».
Lorsque les maires ont lancé leurs appels aux dons, Recep Tayyip Erdoğan les a accusés de vouloir créer « un État dans l’État » et de « frimer ».
« Une ville de six millions d’habitants n’a pas une seconde, une minute pour frimer », rétorque auprès de l’AFP Kemal Cokakoglu, secrétaire général adjoint à la mairie d’Ankara.
En gérant avec habileté la crise du coronavirus qui a fait plus de 4 000 morts en Turquie, les municipalités d’opposition représentent une « menace » politique pour le gouvernement, estime Seren Selvin Korkmaz, directrice de l’Institut de recherche politique d’Istanbul.
Recep Tayyip Erdoğan est conscient du danger posé par les maires d’opposition, lui qui s’est imposé sur la scène politique nationale en dirigeant avec succès Istanbul de 1994 à 1998.
Selon un sondage de l’institut Metropoll, Mansur Yavas est l’une des personnalités recueillant le plus la confiance des Turcs face à la pandémie, derrière le ministre de la Santé, mais devant Recep Tayyip Erdoğan.
Selon Seren Selvin Korkmaz, le gouvernement s’en prend aux maires d’opposition afin notamment de « consolider sa base » en plongeant la Turquie dans un climat de « nous » contre « eux ».
Mais le parti de Recep Tayyip Erdoğan (AKP) réfute toute hostilité de principe aux initiatives des mairies d’opposition.
« Nous voulons juste qu’elles travaillent en coordination, et pas de leur côté, avec les autres initiatives » gouvernementales, a dit Cevdet Yilmaz, vice-président de l’AKP, lors d’un point avec la presse étrangère jeudi.
Factures payées
Reste qu’avant la crise liée au coronavirus, le gouvernement avait déjà entrepris de compliquer la tâche des mairies d’opposition en les dépouillant de certaines prérogatives.
Malgré les difficultés, Ekrem İmamoğlu et Mansur Yavas ont réussi à lever d’importantes sommes dans le cadres de différentes initiatives pour aider les plus modestes face au coronavirus.
Ainsi, la mairie d’Istanbul a lancé début mai une campagne de solidarité incitant les plus riches à payer les factures d’eau et de gaz des plus pauvres. En une semaine, 122 250 factures ont ainsi été réglées, selon la municipalité.
La mairie d’Ankara a repris cette initiative et permet également à ses administrés de recharger la carte de transport des plus modestes ou de faire un don à ceux qui ont perdu leur travail à cause de l’épidémie.
Avec le mois sacré du Ramadan qui a débuté en avril, le maire d’Ankara a aussi lancé une campagne permettant d’offrir des repas d’iftar (rupture du jeûne).
Malgré une cyberattaque visant le site peu après le lancement de cette campagne, la municipalité d’Ankara a atteint son objectif de 265 000 repas offerts à 35 000 personnes.
Par Raziye Akkoc, à Ankara.
Le pape François à Rome et le grand imam Ahmed al-Tayeb au Caire ont lancé jeudi, avec des personnalités de toutes confessions, un appel international à la prière pour la fin de la pandémie.
« Nous ne prions pas les uns contre les autres, cette tradition religieuse contre celle-ci, non ! Nous sommes tous unis en tant qu’êtres humains », a lancé jeudi le pape François, qui célébrait comme chaque matin une messe dans sa résidence de la Cité du Vatican.
Depuis le Caire, le grand imam d’Al-Azhar, institution majeure de l’islam sunnite, a recommandé aux croyants « d’implorer Allah tout-puissant de soustraire tous les humains de ce malheur et d’aider les scientifiques à réussir à trouver un remède ».
« Que Dieu arrête cette tragédie », a de son côté demandé François, chef du 1,3 milliard de catholiques, en insistant également sur « la pandémie de la faim » qui a déjà tué 3,7 millions de personnes cette année ou encore sur les pandémies « de la guerre » ou « des enfants sans éducation ».
François et le cheikh Ahmed al-Tayeb ont signé en février 2019 à Abou Dhabi (Émirats arabes unis) un « document sur la fraternité humaine », qui appelle à la liberté de croyance et d’expression, à la protection des lieux de culte, et prône une pleine citoyenneté pour les minorités discriminées.
L’initiative a donné naissance à un groupe de suivi, le Haut comité pour la Fraternité humaine, officiellement organisateur de cette journée de prière internationale.
Les mosquées étant toutes fermées en Égypte en raison de la pandémie, les fidèles observent le Ramadan depuis chez eux.
Au Liban, qui entame un nouveau confinement de quatre jours, le président Michel Aoun a appelé « les Libanais à prier pour que Dieu protège l’Humanité contre le danger de la pandémie du coronavirus, répondant à l’appel du pape François et du cheikh d’Al-Azhar ».
« Que les sons des minarets et les cloches des églises s’unissent pour faire taire toutes les voix qui nuisent à notre unité nationale », a ajouté le chef de l’État de ce pays multiconfessionnel.
Dans un message au peuple libanais publié jeudi, le pape François a rendu hommage à ce pays « qui est depuis toujours un exemple de coexistence et de fraternité », mais « traverse une grave crise » économique et financière, compromettant l’avenir des jeunes.
Le souverain pontife a annoncé l’envoi de 200 000 dollars pour attribuer 400 bourses, « en formant le voeu que tous les acteurs nationaux et internationaux poursuivent de manière responsable la recherche du bien commun ».
Au milieu des tentes de fortune du camp de déplacés de Waara, dans l’ouest du Yémen dévasté par la guerre, Nassima Ahmed, mère de quatre enfants se dit totalement démunie face au nouveau coronavirus qui fait craindre une catastrophe dans ce pays pauvre.
Le conflit de cinq ans qui oppose le gouvernement reconnu par la communauté internationale et appuyé par l’Arabie saoudite, aux rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, a plongé des millions de Yéménites dans la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU.
À la violence des combats, aux risques de famine et d’épidémie de choléra, s’ajoute désormais, pour le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, la menace du COVID-19 qui pourrait provoquer une catastrophe, selon des ONG.
« Il faut stocker de la nourriture en cas de confinement. Mais nous n’avons rien », confie Nassima Ahmed à l’AFP, s’exprimant aux côtés de ses quatre enfants installés sur des petits matelas, sous des bâches blanches maintenues par des bouts de bois.
Le camp de Waara, sous contrôle du gouvernement, abrite environ 600 familles et se situe à Khokha, à quelque 130 km au sud de la ville méridionale stratégique de Hodeida, aux mains des rebelles et théâtre de violents combats avant un cessez-le-feu conclu en 2018 sous l’égide de l’ONU.
« J’ai peur. J’ai vraiment peur pour mes enfants, surtout que le virus est mortel », ajoute Nassima, dont la crainte est partagée par 3,3 millions de déplacés qui s’entassent dans les camps manquant d’eau, où toute distanciation sociale est impossible et les soins de santé rares.
« Comme un feu de forêt »
Le Yémen a enregistré 65 infections au nouveau coronavirus et 10 décès depuis l’apparition du premier cas le mois dernier, selon des chiffres officiels.
Les chiffres pourraient être plus élevés. Cette semaine, des dizaines de personnes sont mortes de « diverses épidémies » à Aden, selon un responsable de cette ville du sud, capitale provisoire du gouvernement depuis la prise de Sanaa par les Houthis en 2014.
La nature de ces épidémies n’est pas encore connue, mais il est probable que « le coronavirus va coûter plus de vies » que ce qui est annoncé, souligne à l’AFP le responsable qui a requis l’anonymat.
Le gouvernement accuse les rebelles Houthis de dissimuler le nombre réel de victimes dans les zones sous leur contrôle, alors que la population exprime de plus en plus son impatience et exige des mesures de lutte contre la pandémie.
C’est le cas de Salah Darwich, qui vit dans le camp de Waara. « Bien sûr, nous avons peur pour nos enfants et pour les personnes âgées surtout dans un endroit aussi isolé que celui-ci », déclare-t-il à l’AFP. Et d’ajouter que « l’épidémie peut se propager comme un feu de forêt ».
« Sensibilisation »
Le nouveau coronavirus pourrait se répandre « très rapidement » dans les camps de déplacés, en raison d’une surpopulation et du manque d’hygiène, confirme à l’AFP Caroline Seguin, responsable des programmes de MSF au Yémen, en Irak et en Jordanie.
La situation dans les dizaines de camps que compte le Yémen rend par ailleurs « impossible » le confinement dans les tentes car les déplacés « doivent sortir pour gagner [leur vie] ou collecter les produits de première nécessité », ajoute-t-elle.
En plus des millions de Yéménites déplacés par la guerre, les camps abritent aussi, selon l’ONU, quelque 280 000 réfugiés, notamment somaliens ou éthiopiens, arrivés dans le pays avec l’espoir de rejoindre les riches pays voisins du Golfe, comme l’Arabie saoudite et Oman.
« Nous avons peur pour nos enfants et pour les personnes âgées surtout dans un endroit aussi isolé que celui-ci »
- Salah Darwich, vit dans le camp de Waara
À Khokha, les autorités assurent avoir pris des mesures, avec notamment la formation de 21 équipes d’intervention rapide et la sensibilisation de la population aux réflexes d’hygiène et de protection.
« De nombreuses organisations mènent des campagnes de sensibilisation via voitures et haut-parleurs », affirme à l’AFP le médecin Abdallah Doubla, directeur du département de la santé du gouvernement à Khokha.
« Nous avons un nombre important de camps denses et nous essaierons de mettre en place une unité de santé dans chacun d’entre eux pour prendre en charge les personnes déplacées », fait valoir à l’AFP le gouverneur de Hodeida, Hassan Taher.
Et en cas de suspicion d’infection au coronavirus, les personnes seront « transférées » vers des centres médicaux, ajoute-t-il alors que le système de santé du Yémen est déjà pris à la gorge par la guerre et la pauvreté.
Par Khaled Mohammed, Shatha Yaish à Khokha, Yémen.
Auparavant, les formules rituelles, Maher al-Roubaye les faisaient résonner entre les hauts murs couverts d’or du mausolée de l’imam Ali dans la ville irakienne de Najaf, mais aujourd’hui, il tend une seule main vers le ciel en les récitant. L’autre tient son téléphone.
Devant une image du tombeau de l’imam Ali, il effectue un pèlerinage virtuel —depuis sa maison, pourtant située à quelques centaines de mètres du mausolée.
Car dans sa ville du centre de l’Irak, où a été détecté le premier cas de COVID-19 du pays il y a près de trois mois, les lieux de culte sont interdits d’accès à tous pour éviter une propagation du nouveau coronavirus.
Le mausolée est l’un des plus hauts lieux de pèlerinage des musulmans de confession chiite, qui vénèrent Ali, cousin et gendre du prophète Mohammed et 4e calife de l’islam, comme étant le seul successeur légitime du prophète.
À la formule traditionnelle des pèlerins: « je te visite, ô Commandeur des croyants », les savants chiites ont décidé d’ajouter un petit supplément, coronavirus oblige. « Je te visite, ô Commandeur des croyants, à distance », récite l’homme, une moustache noire barrant son visage.
« Dans les circonstances actuelles, avec le confinement, le pèlerinage à distance est aussi valide que le pèlerinage normal », assure à l’AFP le cheikh Ali al-Atabi, docteur en religion qui parvient toujours à prier dans une mosquée de la Vieille ville non loin du mausolée, mais se retrouve désormais quasiment seul.
Un « rêve » lointain
Et alors que les chiites du monde entier commémorent le martyre de l’imam Ali en plein Ramadan, l’absence des pèlerins en raison de la fermeture des aéroports, de l’interdiction aux non-résidents d’entrer à Najaf et du couvre-feu nocturne, se fait encore plus cruellement sentir là où il repose.
Les rues qui autrefois grouillaient de pèlerins venus de tout l’Irak mais aussi d’Iran, du Pakistan, du Golfe ou d’Europe sont vides. Les étals des marchands ambulants sont recouverts de bâches qui n’ont pas été soulevées depuis des semaines. Et au lieu du brouhaha habituel, seul résonne le chant des oiseaux.
Quant aux rares hôteliers et restaurateurs qui étaient restés ouverts pendant les six mois de manifestations et violences ayant précédé la pandémie de COVID-19, ils sont aujourd’hui au chômage forcé, à Najaf comme à Kerbala, autre ville sainte chiite.
Un coup dur dans un pays où le tourisme religieux représente 50 % des revenus hors pétrole.
C’est la première année où Noamane al-Saadi ne se recueillera pas sur le tombeau de l’imam Ali. « Je rêve de le visiter car, nous, les chiites, on le visite tous les soirs de Ramadan normalement. Aujourd’hui, je ne peux plus le voir que de loin, à travers mon téléphone », se lamente l’homme.
Téléphone et télévision
Outre les chaînes chiites qui diffusent des images en direct du mausolée 24 heures sur 24 et les applications permettant de le visualiser en deux dimensions, l’autorité en charge du lieu saint a mis en place un numéro de téléphone gratuit après un accord avec tous les opérateurs d’Irak.
« Salam aleykoum, bienvenue au pèlerinage de l’imam Ali », récite une voix d’homme enregistrée, avant que ne s’écoule près d’une minute, le temps de réciter la formule rituelle prononcée habituellement à l’entrée du tombeau.
À l’autre bout du fil, derrière des serveurs téléphoniques, d’internet ou gérant les multiples caméras du site, une petite équipe oeuvre à garder la ligne toujours active.
Car, assurent ses membres, de nombreux fidèles appellent, surtout en cette période de Ramadan, pour effectuer leur devoir religieux, sans s’exposer au nouveau coronavirus qui a déjà contaminé 3 000 Irakiens et tué plus de 110 d’entre eux, selon les chiffres officiels.
Et les informaticiens de Najaf veillent au grain car, jusqu’ici, les autorités irakiennes n’entendent pas rouvrir les portes du mausolée, pourtant resté ouvert même aux pires des heures des guerres à répétition en Irak.
Par Haidar Hamdani, à Najaf, Irak.
Des caisses de matériel médical estampillées de la mention « Du peuple égyptien au peuple américain » enfournées dans un avion cargo. La présidence égyptienne a largement diffusé une vidéo visant à montrer son aide à ses alliés dans la lutte contre le nouveau coronavirus.
Tandis que le nombre de morts liés à la pandémie approche les 300 000 dans le monde, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a envoyé plusieurs tonnes d’aide médicale aux États-Unis, à la Grande-Bretagne, à la Chine, à l’Italie et au Soudan, déployant un « soft power » inédit.
Toutefois, d’après des experts, ce genre d’initiatives est loin d’être soutenu au sein du pays qui, avec ses 100 millions d’habitants, vient de franchir la barre des 10 000 contaminations dont près de 600 morts, selon les chiffres officiels.
« Diplomatie de la santé »
« La diplomatie de la santé a été une des stratégies pour les États du Sud en quête d’un rôle important sur la scène internationale », explique à l’AFP Gerasimos Tsourapas, spécialiste en sciences politiques à l’Université de Birmingham.
Dans une surprenante inversion des rôles, l’Égypte, qui reçoit annuellement 1,3 milliards de dollars (1,2 milliards d’euros) d’aide américaine, a en effet envoyé un avion contenant quatre tonnes d’aide médicale le mois dernier aux États-Unis.
Le représentant démocrate Dutch Ruppersberger, à la tête d’un groupe d’amitié entre les deux pays, a fait état notamment de 200 000 masques, 48 000 couvre-chaussures et 20 000 bonnets chirurgicaux.
« Voilà pourquoi la diplomatie internationale et le maintien des relations avec des alliés comme l’Égypte sont essentiels pas seulement en temps de crise mais tous les jours », a-t-il écrit sur Twitter.
L’initiative va dans le sens de liens établis ces dernières années par le président Sissi avec son homologue américain Donald Trump, ou encore chinois Xi Jinping.
Yezid Sayigh, spécialiste des pays arabes au Carnegie Middle East Center de Beyrouth, voit en elle « une propension particulière à la communication et à la rhétorique » de la part du gouvernement de M. Sissi.
Mais, a-t-il dit à l’AFP, « ce genre d’activité n’aura pas d’effet durable sur la perception du gouvernement égyptien à l’étranger ». « Ce qui va impressionner les autres sera une gestion réussie du COVID-19 et une remise sur pieds de l’économie ».
Parallèlement, selon les analystes consultés par l’AFP, la dernière offensive diplomatique égyptienne peut-être expliquée par le fait que l’Égypte a besoin de soutien dans l’affaire du barrage construit par l’Éthiopie sur le Nil.
Après neuf années de négociations, aucun accord n’est en vue entre l’Égypte qui craint que le barrage de 145 mètres de haut ne restreigne son accès à l’eau et l’Éthiopie qui aspire au développement.
Séduire les Égyptiens
Addis-Abeba a fait appel à des compagnies italiennes et chinoises, tandis que Le Caire s’est tourné vers l’administration de Donald Trump pour parrainer les négociations entre les trois pays concernés : Égypte, Soudan, Éthiopie.
Outre montrer ses capacités d’aide envers l’étranger, cette initiative menée par le président Sissi est aussi destinée à gagner l’estime de son propre peuple, selon Yezid Sayigh.
Or elle n’a pas été forcément bien perçue.
En mars, la ministre égyptienne de la Santé Hala Zayed, n’avait pas hésité à se rendre à Pékin pour témoigner de la « solidarité » de l’Égypte avec la Chine — où est apparue l’épidémie en décembre 2019 — puis en avril en Italie — épicentre européen du COVID-19 —, remettant au ministre italien des Affaires étrangères Luigi di Maio des masques et des gants.
Hala Zayed avait alors essuyé une volée de critiques sur les réseaux sociaux de la part d’internautes égyptiens qui déploraient eux des pénuries de matériel médical en Égypte.
Spécialiste des sciences politiques à l’École des études orientales et africaine de l’Université de Londres, Reem Adou El-Fadl estime aussi que l’initiative de l’Égypte est destinée à séduire sa propre population.
Or selon elle, la diplomatie n’y est guère arrivée, alors que les Égyptiens déplorent un « manque d’investissement dans la santé publique entre autres lacunes de l’administration actuelle ».
Malgré leur peur du nouveau coronavirus, les Iraniens ont afflué mercredi dans les mosquées, temporairement rouvertes pour trois nuits à l’occasion d’un des moments les plus sacrés de l’année pour ce pays musulman.
Avec 112 725 cas dont 6 783 décès enregistrés officiellement, l’Iran est le pays le plus endeuillé par la pandémie de COVID-19 au Proche et Moyen-Orient.
Dans les mosquées, les fidèles ont donc tenté de suivre au mieux les consignes sanitaires données par les autorités, notamment celle de la distanciation sociale.
Dans la mosquée Reihanat al-Hossein, dans l’ouest de Téhéran, ils ont amené leur propre tapis de prière et exemplaire du Coran, les partageant avec leur famille dans une bonne humeur apparente.
Des membres du Bassidj, un mouvement de volontaires musulmans, patrouillent parmi les fidèles pour les rappeler à l’ordre s’ils sont assis trop proches les uns des autres.
Ceux restés dehors pour prier ont été aspergés de désinfectant par des employés en combinaison de protection.
« Bien sûr, tout le monde est inquiet à cause de la maladie, même ma propre famille », confie à l’AFP Mahmoudi, l’un des fidèles.
« Quand j’ai décidé de venir, elle était inquiète pour moi et je leur ai promis de respecter les consignes. Je suis venu et j’ai vu que tout le monde respectait la distanciation [sociale] », raconte-t-il.
« Sinon, je ne serais pas resté et je serais rentré chez moi », assure ce sexagénaire.
« Décision difficile »
Fermées depuis mi-mars pour lutter contre la propagation du virus, les mosquées ont rouvert leurs portes mardi pour trois nuits consécutives de minuit à 02 h 00 du matin locales (22 h 30 GMT à 00 h 30 GMT), afin de célébrer « Laylat al-Qadr ».
Selon la tradition musulmane, les premiers versets du Coran ont été révélés au prophète Mohammed lors de cette « Nuit du Destin », qui dure trois nuits car le moment exact de la révélation des paroles n’est pas connu.
Le président Hassan Rohani, dont le gouvernement a été critiqué pour sa gestion de la crise sanitaire, a salué les fidèles pour leur respect des consignes sanitaires.
« Là où les gens ont participé [à la Nuit du Destin], ils ont suivi toutes les instructions », s’est-il félicité pendant une réunion du cabinet ministériel, retransmise à la télévision d’État.
Le ministre de la Santé, Saïd Namaki, a lui affiché son inquiétude.
La réouverture temporaire des mosquées est « une décision difficile et risquée », qui a été « critiquée par certains de mes collègues », a-t-il dit mercredi.
À la mosquée Reihanat al-Hossein, les fidèles assurent avoir bien pris conscience des consignes à respecter.
« Nous avons apporté des masques et des gants, etc. Je pense que si nous suivons les protocoles de sécurité et de santé, il ne nous arrivera rien de grave et nous pourrons continuer cette cérémonie », assure Massoumeh sous son tchador.
Et si les précautions sont de mises, beaucoup soulignent leur bonheur d’enfin prier ensemble.
« Ces nuits sont spéciales pour les gens et je pense que le gouvernement n’aurait pas pu les annuler. Nous sortons [de nos maisons] et prions ensemble : c’est toute la joie de cette cérémonie », s’exclame Amir Hossein, l’un des fidèles.
« Joujou, je ne suis pas content ! », dit d’un air sévère Ashraf El-Helw, jeune dompteur égyptien de 26 ans, à sa lionne Joumana, qui rechigne à faire son numéro devant l’aquarium du salon familial.
Depuis que Le Caire a fermé les lieux de loisirs en mars pour cause de maladie COVID-19, les El-Helw, dompteurs de lions et de tigres depuis trois générations, sont privés de cirque. Donc, théoriquement, au chômage technique.
Mais, bien décidée à ne pas perdre la main, la famille cairote s’est lancée dans le spectacle depuis son domicile, afin de pouvoir garder le contact avec le public via les réseaux sociaux.
Une première représentation, diffusé sur les comptes Instagram et Facebook des frères El-Helw le mois dernier, a récolté des milliers de vues. Pour les prochaines éditions, ils espèrent récupérer davantage de clics et quelques revenus, et, dans le grand salon carrelé de quelque 80 m2, on a poussé les meubles pour faire place à la piste, ses deux tabourets de cirque et deux solides tables.
« Avant le corona, l’activité était bonne car les gens adorent le cirque en Égypte. Mais tout s’est arrêté », raconte Ashraf.
« Peur pour les meubles »
S’il affirme s’en sortir « pour le moment », avec une bonne trentaine d’employés à payer et une quarantaine de fauves à nourrir, « il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps ».
En ces temps de pandémie, la famille -célèbre en Égypte pour ses performances au Cirque national, sur les bords du Nil, au Caire, a profité de sa notoriété pour diffuser, avec l’aide de Joumana, le message suivant: « Restez chez vous, en sécurité ».
En attendant des jours meilleurs, au 8e étage d’un grand immeuble de béton en plein coeur de la mégalopole égyptienne, Joumana s’entraîne donc pour le prochain spectacle, dont la diffusion est prévue pour l’Aïd el-Fitr, marquant la fin du mois de Radaman, fin mai.
« C’est la première fois que j’amène un grand lion à la maison », s’exclame Ashraf entouré de son frère Youssef, 24 ans, et de sa soeur Bushra, 28 ans, également dompteurs.
« Ma mère était gênée au départ car elle avait peur pour les meubles », confesse Ashraf.
« Allez ! », ordonne subitement Ashraf, en français selon la tradition du dressage.
La lionne de quatre ans finit par sauter de son tabouret sur une table pour aller happer un bout de viande disposé à l’autre extrémité d’une passerelle en bois.
Comme ses maîtres, la lionne emprunte l’ascenseur pour se rendre deux fois par semaine à ses séances de dressage. Le reste du temps elle vit dans un parc, hors de la ville, où les El-Helw s’occupent de plusieurs autres félins.
« Avec les voisins ? Il n’y a aucun problème, ils nous font confiance », assure à l’AFP le jeune dompteur.
Lorsque Joumana arrive dans sa grande cage de fer installée à l’arrière d’un 4X4, les El-Helw et leurs assistants bloquent la cage d’escalier, le temps que la lionne atteigne l’ascenseur.
Hussein Suleiman, le chef de la sécurité de l’immeuble assure n’avoir reçu « aucune plainte ». « La famille est charmante, les gens viennent prendre des photos quand ils voient passer la lionne. »
« Avec amour »
Il y a bien eu, au début, quelques réactions indignées d’internautes craignant les maltraitances. Mais Ashraf assure qu’il « entraîne les animaux avec amour ».
« Les coups de fouets ce n’est que dans les dessins animés, c’est une image fausse », ajoute-t-il, en affirmant qu’il ne se sert que d’une simple baguette rigide.
Ashraf a repris très jeune la tradition familiale à la tête de sa fratrie, en effectuant son premier spectacle à 15 ans.
« Nous sommes une famille d’entraîneurs, mon grand-père Mohamed El-Helw a été tué en 1978 par le lion Sultan », en pleine représentation, raconte-t-il, en référence à un accident mortel bien connu dans le pays.
Et dans la famille El-Helw, la grand-mère Mahassen « était surnommée ‘’la dame de fer’’ car elle était la première femme au Moyen-Orient à entraîner des animaux sauvages », poursuit Ashraf, dont le père, Mohamed Junior, était aussi un célèbre dompteur.
Dans un coin de la pièce, la maman des jeunes dompteurs, la soixantaine, habillée d’une abaya noire regarde la répétition, amusée. En son temps, elle aussi s’est essayée au dressage.
Karim, le plus jeune frère, 20 ans, se languit de pouvoir à son tour faire du dressage son métier. « Dès que j’aurai fini mes études, je commencerai à m’entraîner », affirme à l’AFP cet étudiant en commerce.
Par Emmanuel Parisse, à Guizeh, Égypte.
En se promenant dans les rues désertes de Beyrouth confinée, Omar Frangieh a remarqué autour de lui des masques et des gants en plastique, utilisés pour se protéger du nouveau coronavirus puis jetés sans état d’âme, au risque de polluer les villes et la nature.
Le photographe libanais a pris plus de 200 photos de ces objets avant de réunir ses clichés sur Facebook en un album intitulé « Les envahisseurs de Beyrouth ».
De Bagdad à Gaza, les masques et gants sont en forte demande dans les pays du Moyen-Orient, dont les populations espèrent grâce à eux limiter la propagation de la pandémie de COVID-19.
Mais comme les « envahisseurs » sont souvent à usage unique, ils sont ensuite jetés par leurs utilisateurs, parfois à même le sol.
« Le principal souci, c’est que ce matériel de protection peut devenir un problème de santé en polluant les rues de Beyrouth », s’alarme Omar Frangieh auprès de l’AFP.
Le virus se transmet principalement par les gouttelettes émises par les humains lorsqu’ils parlent, éternuent ou baillent, mais peut aussi survivre sur certaines surfaces pendant plusieurs jours, selon des études scientifiques.
Ceux chargés de nettoyer de ces « envahisseurs » les rues de la capitale libanaise risquent donc d’être contaminés par les masques et gants souillés, estime Omar Frangieh, dont le pays compte officiellement 870 cas de la maladie COVID-19 et 26 décès.
Parkings et plages pollués
En Arabie saoudite, où 40 000 cas ont été recensés par les autorités, certains supermarchés obligent leurs clients à utiliser des gants jetables.
Une fois leurs courses terminées, les Saoudiens les abandonnent sur le parking de l’établissement et le vent chaud du désert les parsème dans les villes.
Mais, alors que les pharmacies du pays font face à des persistantes pénuries de masques et gants, le débat se poursuit sur leur véritable efficacité.
Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il est plus utile de se laver les mains régulièrement.
Et le Centre américain de prévention des maladies appelle à porter plutôt des masques en tissu, pour laisser leur version jetable aux soignants et autres travailleurs en première ligne de l’épidémie.
« Il n’y a pas d’éducation générale concernant le nettoyage des plages à Gaza, mais certaines personnes le font »
- Lina Ouda, une habitante de Gaza
Dans l’enclave palestinienne de Gaza sous blocus israélien, la plage, d’ordinaire déjà fortement polluée, est désormais aussi jonchée d’« envahisseurs ».
En un coup de vent, ils finissent dans la mer. Non recyclables, ils mettront des années à se dissoudre dans l’eau et risquent d’ici là de mettre en péril la flore et faune maritime.
Quelques commerçants et passants ont pris l’initiative de les collecter pour les jeter dans des bennes à ordures, comme Lina Ouda, venue se promener sur la plage avec son mari.
« J’ai remarqué qu’il y avait des masques et des gants par terre sur la corniche et je les ai mis à la poubelle parce que cela pollue la plage », explique la femme de 30 ans.
« Il n’y a pas d’éducation générale concernant le nettoyage des plages à Gaza, mais certaines personnes le font » d’eux-mêmes, ajoute son mari, Jamal Ouda.
Mais « beaucoup d’autres se baladent en portant des masques et des gants et [à la fin de leur promenade] les jettent sur le sol », déplore-t-il.