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Quelque 950 000 salariés impactés par la crise induite par la pandémie du nouveau coronavirus vont toucher une indemnité forfaitaire au titre du mois d’avril, a annoncé vendredi le Comité de veille économique du Maroc.
Ces salariés de 134 000 entreprises percevront la semaine prochaine une aide de 2 000 dirhams (190 euros), a précisé dans un communiqué le comité chargé de suivre l’impact de la crise sanitaire et décider des mesures à prendre.
Les entreprises en difficulté seront, elles, intégrées dans un dispositif de financement pour faciliter leur relance, a indiqué l’organisme mis en place par le gouvernement et piloté par le ministère de l’Économie.
3,7 millions de familles bénéficiaires de l’aide
Pour les particuliers dont les revenus ont baissé du fait de l’état d’urgence sanitaire en vigueur depuis le 20 mars, « les intérêts bancaires résultant du report des échéances des crédits seront pris en charge par l’État et les banques ».
La même source a annoncé la création d’un fonds de garantie pour permettre aux « établissements publics impactés de lever de nouvelles ressources financières ».
Par ailleurs, sur les 4,3 millions de familles tirant leurs revenus du secteur informel ou de métiers précaires, 3,7 millions ont bénéficié d’une aide directe, a affirmé le comité.
Les aides allouées à ceux qui vivaient de petits boulots au noir ou de métiers indépendants sans couverture sociale – artisans, journaliers, vendeurs ambulants, coursiers, gardiens, femmes de ménage, ouvriers du bâtiment – vont de 800 à 1 200 dirhams (75 à 110 euros) par mois selon la taille du foyer.
Toutes ces aides proviennent d’un fond spécial d’urgence « COVID-19 » de plus de 32 milliards de dirhams (2,9 milliards d’euros), créé sous l’impulsion du roi du Maroc Mohammed VI.
Déconfinement progressif dès le 20 mai
Le royaume comptait vendredi 5 771 cas officiellement détectés et 186 décès pour environ 55 000 tests menés depuis la mi-mars.
Le plan de déconfinement de ce pays de 35 millions d’habitants, un des derniers encore soumis à des restrictions très strictes avec couvre-feu nocturne, doit être présenté le 18 mai par le Premier ministre, à deux jours de l’échéance de l’état d’urgence sanitaire.
Le Comité de veille économique avait préconisé un déconfinement progressif axé sur une relance des activités à partir du 20 mai, mais les responsables gouvernementaux restent prudents.
L’Agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a réclamé vendredi une nouvelle aide d’urgence de près de 100 millions de dollars pour répondre aux conséquences socio-économiques du nouveau coronavirus, au moment où l’organisation traverse la « pire crise financière de son histoire ».
L’UNRWA se bat depuis 2018 pour compenser un arrêt de financement des États-Unis qui étaient jusqu’alors le principal donateur de l’agence, chargée de gérer des écoles et de fournir une aide médicale à quelque cinq millions de réfugiés palestiniens en Jordanie, au Liban, en Syrie, en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza.
Si le nombre de personnes contaminées par le virus dans les Territoires palestiniens est relativement bas – environ 350 dont deux morts en Cisjordanie et 20 à Gaza –, les conséquences socio-économiques et humanitaires y sont particulièrement désastreuses, estime l’UNRWA.
Dans la bande de Gaza, territoire densément peuplé de deux millions d’habitants sous blocus israélien, le taux de chômage pourrait par exemple passer de 50 % à 70 %, selon Matthias Schmale, le responsable de l’agence dans l’enclave palestinienne.
L’agence a demandé vendredi à ses donateurs une aide exceptionnelle de 93 millions de dollars (environ 86 millions d’euros) pour répondre aux effets de la crise sanitaire, après avoir réclamé mi-mars une première aide de 14 millions de dollars (12,9 millions d’euros).
« L’agence traverse la plus grande crise financière de son histoire et le nouveau coronavirus a un impact dévastateur », a indiqué Elizabeth Campbell, responsable de l’agence à Washington, lors d’un point presse par visioconférence.
« Si nous baissons nos budgets, cela signifie toucher à des services de base et fermer des écoles et des centres médicaux », a prévenu Gwyn Lewis, responsable de l’Unrwa en Cisjordanie, territoire occupé par Israël.
« L’agence traverse la plus grande crise financière de son histoire et le nouveau coronavirus a un impact dévastateur »
- Elizabeth Campbell, responsable à l'UNRWA
Elizabeth Campbell a fait état d’un « soutien sans précédent et essentiel » de pays du Golfe.
En 2018, Washington a annoncé mettre fin à son aide financière annuelle de 300 millions de dollars à l’agence, estimant qu’elle avait fait son temps, 70 ans après le conflit israélo-arabe et la création d’Israël.
Fin mars, des parlementaires américains ont adressé une lettre au secrétaire d’État Mike Pompeo l’appelant à allouer davantage de fonds aux Palestiniens, notamment à l’Unrwa.
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a ratifié une série d’amendements à la loi sur l’état d’urgence qui étend ses pouvoirs, une mesure prise en pleine pandémie de COVID-19 et dénoncée par des ONG.
Jeudi, Human Rights Watch (HRW) a dénoncé dans un communiqué les amendements, approuvés par le Parlement fin avril, les qualifiant de « couverture » pour la mise en place de « nouveaux pouvoirs répressifs ».
« Le gouvernement du président Sissi utilise la pandémie pour étendre, et non réformer, la loi d’urgence abusive en Égypte », a indiqué Joe Stork, directeur adjoint pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Human Rights Watch.
Les amendements, publiés au journal officiel jeudi soir, permettent au président d’ordonner la fermeture des écoles, la suspension des services publics, l’interdiction des rassemblements publics et privés et le placement en quarantaine des voyageurs entrant dans le pays.
Ils permettent aussi au président de limiter le commerce de certains produits, de réquisitionner les centres médicaux privés et de transformer des écoles, centres éducatifs et autres établissements publics en hôpitaux de campagne.
Le procureur militaire sera également autorisé à assister le ministère public pour enquêter sur des crimes rapportés par les forces armées responsables du respect des lois sous l’état d’urgence.
Joe Stork a souligné que bien que certaines de ces mesures soient nécessaires en temps de crise sanitaire, « elles ne doivent pas entraîner des abus ».
« Recourir à la ‘’sécurité nationale et à l’ordre public’’ comme une justification reflète la mentalité sécuritaire qui gouverne l’Égypte de Sissi », a-t-il ajouté.
L’Égypte a officiellement enregistré 7 981 infections, dont 482 décès et 1 887 guérisons.
L'Égypte est sous état d’urgence renouvelé depuis un attentat revendiqué par un groupe affilié à l’État islamique (EI) en avril 2017.
La législation d’exception élargit considérablement les pouvoirs de la police en matière d’arrestation, de surveillance, de déplacements et réduit les droits constitutionnels tels que la liberté d’expression.
La Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme Michelle Bachelet a accusé vendredi des belligérants en Syrie, dont le groupe État islamique (EI), de profiter de la pandémie de nouveau coronavirus pour perpétrer des attaques contre les populations civiles.
« Diverses parties prenantes du conflit en Syrie, y compris l’EI, semblent profiter du fait que l’attention du monde est tournée vers la pandémie de COVID-19 pour se regrouper et exercer des violences contre la population », a dénoncé Michelle Bachelet dans un communiqué, disant craindre « une bombe à retardement qui ne peut être ignorée ».
Ses services ont recensé 33 attaques à l’engin explosif improvisé depuis début mars, dont 26 dans des quartiers résidentiels et sept sur des marchés, presque toutes dans des régions du nord et de l’est du pays en majorité contrôlées par l’armée turque ou les forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes.
La plupart de ces attaques n’ont pas été revendiquées.
Le 28 avril, 51 personnes, dont au moins 29 civils, ont été tuées dans un attentat au camion-citerne piégé sur un marché d’Afrine (nord-ouest), ville du nord de la Syrie tenue par l’armée turque et des forces supplétives syriennes, précise le communiqué de la Haut-Commissaire.
« D’innombrables familles ont été traumatisées, et de nombreux villes, villages et maisons ont été détruits », a déploré Michelle Bachelet, s’associant à l’appel du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, à un cessez-le-feu.
« J’exhorte tous ceux qui continuent à se battre, à tuer et forcer à la fuite les Syriens éprouvés et assiégés à se retirer, et à donner une chance à la paix », a conclu Michelle Bachelet.
Les crises peuvent créer des opportunités. Pour le gouvernement turc, c’est le cas de la pandémie actuelle de COVID-19, qu’il voit comme une chance de réparer les relations endommagées avec son allié de l’OTAN, les États-Unis.
Ces dernières semaines, alors que le coronavirus s’est propagé dans les deux pays ainsi que dans une grande partie du reste du monde, Ankara a pris plusieurs mesures soigneusement planifiées pour rétablir les ponts avec Washington.
La Turquie a d’abord signalé son intention de normaliser les relations bilatérales en mars, lorsqu’elle a vendu et livré un demi-million de tests de dépistage aux États-Unis.
Puis, en avril, des responsables turcs ont annoncé que leur pays avait reporté de plusieurs mois l’activation des systèmes de missiles S-400 de fabrication russe en raison de la pandémie.
Cela a constitué un changement de cap majeur pour Ankara, dans la mesure où les responsables turcs insistent depuis longtemps sur le fait qu’ils poursuivront le déploiement de ces systèmes très controversés pour protéger l’espace aérien de la Turquie, alors même que la décision est passible de sanctions aux États-Unis.
Washington considère en effet l’achat d’armes russes par un allié de l’OTAN comme une menace pour la sécurité – et l’acquisition par Ankara des S-400 a déjà eu des répercussions majeures. L’année dernière, les États-Unis ont expulsé la Turquie du programme d’avions de chasse de cinquième génération F-35 et ont suspendu la livraison des appareils déjà achetés.
Fin avril, toutefois, le président Recep Tayyip Erdoğan a accordéune dérogation spéciale pour fournir des pièces de respirateurs à la société américaine Ford, qui a l’intention, dans les prochains mois, de produire des milliers de ces appareils médicaux nécessaires pour le traitement des personnes atteintes du COVID-19.
Et le 28 avril, la Turquie a fait don d’un demi-million de masques de protection et d’autres équipements médicaux à Washington sous prétexte de faire preuve de solidarité avec un allié.
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Certains observateurs à Ankara ont été surpris par ces mesures, en particulier la décision du président turc de fournir le matériel médical à titre d’aide plutôt que de le vendre, comme convenu initialement.
Erdoğan lui-même a révélé les intentions sous-jacentes à ces mesures dans une lettre adressée au président américain Donald Trump, qui a été envoyée à Washington à bord du cargo turc transportant l’aide en avril.
Il a déclaré que « l’atmosphère positive » créée par la coopération contre le COVID-19 aiderait les deux pays à « faire avancer » les relations turco-américaines.
« Les développements récents dans notre région, en particulier en Syrie et en Libye, ont une fois de plus démontré l’importance de soutenir pleinement l’alliance et la coopération turco-américaines », a écrit le chef de l’État turc.
Un responsable turc a déclaré à Middle East Eye sous couvert d’anonymat que les calculs d’Ankara avaient changé depuis que des affrontements avaient eu lien entre militaires turcs et forces gouvernementales syriennes dans la province d’Idleb, où près de 60 soldats turcs ont été tués en février.
C’est alors, a déclaré le responsable, que la Turquie a commencé à douter de son partenariat en Syrie avec la Russie, principal allié du président Bachar al-Assad.
« Les développements récents dans notre région, en particulier en Syrie et en Libye, ont une fois de plus démontré l’importance de soutenir pleinement l’alliance et la coopération turco-américaines »
- Recep Tayyip Erdoğan
« Les Russes, au lieu de mettre fin aux attaques syriennes dans la zone gardée par les stations d’observation turques, dont la sécurité était garantie par l’accord d’Astana, nous ont demandé de nous retirer et de céder le territoire à Damas », a indiqué la source.
« Ils nous ont même demandé de quitter la région d’Afrin, alléguant que puisque la Turquie avait nettoyé la zone [de la milice kurde] des YPG, il n’était pas nécessaire que nous y demeurions. »
Le sentiment à Ankara est que la Russie a aidé ou fermé les yeux sur une attaque de l’armée de l’air syrienne contre les forces turques en février, qui a tué 33 soldats.
Plusieurs conversations téléphoniques tendues entre Erdoğan et le président russe Vladimir Poutine ont par la suite révélé que Moscou était plus intéressé par la mise à la disposition du gouvernement syrien de l’autoroute M5 reliant Damas à Alep et de la M4 voisine que du sort de millions de réfugiés piégés près de la frontière turque.
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Par Ragip Soylu, à Ankara.
Dans un laboratoire pharmaceutique syrien, Rachid Al-Fayçal et son équipe travaillent d’arrache-pied pour produire la plus grande quantité d’hydroxychloroquine, un médicament antipaludique sur lequel les autorités misent pour soigner les patients contaminés par le nouveau coronavirus.
Il n’y a pas encore de preuves avérées que ce dérivé de la chloroquine soit efficace pour prévenir ou soigner la maladie de COVID-19, mais les médecins syriens, comme d’autres à travers la planète, l’utilisent désormais dans le pays en guerre.
Le laboratoire privé de Rachid Fayçal, près de Homs (centre), fait partie des six établissements pharmaceutiques qui fabriquent le médicament en Syrie, pays qui a officiellement recensé 45 cas de contamination, dont trois décès.
« La demande s’est intensifiée après la crise du coronavirus. Nous avons importé la matière première et avons commencé à le produire », indique le sexagénaire.
Il explique que son laboratoire détient depuis 2016 la licence pour la fabrication de ce médicament, autrefois produit « en petite quantité en fonction des besoins du marché », notamment pour soigner le lupus.
Dans une pièce voisine, des employés masqués assis autour d’une table rangent des tablettes de pilules dans leurs petites boîtes.
En une semaine, l’usine a fabriqué 12 000 boîtes de 30 comprimés, mais l’objectif est d’atteindre les 40 000 boîtes dans les prochains jours.
« Cette quantité couvre la demande et même plus », garantit Rachid Al-Fayçal.
Sanctions occidentales
À ce jour, le nouveau coronavirus a tué plus de 250 000 personnes à travers le monde et aucun vaccin n’a été mis au point.
Dans plusieurs pays, certains médecins utilisent les antipaludiques pour traiter les patients, assurant avoir des résultats probants. Le président américain Donald Trump est même allé jusqu’à qualifier la molécule de « cadeau de Dieu » contre la pandémie.
Mais les autorités médicales d’autres pays ont aussi mis en garde contre son usage en l’absence d’études cliniques à grande échelle prouvant son efficacité et averti des risques de complications cardiaques.
Tout comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a insisté sur l’absence de preuves scientifiques confirmant l’efficacité des antipaludéens et souligné l’existence d’effets secondaires potentiellement létaux.
En attendant, six laboratoires détiennent la licence de fabrication d’hydroxychloroquine en Syrie, d’après Sawsan Berro, responsable au ministère de la Santé.
Début avril, le ministre de la Santé Nizar Yaziji avait indiqué que la chloroquine était un des médicaments adoptés dans le protocole thérapeutique du pays pour faire face au virus, selon la page Facebook du ministère.
Mais la synthèse du médicament reste un défi dans le pays en guerre depuis 2011, frappé de plein fouet par les sanctions économiques américaines et européennes.
Ces sanctions touchent « les secteurs qui participent à la fabrication des médicaments », comme les importateurs de « matière première », les fournisseurs de « pièces détachées pour les machines des laboratoires », mais aussi les « transferts financiers », déplore Sawsan Berro.
Exportations ?
Face à ces difficultés, Rachid Al-Fayçal dit avoir longtemps hésité avant de se lancer dans l’aventure.
« Nous sommes dans un pays assiégé », dit-il, faisant référence aux sanctions contre la Syrie. « Les transactions financières sont très difficiles, tout comme les importations et les exportations. »
Hésitant à révéler les détours empruntés pour s’approvisionner en matières premières, il reconnaît cependant que c’est le « plus grand risque » qu’il a jamais pris dans sa vie. « J’aurais pu perdre beaucoup », avoue-t-il.
Malgré tout, le responsable du contrôle de qualité de son laboratoire, Abdel-Karim Darwich, se prend à rêver de pouvoir un jour lancer des exportations.
« Si les conditions le permettent, nous sommes prêts à exporter le surplus » de production, affirme-t-il à l’AFP.
Ces derniers jours, la demande en hydroxychloroquine a explosé en Syrie, le prix d’une boîte dépassant les 100 dollars sur le marché noir. Le prix officiel est fixé à 6 800 livres syriennes (moins de dix dollars).
« Nous sommes fiers de produire un des médicaments les plus demandés au monde et au prix le plus bas », se targue Abdel-Karim Darwich.
Par Maher Al Mounes, à Homs.
Les autorités syriennes ont annoncé jeudi le report des élections législatives pour la deuxième fois en deux mois dans le cadre de la lutte contre la pandémie de COVID-19.
« Dans le cadre des mesures de précaution prises par l’État pour lutter contre le coronavirus » le président Bachar al-Assad a publié un décret « reportant les élections des membres de l’Assemblée du peuple » au 19 juillet, a annoncé la présidence syrienne sur ses comptes officiels sur les réseaux sociaux.
En mars, les autorités syriennes avaient déjà reporté la date des élections, prévues initialement le 13 avril, au 20 mai.
Dans les zones sous le contrôle de Damas, 44 cas de contamination ont jusqu’ici été recensés, dont trois décès, tandis que dans le nord-est du pays, dominé par les forces kurdes, l’administration semi-autonome a annoncé trois cas de Covid-19, dont un décès.
En mars, les autorités syriennes avaient pris des mesures visant à enrayer la propagation à grande échelle de l’épidémie, avant de les alléger récemment dans un pays dévasté par neuf ans de guerre et à l’économie déjà chancelante.
Le couvre-feu nocturne est toujours en vigueur mais les autorités ont autorisé la semaine dernière la réouverture des marchés durant la journée ainsi que la reprise des transports en commun reliant les villes aux campagnes.
Le gouvernement syrien a également décidé mercredi de rouvrir les universités et les instituts à partir de fin mai et d’autoriser les mosquées à rouvrir leurs portes à partir de vendredi prochain, « uniquement pour la prière du vendredi » et conformément aux « réglementations sanitaires ».
Lundi, le président syrien a toutefois mis en garde contre une « catastrophe » si l’assouplissement des mesures était mal géré.
Les législatives prévues en juillet sont le troisième scrutin organisé depuis le début de la guerre en 2011.
Le régime, aidé de ses alliés russe et iranien, a réussi à reprendre plus de 70 % du territoire. Quelques régions lui échappent toujours, y compris la province d’Idleb (nord-ouest), dernier bastion rebelle.
Ce n’est pas la première catastrophe qu’ils doivent surmonter. Pour certains réfugiés syriens en France, les expériences douloureuses de la violence dans leur pays en guerre, puis de l’exil, permettent de faire face à l’anxiété créée par le nouveau coronavirus.
Le réalisateur
Mohammad Hijazi, un réalisateur de 31 ans de Damas, a passé trois mois dans les prisons du régime entre 2012 et 2013, en raison de ses opinions politiques. Il vit à Paris depuis 2017.
Dès que la France a débuté son confinement en mars, plusieurs enseignements qu’il a tirés de ses jours les plus sombres se sont rappelés à son souvenir.
« Les personnes qui ont vécu ce genre d’expériences sont entraînées à conserver le sens des perspectives », suggère Hijazi, lors d’un entretien par vidéo.
« Nous avons immédiatement réactivé les réflexes que nous avons dû mettre en place dans le passé pour gérer les crises » ajoute-t-il.
Par exemple, « nous savons ce que nous devons mettre de côté » confie-t-il, ajoutant que son passage en prison lui a appris l’importance de conserver certaines routines.
Comme pour beaucoup de migrants, les premiers mois qu’il a passés en France ont été synonymes de grande solitude. Un sentiment qu’il a retrouvé depuis le début du confinement.
Tous ses tournages étant à l’arrêt, il a décidé d’utiliser ses outils de travail pour lancer une radio en ligne. Il l’a nommée « Maazoul », « isolé » en arabe.
Grâce à ce projet, il conserve un lien avec ses collègues à l’étranger et les auditeurs.
Le webdéveloppeur
Yazan al-Homsy, développeur de sites internet et analyste de données, a survécu aux bombardements et au siège de Homs pendant plus d’un an. La pandémie l’a ramené à cette période terrifiante.
Yazan Al Homsy habite près d’un aéroport à Lyon (centre-est). Alors qu’il n’était pas dérangé par leur bruit jusqu’à présent, pendant les quelques jours où les avions ont continué à décoller et atterrir avant d’être cloués au sol, il a été hanté par l’image des engins de guerre traversant le ciel syrien.
« Un jour je me suis réveillé en me demandant où j’étais ! J’étais totalement perdu et n’ai pas pu sortir de chez moi pendant toute une semaine, » témoigne Homsy, qui préfère utiliser un pseudonyme pour la sécurité de sa famille restée en Syrie.
Il est d’ailleurs très angoissé pour ses parents âgés, qui n’ont pas accès à un « véritable système de santé ».
Selon lui, le meilleur conseil à donner à ses amis français angoissés, c’est de se souvenir que « leur gouvernement agit pour leur sécurité » et qu’ils « ont des droits ».
Mère, employée et doctorante
Dunia al-Dahhan, 40 ans, est la mère de deux jeunes enfants. Venue de Damas, elle vit à Paris depuis 2014. En ces temps troublés, elle est rassurée de vivre dans une démocratie.
« Ici, il y a un système, un État, et il y a des personnes qui expriment leurs opinions », dit-elle. Elle cite l’exemple d’un médecin français qui a accusé les autorités d’impréparation dans la gestion de la pandémie.
« Ce choc m’a fait me demander : pourrions-nous supporter d’entendre égrainer le nombre de personnes tuées en Syrie ? »
- Dunia al-Dahhan, réfugiée syrienne
Dahhan mène de front un travail à plein temps ainsi que ses études de doctorat. Elle travaille pour l’association « Portes ouvertes sur l’art » qui aide les artistes exilés. Elle aussi a fait son introspection lors des dernières semaines.
« Ce qui m’a le plus terrifiée, ce sont les informations sur les morts, et le nombre de morts. Ce choc m’a fait me demander : pourrions-nous supporter d’entendre égrainer le nombre de personnes tuées en Syrie ? » ajoute-t-elle.
Depuis le début de la guerre en Syrie, il y a neuf ans, plus de 380 000 personnes sont mortes.
Le conflit a ébranlé une grande partie des infrastructures du régime, son système de santé, et a mis plus de cinq millions de personnes sur les routes de l’exil.
Le chef-cuisinier
Les conséquences de la pandémie sur l’économie affectent les entreprises créées par les réfugiés, à l’instar de celle d’Emad Shoshara, un cuisinier de Damas arrivé à Paris en 2015.
Autrefois il dirigeait son entreprise de transports, mais il a dû se reconvertir lorsqu’il a fui son pays.
Depuis qu’il vit en France, il met à profit son talent pour la cuisine syrienne et a développé une clientèle d’organisateurs de mariage, de théâtres et de galeries, tous fidèles à ses services de traiteur. Mais depuis mars, il reçoit annulation sur annulation pour le printemps et l’été, deux saisons importantes pour lui.
Pourtant il refuse de se laisser aller à la tristesse. Justement parce que, selon lui, il sait ce que cela signifie de repartir de zéro.
« En dialecte syrien on a l’habitude de dire : ‘’À chaque fois que tu tombes, tu te relèves à nouveau’’ » , précise-t-il, tout en préparant un plat de poulpe spécial confinement.
Désormais, Shoshara passe son temps à filmer des recettes en direct qu’il poste sur Instagram. Les gastronomes y retrouvent un plat végétarien à l’aubergine et une version couleur betterave du hoummous, la star de la cuisine de la Méditerranée orientale.
Il espère que cela permettra à ses abonnés de garder le moral malgré les difficultés sans précédent qu’ils traversent.
« [Avoir des problèmes] n’est pas une raison pour baisser les bras », dit-il.
« N’oubliez pas que vous êtes sur la route de la vie, semée d’obstacles. Peut-être que vous allez surmonter tel obstacle et chuter devant tel autre. Mais quoiqu’il advienne, allez de l’avant ! »
Par Serene Assir, à Paris.
« Misère ». « Honte ». « Régression ». Mercredi 6 mai, les témoignages de solidarité pour Emna Chargui se sont multipliés sur les réseaux sociaux.
Cette étudiante tunisienne de 26 ans avait partagé le 4 mai sur sa page Facebook une parodie du Coran intitulée « sourate corona », qui parle de la pandémie de COVID-19 en imitant le style du texte sacré.
Mercredi, la justice tunisienne a décidé de la poursuivre pour « atteinte au sacré et aux bonnes mœurs et incitation à la violence ». Elle avait partagé sur les réseaux sociaux une parodie du Coran, a indiqué à l’AFP son avocate Inès Trabelsi.
« Il n’y a pas de différence entre rois et esclaves, suivez la science et laissez les traditions », peut-on lire dans le texte à la conclusion ironique publié par la jeune fille, qui ajoute : « ainsi parle le grand Jilou », un nom de divinité inventé.
Le parquet a ouvert une enquête et elle a été convoquée le 5 mai au poste de police à la Kasbah à Tunis, a indiqué son avocate .
Mercredi, elle a été entendue par un procureur général du tribunal de première instance de la capitale qui a décidé de la poursuivre pour « atteinte au sacré », « atteinte aux bonnes mœurs et incitation à la violence », a ajouté l’avocate, précisant que l’internaute était actuellement libre.
Selon Me Trabelsi, l’étudiante est poursuivie en vertu de l’article 6 de la Constitution qui stipule que « l’État protège la religion ».
Selon la loi fondamentale votée en 2014, fruit d’un compromis historique, l’État « garantit la liberté de croyance, de conscience » tout en s’engageant à « protéger le sacré et empêcher qu’on y porte atteinte ».
Le 28 mai, elle doit comparaître devant la Cour correctionnelle du tribunal de première instance, a ajouté l’avocate.
Sur les réseaux sociaux, certains internautes ont dénoncé une publication « provocatrice » et « irrespectueuse » et approuvé les poursuites judiciaires, tandis que d’autres les ont déploré, les qualifiant d’atteinte à la liberté d’expression.
Des représentants de la société civile ont exprimé mardi leur crainte que cette affaire cache l’intention des autorités de faire « taire les gens ».
« La convocation par la police d’une citoyenne tunisienne, pour un texte qui utilise le style du Coran, fait vraiment rire mais c’est un rire qui fait pleurer », a réagi l’islamologue Olfa Youssef. « On n’est quand même pas aujourd’hui en train d’activer des lois pour faire taire les bouches ? », s’est-elle inquiétée.
Dans un communiqué, l’Observatoire national pour la défense du caractère civil de l’État a « exprimé son vif étonnement de l’ampleur prise par cette affaire et appelé à respecter la liberté d’expression ».
Néji Bghouri, président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) est allé plus loin en qualifiant cette garde à vue de « scandale d’État » ajoutant au passage que cette affaire est un signe dangereux du retour de la politique de la répression et que le gouvernement de Fakhfakh [le Premier ministre] reste soumis au Conseil de la Choura d’Ennahdha ».
Après avoir allégé ses mesures contre le nouveau coronavirus, l’Égypte espère un rapide retour à la normale pour pallier aux conséquences de la pandémie sur son économie, à peine remise des années d’instabilité politique.
Face à la crise sanitaire mondiale, Le Caire a choisi de maintenir l’activité dans plusieurs domaines afin de préserver la croissance de son produit intérieur brut (PIB), qui atteignait 5,6 % fin 2019 selon le Fonds monétaire international (FMI).
Si le bâtiment, l’agriculture et l’économie informelle continuent de tourner sans trop d’entraves, la majeure partie de l’industrie, du tourisme et de l’aviation civile sont en revanche au point mort.
Alerte dans le secteur du tourisme
Mahmoud al-Dabaa, un voyagiste de la station balnéaire de Charm el-Cheikh, au bord de la mer Rouge, imaginait que cette saison serait la meilleure depuis 2010… mais c’était sans compter sur le virus.
« Je n’arrive pas à croire qu’on a dit aux touristes de rentrer chez eux en raison du coronavirus », confie M. Dabaa à l’AFP.
« C’est la première fois que je vois Charm el-Cheikh complètement vide », ajoute-t-il, se disant « choqué » par les plages désertes.
Poids lourd de l’économie égyptienne, le secteur du tourisme a déjà pâti de l’instabilité politique et sécuritaire après la révolte populaire de 2011.
En 2019, ce secteur-clé avait cependant engendré 11,6 milliards d’euros de recettes, soit les gains les plus élevés de la décennie, selon les chiffres officiels.
L’économie égyptienne a gagné en attractivité après les réformes imposées en 2016 dans le cadre d’un plan de soutien de 12 milliards de dollars (10,7 milliards d’euros) du FMI.
En janvier, elle figurait ainsi parmi les dix premières économies émergentes du monde, selon une étude de la Standard Chartered Bank à Londres.
Mais après l’apparition du virus, Le Caire a décrété un couvre-feu, bouclé ses aéroports, cafés, écoles et universités, mis au chômage technique des millions de fonctionnaires et fermé partiellement ses commerces, ralentissant l’activité.
2 % de croissance selon le FMI
L’Égypte, peuplée de 100 millions d’habitants, a officiellement enregistré 7201 contaminations dont 452 décès liés à la maladie COVID-19.
En mars, l’aviation civile a perdu plus de deux milliards d’euros
En mars, l’aviation civile a perdu plus de deux milliards d’euros et les réserves de change sont passées de 41,7 milliards d’euros en février à 36,8 milliards d’euros, selon le gouvernement.
Quant à la croissance, la ministre de la Planification Hala al-Saïd estime qu’elle ne dépassera pas 4,2 % à la fin de l’année budgétaire 2019-2020, contre une prévision à 5,8 % avant la pandémie.
De son côté, le FMI, auquel le gouvernement égyptien a demandé un nouveau prêt et une assistance technique pour affronter la récession causée par le virus, évalue qu’elle plafonnera à 2 %.
Mais pour Angus Blair, professeur d’économie à l’Université américaine du Caire, « 25 % de la main d’oeuvre réside dans l’agriculture qui n’est pas touchée, beaucoup de commerces sont ouverts et les chantiers se poursuivent. »
Peu touché également par les mesures, le secteur du bâtiment, notamment, compte pour 8,8 % du PIB. Il repose sur les projets de villes nouvelles lancés par le président Abdel Fattah al-Sissi depuis son arrivée au pouvoir en 2014, à l’instar de la nouvelle capitale administrative, à l’est du Caire.
Par ailleurs, l’économie informelle, « bien que ralentie », participe également au maintien de l’activité, commente M. Blair.
Comptant pour près de la moitié du secteur privé, elle représente quatre millions de travailleurs, selon l’agence nationale des statistiques (CAPMAS).
Impact sur le taux de pauvreté
Fin avril, après avoir allégé le couvre-feu pour le mois de jeûne, le Premier ministre Mostafa Madbouly a dit souhaiter un « retour progressif à la normale » à partir de la fête de l’Aïd, à la fin du Ramadan, fin mai.
Et afin d’encourager une reprise du tourisme intérieur, les autorités ont annoncé dimanche la réouverture d’un quart des hôtels du pays à la mi-mai, un pourcentage qui grimpera à 50 % au 1er juin.
« Si les contraintes sont allégées en juin par exemple, l’activité économique dans d’autres secteurs pourrait mener la croissance jusqu’au 3e et 4e trimestre », estime M. Blair.
Ingénieur dans l’industrie automobile, où l’activité s’est assez peu contractée, Mohamed Chadid, 32 ans, n’a pas cessé de travailler depuis l’émergence du virus, malgré le risque de contamination.
« La production a baissé car nous ne recevons plus de matières premières », a-t-il regretté.
Pensant aux plus vulnérables, M. Chadid considère qu’« il ne faut pas arrêter complètement [l’économie] pour que ceux qui travaillent encore puissent subvenir aux besoins de leurs familles. »
Pour Aliaa al-Mehdi, ancienne doyenne de la faculté de Sciences politiques de l’université du Caire, le ralentissement de l’activité risque d’avoir « un impact momentané sur le taux de pauvreté » en Égypte, où près d’un tiers des habitants vivent déjà avec moins d’un 1,3 euro par jour, selon les chiffres officiels.
Par Bassem Aboualabass, au Caire.
Kidnappée à l’âge de dix ans par le groupe État islamique, Layla Eido a pu renouer contact avec sa famille irakienne après une longue séparation. Mais coronavirus oblige, la jeune Yazidie est bloquée en Syrie depuis la fermeture des frontières et les retrouvailles tardent.
« Je compte les jours qui me séparent du moment où je vais revoir ma famille », confie l’adolescente de 17 ans, qui vit temporairement dans le nord-est syrien.
Elle a retrouvé sa liberté depuis un peu plus d’un an, après avoir été captive des combattants de l’EI jusqu’aux dernières heures du « califat », mis en déroute par des forces kurdes en mars 2019, dans le village syrien de Baghouz.
Alors qu’elle allait enfin revoir ses proches pour la première fois en sept ans, les autorités en Irak et en Syrie ont fermé leur frontière commune pour lutter contre la propagation de l’épidémie de COVID-19.
« Maintenant c’est le coronavirus qui m’empêche de les revoir », soupire la jeune fille aux longs cheveux noirs attachés.
« Quand on a commencé à se parler sur WhatsApp, ils m’ont dit de rentrer », ajoute-t-elle. « Mais il y a eu le coronavirus, je suis restée ici. Je n’ai pas de chance. »
En 2014, au moment de la montée en puissance de l’EI, Layla est enlevée à sa famille par les combattants, partis à l’assaut du foyer historique des Yazidis sur les monts Sinjar, dans le nord irakien.
Comme elle, des milliers de femmes et de filles, issues de la communauté kurdophone pluricentenaire, ont été arrachées à leurs foyers pour devenir des esclaves sexuelles ou être mariées de force à des combattants.
« Mes souvenirs m’accompagnaient »
Layla aussi a été obligée d’épouser un combattant irakien de 21 ans.
« Les deux premières années [de ma captivité], mes souvenirs m’accompagnaient, mais après je me suis habituée à la situation », confie l’adolescente, vêtue d’un jean et d’un pull rose à sequins.
Au début, « je me demandais si mes parents étaient en vie, je pensais à mes amies avec qui je jouais, à notre enlèvement, et je pleurais », raconte-t-elle.
Amenée d’Irak en Syrie, elle fuit avec les combattants d’un village à l’autre, au gré des défaites successives de l’EI. Avant de finalement échouer à Baghouz, dans l’extrême-est syrien, où son époux sera tué dans une frappe aérienne.
Quand les forces kurdes, soutenues par une coalition internationale emmenée par Washington, proclament leur victoire à Baghouz en mars 2019, Layla fait partie des dizaines de milliers de femmes et enfants évacués de l’ultime bastion d’EI pour le camp de déplacés d’Al-Hol.
En début d’année, elle parvient à reprendre contact avec sa famille, grâce à une amie yazidie rencontrée au camp d’Al-Hol et depuis rentrée en Irak.
Cette amie a retrouvé les parents de Layla, eux-mêmes déplacés dans la province de Dohuk dans le Kurdistan irakien.
« J’ai pleuré la première fois que j’ai entendu la voix de mon père », se souvient Layla. « Je leur parle tous les jours, on échange des photos. »
« Une vie meilleure »
En attendant son retour en Irak, elle est logée par un responsable yazidi syrien, chargé de coordonner les retours d’ex-captifs de sa communauté.
Dans sa maison, des représentations accrochées aux murs représentent Melek Taous, « l’Ange-Paon » vénéré dans la religion ésotérique monothéiste des Yazidis.
Assise avec l’une des filles du responsable, Layla fait défiler sur un téléphone les photos d’autres Yazidies au parcours similaire et qui l’ont précédée dans cette maison.
Une fois que la frontière sera rouverte, Layla pourra revenir chez elle mais se posera alors le défi de sa réinsertion.
« Je veux une vie meilleure, sans avions, sans bombardements, sans la guerre »
- Layla, adolescente yazidie
Après des années à parler arabe avec les combattants d’EI, Layla craint que son kurde ne soit un peu hésitant. Et elle s’était habituée à porter le niqab, le voile intégral imposé par l’EI, qu’elle a abandonné il y a un mois à peine. Convertie à l’islam durant ses années de captivité, elle a aujourd’hui renoué avec le yazidisme.
« J’ai peur que ce soit difficile de me réadapter à ma famille, j’étais petite quand je suis partie, j’ai vécu des traditions différentes », reconnaît-elle.
Mais au final, son choix est bien celui du retour. « Je veux une vie meilleure, sans avions, sans bombardements, sans la guerre », soupire-t-elle.
Par Delil Souleiman, près de Hassaké, Syrie.
Surveillance aérienne des populations, diffusion de messages d’alerte, désinfection des espaces publics… Le Maroc développe tous azimuts l’usage des drones au nom de la lutte contre le nouveau coronavirus, en phase avec une tendance mondiale pour les solutions sans contact.
« Il y a un vrai engouement : en quelques semaines, la demande a triplé au Maroc et dans d’autres pays de la région », souligne Yassine Qamous, le directeur de Droneway Maroc, qui distribue sur le continent africain les produits du leader mondial chinois DJI.
Selon lui, le Maroc, qui utilise des drones depuis plusieurs années déjà, « figure parmi les pays les plus avancés du continent » dans ce domaine avec un tissu industriel dédié, un réseau de chercheurs mais aussi de pilotes agréés.
Débusquer des rassemblements illégaux
Des autorisations administratives restrictives ont longtemps limité les drones civils à quelques usages spécifiques, comme les tournages de cinéma, le traitement des surfaces agricoles, la surveillance des panneaux solaires ou les relevés cartographiques.
Mais tout a changé avec l’apparition de la pandémie de COVID-19 : ces dernières semaines, les robots volants sont apparus dans plusieurs villes, où les autorités les utilisent pour diffuser des messages d’alerte, détecter des mouvements suspects dans les rues ou débusquer des rassemblements illégaux sur les terrasses des maisons.
Les consignes strictes de confinement instaurées mi-mars ne sont en effet pas toujours respectées, la presse locale évoquant notamment des soirées nocturnes entre voisins ou des prières collectives sur les toits, hors de portée des patrouilles de contrôle.
La préfecture de Temara, près de Rabat, a ainsi lancé la semaine dernière un système de surveillance aérienne de haute précision développé par des ingénieurs d’un groupe local, Beti3D, jusque-là spécialisé dans la topographie.
D’autres pays en Europe, en Asie ou au Moyen-Orient ont aussi adopté les technologies déployées en Chine au début de la pandémie, que ce soit pour surveiller les mouvements des citoyens, désinfecter les espaces publics ou développer les livraisons.
« Il y a une vraie demande »
« Les drones ont rapidement émergé comme une technologie vitale pour les agences de sécurité publique pendant la crise puisqu’ils permettent de contrôler en toute sécurité les espaces publics », analyse le site de DJI, groupe chinois qui couvre à lui seul 80 % du marché mondial.
L’apparition de nouveaux besoins liés à la pandémie pousse au développement d’une production locale adaptée
Comme la plupart des pays, le Maroc utilise avant tout des engins importés de Chine. Mais l’apparition de nouveaux besoins liés à la pandémie pousse au développement d’une production locale adaptée.
« Il y a une vraie demande », se réjouit Abderrahmane Krioual, le patron de Farasha, une start-up qui vient de lever des fonds pour développer à Rabat une ligne de production de drones de surveillance thermique et de pulvérisation de désinfectant.
Très en pointe dans le secteur, le département aéronautique de l’Université internationale de Rabat (UIR) a mis à disposition des pouvoirs publics son savoir-faire dès la fin mars, pour le déploiement de drones équipés de haut-parleurs ou de caméras infrarouge capables de détecter les mouvements nocturnes ou les températures des foules.
« Quelques projets sont en cours avant généralisation dans tout le pays », explique Mohsine Bouya, directeur « Valorisation et transfert » à l’UIR.
Les équipes de l’UIR ont aussi développé des applications de traçage, mais « il faut attendre une législation conforme » pour les déployer, précise-t-il.
85 000 contrevenants interpellés
Les autorités marocaines ne souhaitant pas communiquer sur le sujet, il n’a pas été possible d’avoir une cartographie précise des drones déployés depuis l’instauration de l’état d’urgence sanitaire mi-mars.
Contrairement à d’autres pays, le recours aux drones de surveillance ne suscite pas de débat au Maroc, où la stratégie musclée du pouvoir face à la pandémie suscite une forte adhésion, selon des indicateurs officiels.
Le royaume a très vite fermé ses frontières et massivement déployé des forces de l’ordre sur le terrain pour faire respecter les mesures strictes de confinement ou de port obligatoire du masque, renforcées depuis le début du ramadan par un couvre-feu nocturne.
Le non respect de ces consignes est passible d’un à trois mois de prison et/ou d’une amende équivalent à 115 euros.
Les forces de l’ordre ont interpellé plus de 85 000 contrevenants entre le 15 mars et 30 avril, et près de 50 000 ont été traduits en justice, selon les derniers chiffres officiels.
D’après les autorités, ces mesures drastiques ont permis de limiter la contagion, avec 5053 cas dont 179 décès depuis l’instauration de l’état d’urgence sanitaire.
Hors des frontières du royaume, le nombre élevé d’interpellations a toutefois poussé la semaine dernière une responsable opérationnelle des Nations unies à citer le Maroc parmi les pays où les mesures exceptionnelles génèrent une « culture de lockdown toxique » pour les droits humains. Rabat a rejeté cette appréciation en affirmant avoir pris des mesures « en phase avec des cadres légaux respectant pleinement les droits de l’Homme ».
Par Sophie Pons, à Rabat.
Le recteur de la Grande Mosquée de Paris (GMP), Chems-Eddine Hafiz, a menacé le gouvernement français de lancer une action en justice si le projet de reprise des cultes dans le cadre du déconfinement, annoncé par le Premier ministre Edouard Philippe le 4 mai, intervenait pour le grand week-end de la Pentecôte, donc au plus tôt le 29 mai.
« Si nous tenons à exprimer aujourd’hui notre stupéfaction et notre déception, c’est en raison de revirements inexpliqués opérés par l’exécutif, qui annonce l’éventualité de célébration d’offices religieux au sein des lieux de culte avant la date prévue, soit dès le 29 mai, pour permettre l’organisation de cérémonies religieuses liées aux fêtes juive et chrétienne de la Pentecôte. Cette approche ne sert ni la République, ni la société, ni le combat contre la pandémie », écrit le recteur de la Grande Mosquée de Paris dans un communiqué.
« Cette décision qui se dessine installerait de fait une inégalité entre les citoyens », dénonce Chems-Eddine Hafiz, ajoutant que « les musulmans, liés à la Fédération nationale de la GMP, ne comprendraient pas cette mesure inique du ‘’deux poids deux mesures’’, la fête de l’Aïd n’étant séparée de la Pentecôte juive et chrétienne que de quatre jours ».
« Si cette ‘’dérogation’’ venait à être accordée aux autres communautés religieuses à compter du 29 mai 2020, ce qui de facto exclurait le culte musulman, la GMP demandera instamment aux pouvoirs publics de fixer le 24 mai comme date de reprise de célébration des cérémonies religieuses pour tous les lieux de culte sans exclusion. La fête de l’Aïd qui clôture le mois sacré du Ramadan est aussi importante que la pentecôte juive ou chrétienne », appuie le recteur de la Grande Mosquée de Paris qui, dès le 7 mars, avant même la publication du décret officiel codifiant les règles de confinement, a décidé de suspendre toutes les cérémonies religieuses et les prières collectives.
« À défaut, la Grande Mosquée de Paris se verra malheureusement dans l’obligation d’user de tous les moyens légaux pour défendre les intérêts moraux des musulmans de France. Elle étudiera notamment la possibilité d’une saisine des juridictions compétentes pour dénoncer un fait grave de discrimination manifeste », menace le recteur Chems-Eddine Hafiz.