Coronavirus : suivez l’actualité dans la région MENA
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Le complexe de la mosquée al-Aqsa, à Jérusalem, sera fermé aux fidèles musulmans tout au long du mois de jeûne du Ramadan en raison de la pandémie de coronavirus, a averti le conseil religieux qui supervise ses opérations.
Le conseil, nommé par la Jordanie, responsable des lieux saints musulmans et chrétiens à Jérusalem, a annoncé jeudi la nouvelle mesure, prorogeant l’interdiction initiale de prière qui avait été émise fin mars.
La fermeture du complexe d’al-Aqsa, considéré comme le troisième site le plus sacré de l’islam, a été « douloureuse », ont déclaré les responsables religieux, mais la décision est « conforme aux fatwas [avis religieux] et conseils médicaux ».
Le Ramadan commencera cette année aux alentours du jeudi 23 avril. Habituellement, le mois de jeûne attire dans le complexe de la mosquée al-Aqsa, qui inclut le Dôme du Rocher, lieu de l’ascension du prophète Mohammed selon l’islam, des dizaines de milliers de fidèles chaque jour.
Au lieu d’aller prier à al-Aqsa, les responsables du site ont conseillé aux musulmans de « faire la prière chez eux pendant le mois de Ramadan, pour préserver leur sécurité ».
Néanmoins, le complexe continuera de diffuser l’appel à la prière (adhan) cinq fois par jour pendant le Ramadan et les employés du site seront toujours autorisés à y entrer, a indiqué le conseil dans son communiqué.
Dans une cuisine de Doha, des bénévoles préparent des milliers de plats de curry tout chauds pour des milliers de travailleurs migrants à faible revenu, confrontés à des pénuries de nourriture dans un contexte de confinement imposé pour lutter contre le nouveau coronavirus.
L’ONG Qatar Charity a lancé ces dernières semaines une initiative ayant pour objectif de distribuer des repas quotidiens à environ 4 000 travailleurs migrants, dont beaucoup sont confinés dans la Zone industrielle, dans le sud de la capitale qatarie, Doha.
Plusieurs dizaines de milliers de résidents sont en quarantaine dans cette zone, où des cas de contamination au nouveau coronavirus avaient été signalés le mois dernier.
Le secteur a fait face à des pénuries de nourriture aux premiers jours du confinement, selon des résidents, diplomates et ONG. Des rapports ont en outre fait état de prix inabordables dans les commerces.
En réponse à une requête du gouvernement, Qatar Charity a commencé à distribuer des repas préparés dans quatre cuisines, dont une prêtée par un restaurant gastronomique.
« Nous voulons qu’ils [les travailleurs] sentent qu’il y a des gens qui se soucient d’eux, qu’ils ne sont pas seuls », explique Mohammed Ali al-Ghamdi, en charge du bénévolat au sein de Qatar Charity.
Autour de lui, une douzaine de bénévoles préparaient les emballages pour la distribution des repas et les chargeaient dans une camionnette pour leur livraison.
« Les travailleurs à Doha font un travail exceptionnel, et la population leur en est reconnaissante », estime Mohammed Ali al-Ghamdi.
Le Qatar, riche émirat gazier du Golfe qui compte des centaines de milliers de travailleurs étrangers, a signalé sept décès dus au nouveau coronavirus et 4 103 cas de contamination.
« Les travailleurs à Doha font un travail exceptionnel, et la population leur en est reconnaissante »
- Mohammed Ali al-Ghamdi, Qatar Charity
Pour lutter contre le virus, les autorités qataries ont fermé les magasins non essentiels, les mosquées, parcs et restaurants.
Mais elles disent réfléchir à un assouplissement du confinement dans la Zone industrielle, après y avoir mené une vaste campagne de dépistage.
Le secteur a été bouclé, avec des points de contrôle de la police et une unité de stérilisation déployée sur place pour désinfecter les véhicules de livraison.
Israël aurait rejeté une demande d’exportation de respirateurs artificiels vers le Royaume-Uni alors que le Premier ministre britannique Boris Johnson se trouvait en soins intensifs après avoir été testé positif au coronavirus, a rapporté le site d’information Axios.
Selon le rapport, le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab aurait demandé au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou une exemption concernant un décret d’urgence interdisant à Israël d’exporter le matériel nécessaire pour faire face à la pandémie.
Selon Axios, la demande a été refusée, Netanyahou répondant qu’Israël avait besoin des respirateurs pour un usage national.
Le Royaume-Uni est l’un des pays les plus touchés d’Europe par le coronavirus, avec plus de 103 000 cas confirmés et près de 13 800 décès.
Actuellement, le système national de santé britannique (NHS) a à sa disposition un peu plus de 8 000 respirateurs. Le gouvernement britannique estime qu’il pourra en obtenir 8 000 autres de la part de fournisseurs nationaux et internationaux. Toutefois, le gouvernement évalue à au moins 30 000 le nombre de respirateurs artificiels dont le NHS aura besoin pour faire face à l’afflux de patients atteints du COVID-19.
Deux hommes ont été arrêtés en Tunisie dans le cadre d’une enquête sur un « projet terroriste » visant à contaminer volontairement des agents des forces de sécurité au nouveau coronavirus, en leur toussant dessus, a indiqué jeudi le ministère de l’Intérieur.
Les deux hommes ont été arrêtés lundi à Kebili, dans le sud tunisien, a précisé à l’AFP le porte-parole de la Garde nationale, Houssem Eddine Jebabli.
Le premier est un membre présumé d’un réseau djihadiste, soupçonné d’avoir usé de son « autorité morale » sur des partisans présentant les symptômes du COVID-19, a écrit le ministère dans un communiqué.
Le second suspect, qui était sous surveillance policière au moment de son arrestation et devait se présenter régulièrement dans les locaux des forces de sécurité, a indiqué à la police avoir reçu comme consigne de tousser délibérément lors d’une de ces visites afin de contaminer les agents, selon le texte.
Houssem Eddine Jebabli a précisé que le suspect n’avait pas pu entrer dans les locaux ni approcher des agents en raison des mesures de précaution prises face à la pandémie.
Des tests sont en cours pour voir s’il est porteur du virus, a indiqué le ministère.
Le parquet antiterroriste l’a placé en quarantaine obligatoire sous surveillance policière, jusqu’au résultat des tests, a ajouté le ministère, sans indiquer l’endroit de son isolement.
Lors d’une opération de contrôle du confinement fin mars en France, un policier s’était fait cracher dessus, soulevant la question de possibles poursuites pour mise en danger de la vie d’autrui.
La Tunisie reste sous état d’urgence depuis une série d’attentats meurtriers visant forces de l’ordre et touristes en 2015.
La situation sécuritaire s’est depuis largement améliorée, mais les groupes djihadistes affaiblis n’en ont pas moins mené trois attentats-suicides visant des policiers dans la capitale depuis octobre 2018, revendiqués notamment par le groupe État islamique.
Des centaines de cas de nouveau coronavirus, dont 25 décès, ont été officiellement déclarés en Tunisie, où un confinement général est en vigueur jusqu’au 19 avril au moins.
Le Gouvernement d’union nationale (GNA) a annoncé un confinement général de dix jours dans les zones qu’il contrôle dans l’ouest de la Libye, dont la capitale Tripoli, afin de limiter la propagation du nouveau coronavirus dans le pays en guerre.
Un couvre-feu de 24 heures entre en vigueur vendredi, a indiqué le GNA basé à Tripoli et reconnu par l’ONU, dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi.
Cette mesure ne s’applique pas à l’est du pays contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar, ainsi qu’à une grande partie du sud qui échappe au contrôle des deux camps rivaux.
Une situation humanitaire alarmante
Plongée dans le chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est déchirée aujourd’hui par une lutte de pouvoir entre Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen, et le GNA.
Le maréchal Haftar tente depuis un an de s’emparer de Tripoli, et le conflit a fait jusqu’ici des centaines de morts, dont des dizaines de civils, ainsi que plus de 200 000 déplacés.
La situation humanitaire risque de s’aggraver davantage en cas de propagation de la pandémie COVID-19 dans le pays, qui a officiellement enregistré jusqu’ici un décès et 48 cas, dont quatre dans l’est, selon le Centre de lutte contre les maladies basé à Tripoli.
Pendant le confinement, les hypermarchés seront fermés, mais les boutiques et commerces de proximité resteront ouverts entre 5 h et 10 h GMT, selon le communiqué.
Durant cette période, il est permis à chacun de faire des courses, d’après la même source.
Haftar impose aussi un couvre-feu
Mercredi, le ministre de la Santé du GNA, Ehmed Ben Omar, a estimé devant la presse que la situation sanitaire en Libye n’était « pas très mauvaise », mais « pas rassurante non plus ».
Il a appelé les Libyens à une « prise de conscience » et au respect des mesures de confinement.
Le GNA avait déjà annoncé le 22 mars la fermeture des frontières terrestres et aériennes et imposé un couvre-feu de 17 h à 5 h GMT.
Dans l’est du pays, les forces du maréchal Haftar imposent depuis plusieurs semaines un couvre-feu entre 18 h et 5 h GMT.
Longtemps la mosquée Hala Sultan Tekke, plantée sur les rives du lac salé de Larnaca dans le sud majoritairement chrétien de Chypre divisé, est restée un musée.
Si les fidèles peuvent aujourd’hui psalmodier dans ce haut lieu de pèlerinage, c’est en grande partie grâce aux efforts de l’imam chypriote Shakir Alemdar.
L’homme qui fait revivre les sites historiques musulmans de l’île méditerranéenne divisée entre le nord occupé par la Turquie et le Sud peuplé essentiellement de Chypriotes-grecs de confession chrétienne.
En bordure du lac, où viennent se poser les flamants roses l’hiver, se dressent le dôme et le minaret de la mosquée Hala Sultan Tekke, érigée au XVIIIe siècle sur le site présumé du tombeau d’Oum Haram ou Hala Sultan en turc, présentée comme une tante ou une nourrice de Mahommed.
« Pour les Chypriotes-turcs, cet endroit est d’une grande importance », dit Shakir Alemdar, homme jovial de 51 ans qui se souvient de sa première visite de ce lieu de culte à l’âge de six ans, peu avant la division de Chypre.
En 1974, en réaction à un coup d’État visant à rattacher l’île à la Grèce, l’armée turque a envahi le tiers nord. Depuis, la république de Chypre exerce son autorité sur les deux tiers du Sud et une République turque (RTCN) non reconnue par la communauté internationale a été proclamée au Nord.
De part et d’autre, les communautés de croyants ont dû s’éloigner de centaines de sites religieux, comme Hala Sultan Tekke au Sud ou le monastère grec-orthodoxe de Saint-Barnabé au Nord.
En 2003, des points de passage ont été ouverts le long de la « ligne verte », surveillée par une mission des Nations unies et qui divisait jusque-là hermétiquement l’île en deux.
Quand Shakir Alemdar retrouve Hala Sultan Tekke en 2008, à son retour d’Angleterre, il découvre l’ancien cœur de l’islam à Chypre rénové mais transformé en musée.
« Ils le présentaient comme une attraction touristique », dit-il. « D’accord, c’est un bel endroit, pour moi le plus bel endroit à visiter [à Chypre], mais le fait que ce soit un lieu de prière était ignoré ».
Depuis, ce représentant du mufti de Chypre a dédié sa vie à la reprise des offices à Hala Sultan Tekke et dans d’autres mosquées à l’abandon. Il s’efforce d’obtenir la construction de bassins à ablutions dans l’une, exige d’avoir son mot à dire sur le plan de rénovation d’une autre. « C’est mon combat ».
Comme de rallier patiemment à sa cause la bureaucratie chypriote-grecque. « Les Chypriotes-turcs sont vivants, nous ne sommes pas des fossiles », se souvient-il avoir dit un jour à un responsable.
« Nous faisons partie de la vie de cette île depuis 500 ans, nous ne sommes pas des étrangers », continue de marteler l’imam qui réside dans le sud.
Sur les cent mosquées situées en république de Chypre, « seules huit sont opérationnelles et [les autorités religieuses musulmanes] n’en gèrent que la moitié en raison de problèmes politiques », déplore-t-il.
Hala Sultan Tekke est administrée par le département des Antiquités, ce qui constitue une violation des libertés religieuses garanties par l’UE que Chypre a rejointe en 2004, affirme-t-il. Elle n’est accessible aux fidèles que pour deux des cinq prières quotidiennes, bien qu’une dérogation permette de la maintenir ouverte la nuit pendant le mois du ramadan.
« Les Chypriotes-turcs sont vivants, nous ne sommes pas des fossiles »
- Shakir Alemdar, imam chypriote
De la même façon, de l’autre côté, les Chypriotes-grecs se plaignent de l’état d’abandon des églises du Nord de l’île.
Mais en dépit des différends politiques entre Chypre et la RTCN, l’imam souligne que l’île d’un peu plus d’un million d’habitants est un modèle de tolérance religieuse. « C’est un avantage important pour un État membre de l’UE : Chypre a cette connaissance de l’islam ».
Avant la fermeture des sites touristiques et l’annulation des offices religieux en raison de l’épidémie de COVID-19, un vendredi de prière, on pouvait voir des touristes faire des selfies devant Hala Sultan Tekke et des fidèles y pénétrer pour prier, pour la plupart venus du Nord.
Et l’on pouvait y entendre l’imam Alemdar livrer un sermon en turc et en anglais, la voix résonnante exposant les mystères de la création dans une phrase et tonnant contre le changement climatique dans la suivante.
« Ce lieu est unique, dit l’imam en sortant, et c’est un cadeau pour tous les Chypriotes ».
Par Campbell Macdiarmid, à Larnaca.
La lueur opaline du jour commence à se refléter sur le dôme du Rocher. De premiers fidèles se réveillent sous la voix envoûtante, hypnotique de Firas al-Kazaz, dernier d’une lignée de muezzins remontant à plus de 500 ans dans la ville sainte de Jérusalem.
Le Palestinien trentenaire lance l’appel à la prière du minaret de la mosquée al-Aqsa, plantée sur l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam où, selon la tradition, Bouraq, monture céleste guidée par l’archange Gabriel, a conduit Mahomet pour son voyage nocturne de La Mecque à Jérusalem.
« Allahou Akbar... » Les premiers mots de l’adhan, l’appel à la prière, n’ont rien de saccadé, abrupt ou rugueux, mais tout du miel, de la ronde douceur. La voix chatoie. Et convie à un rendez-vous avec le Très-Haut.
Les premiers mots arabes résonnent. Les muezzins des autres mosquées de Jérusalem suivent, leur voix réverbérée dans les vallées autour, plus ou moins à l’unisson, comme si la terre vibrait en chœur pour cet appel sans frais à Dieu.
La vieille ville de Jérusalem, cœur battant du monothéisme, où musulmans, chrétiens et juifs ont leur quartier, se met peu à peu en marche.
À l’heure du confinement et de la fermeture des lieux de culte en raison de la pandémie de nouveau coronavirus, la voix des muezzins est plus présente que jamais peut-être depuis près d’un siècle à Jérusalem.
À la mi-journée, pas de klaxons, pas de disputes entre voisins, pas de palabres dans les cafés : seulement le trémolo des muezzins qui côtoie le chant des oiseaux et parfois le tintement des cloches d’églises.
En temps normal, après avoir appelé à la prière, Firas al-Kazaz arpente les rues de pierre lustrée par les pas des anciens.
Poignée de main à l’un, « salam aleikoum » à l’autre, invitation à boire un café à la cardamome : l’homme a des airs de dignitaire. Mais avec la pandémie, la ville est devenue comme un « fantôme », dit à l’AFP le plus jeune des muezzins d’al-Aqsa, qui se plaît à parler en arabe classique.
La famille Kazaz a hérité du rôle de voix d’Al-Aqsa au XVe siècle, sous le règne du sultan mamelouk Qaïtbay, bien après les Croisades, mais juste avant que les Ottomans ne s’emparent de la Ville sainte. Depuis, les Kazaz restent dépositaires de ce rôle symbolique.
« C’est un honneur de Dieu. Notre famille est bénie d’avoir cette voix magnifique pour appeler à la prière », dit Firas al-Kazaz, épaules droites, haut du crâne dégarni, dans la résidence d’un ami au pied d’al-Aqsa, où les porcelaines de derviches tourneurs côtoient une horloge en plastique coiffée de la tête de Mickey Mouse.
Gamin, Firas accompagnait son père à la mosquée, apprenait lui-même à appeler à la prière, à réciter le Coran, avec l’espoir de s’inscrire lui aussi dans l’histoire du temple bleuté à la coupole dorée.
« Un jour j’ai dit à mon père : ‘’Je voudrais faire l’appel’’. Il m’a répondu : ‘’Vas-y !’’. J’avais 14 ans... Ce jour-là, il faisait froid, il y avait de la neige, j’avais peur que l’on m’entende, parce qu’al-Aqsa a une aura », raconte-t-il.
« Alors j’ai appelé à la prière. Le chef du Waqf [autorité qui administre les lieux saints musulmans] a demandé à mon père : ‘’Qui a fait l’appel ?’’ Mon père a répondu : ‘’C’est mon fils’’. Alors le chef du Waqf a dit : ‘’Votre fils a une très belle voix mais elle est encore trop faible’’ ».
Le jeune Firas a étudié à la Dar al-Quran al-Kareem, un institut privé, avant de parfaire sa formation sous les auspices d’un maître venu de la mosquée al-Azhar du Caire, cheikh Mohammed al-Masri.
Le Caire, où une autre voix résonne. Celle de la diva Oum Kalthoum, contemporaine de Maria Callas, au timbre vibrant encore dans les rues, les cafés et les cœurs arabes.
Le muezzin est-il, à sa manière, un artiste ? « Les grands artistes arabes ont aussi débuté en lisant le saint Coran, comme Oum Kalthoum », répond l’intéressé.
« Mais il serait très difficile pour un chanteur d’appeler à la prière car cela implique de connaître le Coran, les prières, la grammaire, ce sont des bases qui ne sont pas aisées », souligne le jeune muezzin.
Et quelle est la différence entre le bon et le mauvais muezzin ? « Le muezzin doit appeler les gens à la prière mais il doit aussi imprégner une marque sur les esprits », explique Firas al-Kazaz, qui partage al-Aqsa avec d’autres muezzins afin de pouvoir reposer sa voix.
« Il y a beaucoup de muezzins mais très peu parviennent à produire un effet. Le matin il faut avoir une voix plus douce car l’atmosphère est calme. Le soir il faut appeler à la prière comme si on bordait les gens au lit », nuance le jeune père.
Border au lit ou appeler les fidèles à rester chez eux. Depuis un mois, les muezzins des grandes villes arabes invitent les fidèles à demeurer à la maison, afin d’éviter la propagation du nouveau coronavirus dans les mosquées.
Et à l’approche du jeûne sacré du Ramadan, Firas aspire à un retour à une vie normale.
« À la fin de l’appel à la prière, je dis ‘’Maintenant priez dans vos maisons’’ et cela me déchire le cœur... Nous demandons donc à Dieu d’en finir avec cette calamité, cette pandémie. »
Par Guillaume Lavallée, à Jérusalem.
Un geste salué par la toile algérienne : l’ancien entraîneur de l’équipe nationale d’Algérie, le français Christian Gourcuff a adressé un message d’encouragement au personnel médical de Blida.
L’ex-coach des Fennecs entre 2014 et 2016 a tenu à saluer les efforts du personnel médical de cette ville, à 50 km au sud d’Alger, épicentre de la propagation du coronavirus en Algérie et la seule à subir un confinement complet depuis le 23 mars.
La coordination des bénévoles d’Alger a lancé le projet « Ikram el Ahiba » (honorer les êtres chers) visant à assurer le transport funéraire des personnes décédées du nouveau coronavirus de l’hôpital vers le cimetière, à travers l’ensemble du territoire national pour aider et atténuer la douleur des familles endeuillées, a indiqué, mercredi, à l’agence officielle APS, un membre de la coordination, Aïnouche Hamza.
Cette initiative intervient dans le prolongement d’une série d’initiatives, lancées par les associations de wilaya (département) activant sous la bannière de la Coordination, depuis l’apparition du COVID-19 en Algérie, a affirmé M. Aïnouche également président du bureau d’Alger de l’Association « Asaa lel khir » (fais le bien).
Pour bénéficier de ce service, la coordination a lancé cette semaine un formulaire électronique destiné aux transporteurs et chauffeurs en vue de constituer un réseau de transport durant cette période, a-t-il poursuivi, ajoutant que tout le matériel de protection nécessaire (tenues et combinaisons de protection, masques, lunettes, spray et solutions de désinfection) sont fournis par les membres du projet. « Le respect des conditions et mesures de protection constitue une priorité absolue pendant toute la durée du projet », a-t-il soutenu.
La coordination des bénévoles d’Alger compte sept associations actives au niveau de la capitale, en plus d’encadreurs du corps médical dont des médecins et des infirmiers repartis en groupes de travail.
Ces associations ont pu fabriquer plus de 18 000 bavettes, 15 000 combinaisons et 2000 masques de protection durant ces dix derniers jours, et les distribuer à nombre de structures hospitalières à Alger.
Dans une petite salle de la célèbre mosquée des Omeyyades à Damas, six muezzins joignent chaque jour leurs voix portantes pour un appel à la prière collectif, perpétuant en Syrie une tradition ancestrale et unique.
Leur doyen, Mohamed Ali al-Cheikh, âgé de plus de 80 ans, fait partie des 25 muezzins qui se relaient pour lancer, en chœur, l’appel à la prière depuis le lieu de culte pluricentenaire, situé dans le vieux Damas.
Une tradition exceptionnelle en Syrie, voire dans le monde arabe, où cet appel est généralement lancé par un seul muezzin.
Elle se poursuit aujourd’hui malgré la fermeture de la mosquée mi-mars, décidée par les autorités dans le cadre des mesures de précaution pour lutter contre le nouveau coronavirus.
« La mosquée des Omeyyades se démarque du monde entier par cet appel collectif », s’enorgueillit l’octogénaire coiffé d’un tarbouche rouge, vêtu d’une djellabah noire et d’une veste traditionnelle brodée.
« Nous sommes une dynastie. Je suis muezzin depuis 68 ans et mon père l’était également », raconte Mohamed Ali al-Cheikh à l’AFP.
Au quotidien, ils sont parfois retraités ou commerçants dans le souk. Mais en raison de leur voix harmonieuse, ils ont l’« honneur » d’avoir été sélectionnés pour appeler les fidèles à la prière, un des cinq piliers de l’islam.
« Lorsque j’étais jeune, des muezzins m’ont dit : ‘‘Ta voix est belle, viens déclamer avec nous’’ la prière », se souvient-il. « L’appel à la prière est une glorification de Dieu. Notre Seigneur fait don au muezzin de cette voix pour qu’il exalte sa parole. »
Dans la petite pièce sobrement décorée de versets coraniques, une horloge électronique affiche les heures des cinq prières, qui rythment la journée des croyants.
C’est ici que Mohamed Ali al-Cheikh et cinq muezzins lancent en chœur l’appel, relayé par des hauts-parleurs sur les minarets.
« Dieu est grand », déclame l’un d’eux d’une voix grave, quand sonne la prière de midi, avant que le groupe ne poursuive à l’unisson.
Seule la prière de l’aube ne bénéficie pas de cet appel collectif.
Il existe plusieurs récits sur les origines de cette vieille tradition à Damas.
Selon les muezzins de la mosquée des Omeyyades, l’objectif était de diffuser l’appel au plus grand nombre de fidèles aux quatre coins de la ville. Selon l’architecte auteur d’un ouvrage sur l’histoire du lieu, Talal Akili, l’appel collectif à la prière a débuté à la fin du XVe siècle, lorsque des pèlerins en provenance de plusieurs régions du pays se retrouvaient à Damas avant de partir pour La Mecque. L’objectif selon lui était d’informer de l’heure de la prière.
Le souffle court, Mohamed Ali al-Cheikh gravit péniblement l’escalier étroit d’un minaret qui surplombe la vaste cour de la mosquée, pour montrer la vue imprenable sur la capitale.
« Nous avons hérité de cette tradition de père en fils, cela fait au moins cinq générations »
- Mohamed Ali al-Cheikh, muezzin
Il raconte comment, avant l’arrivée des hauts-parleurs dans les années 1980, plusieurs muezzins montaient au sommet des trois minarets pour lancer simultanément l’appel, leurs voix retentissant à travers les quartiers de Damas.
Avec ses années d’expérience, Mohamed Ali al-Cheikh fait partie de ceux habilités à décerner des certificats aux muezzins en herbe.
« La voix du muezzin doit être belle et forte, le rythme et l’intonation eux peuvent être acquis », explique-t-il.
Cela fait dix ans que son neveu, le quinquagénaire Abou Anas, a rejoint officiellement les muezzins de la mosquée des Omeyyades.
Son grand-père était déjà « le cheikh des muezzins » à Damas et il a été bercé depuis l’enfance dans cet univers hors du temps.
« Nous avons hérité de cette tradition de père en fils, cela fait au moins cinq générations », dit-il à l’AFP. « Ce n’est pas un passe-temps, c’est quelque chose qui coule dans notre sang. »
Accolée à l’historique souk al-Hamidiyyé, la mosquée fait partie des incontournables à visiter en Syrie, avec ses façades recouvertes de mosaïques dorées et ses colonnes corinthiennes, illustrant la diversité de l’histoire du pays.
D’ailleurs, l’édifice a été érigé au VIIIe siècle sur le site d’une basilique.
Depuis 2011 et le début de la guerre, la mosquée, restée globalement intacte, n’a jamais fermé, même durant les pics de violences.
À quelques mètres de là, Mohamed al-Saghir, 52 ans, tient une petite boutique d’orfèvrerie dans les allées du vieux souk. Entre deux visiteurs, il garde l’œil sur une horloge murale.
À l’approche de la prière, il ferme boutique, s’excusant auprès des clients et se rend à pied à la mosquée, pour participer au traditionnel appel à l’adresse des fidèles.
« Même les clients chrétiens me demandent de prier pour eux », raconte le commerçant que l’on surnomme « Hajji », par respect pour son statut religieux.
Cela fait trente ans que le quinquagénaire a rejoint les muezzins de la mosquée des Omeyyades. Ils ont découvert que « ma voix était belle et que je maîtrisais les tonalités, sans avoir besoin d’aucune formation », se souvient-il.
L’appel à la prière est devenu la priorité pour cet orfèvre qui dit éprouver de « l’ennui » dans son travail, contrairement à cette « adoration constamment renouvelée qui rapproche l’homme de Dieu ».
« Je suis fier d’être un muezzin à la mosquée des Omeyyades », ajoute-t-il. « Cela fait partie du patrimoine syrien, que tout le monde prend plaisir à entendre. »
Par Rim Haddad, à Damas.
Une équipe de chercheurs marocains, composée d’ingénieurs et de médecins, a annoncé le lancement en version initiale d’un « masque intelligent de détection automatique à distance » du COVID-19, rapporte l’agence de presse officielle marocaine, la MAP.
Ce masque est accompagné d’une application de « tracking », qui propose une méthode de prédiction et de diagnostic de la maladie.
Selon ces chercheurs, le masque, qui sert également de barrière de protection, a été conçu en utilisant l’impression 3D et contient une carte et des capteurs de température, d’humidité et de pression permettant de mesurer la pression et le cycle respiratoire, ainsi que le taux d’oxygène dans le sang (en le combinant avec un oxymètre, appareil qui permet de mesurer la concentration en oxygène moléculaire dans un mélange gazeux ou dans un liquide).
« MIDAD » fait partie des six projets retenus à un concours international baptisé « HakingCovid19 » organisé par HEC Paris et d’autres partenaires, qui ont reçu pas moins de 102 candidatures. Grâce à cette distinction, un investisseur marocain a proposé de financer la production de ce masque.
Dans une déclaration à la MAP, le coordinateur de l’équipe scientifique, le Dr Mouhsine Lakhdissi, a précisé que ce masque était relié via bluetooth à l’application Trackorona, qui propose le « tracking » (traçage) des déplacements de l’utilisateur pour détecter son niveau de respect du confinement et de la distanciation sociale.
Il a fait savoir que l’application, qui peut être téléchargée gratuitement sur smartphone indépendamment du masque, proposait un formulaire d’auto-diagnostic validé médicalement et une technologie innovante de détection des symptômes de la maladie par la voix.
L’application utilise aussi un « framework » évolutif de prédiction multi-facteurs utilisant des données environnementales, comportementales et médicales du patient et de l’intelligence artificielle.
« Respecte la loi sur la protection des données personnelles »
Le Dr Lakhdissi a expliqué que cette application permettait de remonter les données vitales du masque en les combinant avec les autres données d’auto-diagnostic, de détection intelligente par la voix et de suivi du comportement pour évaluer la probabilité d’infection, mais également connaître les personnes fréquentées par l’utilisateur, tout en « respectant la loi sur la protection des données personnelles ».
Le masque intelligent MIDAD et l’application Trackorona sont un projet 100 % marocain, qui propose une méthode innovante et à faible coût, a-t-il dit, soulignant que c’est « une modeste contribution scientifique mise à la disposition de notre pays en guise de reconnaissance et qui reste ouverte aux améliorations, adaptations et rectifications apportées par les experts ».
Concernant les étapes franchies pour protéger cette invention, le Dr Lakhdissi a expliqué qu’une demande de brevet avait été déposée pour ce dispositif qui va être lancé en open source pour les citoyens et le gouvernement marocains.
Il a indiqué que l’équipe scientifique avait travaillé sur ce projet durant un mois, ajoutant que l’idée était le fruit d’une réflexion collective dans le cadre de la mobilisation citoyenne et active en lien avec la pandémie, notant que des contacts avaient été établis dans ce sens avec le centre de recherche de la faculté de médecine de Casablanca.
Il s’agit d’un projet innovant qui a tiré profit des expériences entreprises en Corée du Sud, à Singapour, en Allemagne et en Suisse portant sur le confinement, la distanciation sociale et la détection de la maladie via l’empreinte vocale.
Ce masque peut être utilisé pour lutter contre le coronavirus, mais également en matière de médicalisation à distance dans d’autres cas de maladies.
Alors que la majorité des compagnies aériennes ont cloué leurs avions au sol, Qatar Airways a utilisé sa flotte pour permettre le rapatriement de milliers de voyageurs à travers le monde, engrangeant ainsi des « points diplomatiques » sur fond de tensions persistantes avec ses voisins du Golfe.
Qatar Airways n’assure plus que 35 % de ses liaisons aériennes habituelles mais la compagnie aérienne est parvenue à transporter 17 000 personnes, bloquées dans différents pays, sur près de 60 vols spéciaux vers leurs pays d’origine.
À Sydney, l’ambassade de France a publié sur les réseaux sociaux des images de Français tout sourires après avoir pu s’enregistrer sur un vol liant Perth à Paris.
La France, mais aussi l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont salué les efforts du Qatar pour rapatrier leurs citoyens.
Qatar Airways a également évacué d’Irak des diplomates américains et d’autres nationalités.
En pleine pandémie mondiale, la compagnie aérienne a voulu faire figure de « bouée de sauvetage » entre l’Asie et l’Europe, ainsi qu’entre l’Asie et l’Amérique, raconte son directeur de la stratégie, Thierry Antinori.
« À la demande du gouvernement français, du gouvernement allemand, nous affrétons des vols pour prendre en charge des passagers qui sont bloqués, y compris vers des villes que Qatar Airways ne dessert pas habituellement », précise-t-il à l’AFP.
Sur les réseaux sociaux, une vidéo montre des Français applaudissant l’équipage de l’avion les rapatriant. Et un ministre britannique a exprimé sur Twitter son soulagement après le retour au Royaume-Uni de 45 000 concitoyens.
Alors que la pandémie de COVID-19 a suscité une profonde crise économique, affectant notamment les alliés occidentaux de Doha, Qatar Airways « sert l’image » du pays sur la scène diplomatique, estime Andreas Krieg, chercheur sur le Moyen-Orient au King’s College de Londres.
La compagnie aérienne « marque des points diplomatiques et rappelle au reste du monde l’importance de donner au Qatar l’accès à l’espace aérien et la liberté de voler », observe-t-il.
L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte ont rompu leurs relations avec le pays en 2017, l’accusant de soutenir les mouvements islamistes, ce que le Qatar nie. Les quatre alliés ont notamment interdit leur espace aérien à l’aviation qatarie.
« C’est un message clair du Qatar à ses partenaires pour [qu’ils l’aident] à lever le blocus aérien », souligne Andreas Krieg.
Mais les efforts du Qatar n’ont pas trouvé grâce auprès de ses voisins du Golfe. Bahreïn s’est ainsi insurgé que Qatar Airways rapatrie des Bahreïnis bloqués en Iran et les héberge temporairement à Doha.
L’Iran est le pays le plus touché par la pandémie au Moyen-Orient, avec plus de 4 000 morts, et de nombreux pays de la région estiment que les premiers cas enregistrés sur leur sol sont le fait de voyageurs venus d’Iran.
Conseiller diplomatique du roi de Bahreïn, Khaled al-Khalifa a accusé sur Twitter le Qatar d’« ingérence » et d’exposer les Bahreïnis à « un grand danger », en ayant agi sans coopération avec les autorités de leur pays.
Dans les jours ayant suivi le boycott économique mené par l’Arabie saoudite et ses alliés, le Qatar avait été contraint d’acheminer toutes ses importations par avion, du bétail aux fruits de mer, pour éviter que les rayons de ses supermarchés ne se vident.
Cette crise a donné au Qatar « l’expérience nécessaire pour s’adapter rapidement à une situation de crise qui évolue rapidement et pour établir des plans d’urgence », analyse Kristian Ulrichsen, chercheur spécialiste du Golfe.
La compagnie aérienne « marque des points diplomatiques et rappelle au reste du monde l’importance de donner au Qatar l’accès à l’espace aérien et la liberté de voler »
- Andreas Krieg, chercheur sur le Moyen-Orient
Mais comme de nombreuses autres grandes compagnies aériennes, Qatar Airways a averti qu’une aide d’État sera nécessaire en 2020, après plusieurs années de pertes liées au boycott régional.
Tandis qu’Etihad Airways à Abou Dabi ou encore Emirates à Dubaï, ont immobilisé leur flotte au sol, Qatar Airways tente de compenser la diminution du nombre de passagers en chargeant davantage de fret dans les soutes à bagages de ses avions de ligne.
« Le fret permet de payer l’avion et de sauver les meubles », explique à l’AFP Thomas Caufield, chef des opérations dans le terminal de fret de la compagnie.
« Là où vous aviez vingt tonnes normalement, vous pouvez maintenant en avoir 60 en utilisant la soute à bagages des passagers », assure-t-il.
La compagnie a également proposé à son personnel naviguant de prendre des congés sans solde, sans réduire cependant les salaires de ceux continuant de travailler.
Par Gregory Walton, à Doha.
Leur maison dans le nord-ouest de la Syrie est en ruine mais Hassan Khraybi et ses dix enfants sont finalement rentrés dans leur ville natale ravagée par le conflit, comme de nombreux déplacés abandonnant des secteurs surpeuplés par crainte du nouveau coronavirus.
Profitant d’un cessez-le-feu dans la province d’Idleb, le père de famille est retourné à Ariha, où il s’est installé dans un petit appartement prêté par une connaissance.
« Nous étions dans le nord [d’Idleb] et là-bas les camps de déplacés sont bondés », explique le quadragénaire à la silhouette massive et à la peau brûlée par le soleil.
« Avec la surpopulation, on a eu peur de la propagation du coronavirus. On a décidé de rentrer, même si nos maisons sont détruites », justifie-t-il.
Aucun cas de la maladie COVID-19 n’a été officiellement recensé dans la province d’Idleb et ses environs, ultime grand bastion de combattants opposés à Damas qui compte quelque trois millions d’habitants.
Mais les ONG craignent une catastrophe humanitaire si le virus venait à se propager dans cette région, surtout dans les camps surpeuplés où les familles vivent dans un dénuement total, avec un accès limité aux soins et à l’eau potable.
Même si sa maison n’est plus qu’un amas de béton, Hassan a fait le choix de rentrer à Ariha.
Chaque jour, il sillonne avec son camion-citerne les rues dévastées de la ville, pour vendre de l’eau aux habitants qui, comme lui, ont fait le pari du retour.
La famille de Hassan faisait partie des près d’un million de déplacés recensés par l’ONU, chassés de chez eux par une offensive meurtrière relancée en décembre par le régime et son allié russe dans le nord-ouest syrien.
Nombre d’entre eux ont fui vers le nord de la province d’Idleb, ralliant la zone frontalière de la Turquie, considérée comme plus sûr. Hassan et sa famille ont vécu là pendant deux mois, s’installant un temps dans un camp de déplacés près de Maaret Misrine.
Mais début mars, alors que l’épidémie de COVID-19 se propageait à travers le monde et que l’offensive du régime s’est calmée à la faveur d’une trêve négociée par Moscou et Ankara, des centaines de familles en ont profité pour revenir à Ariha.
C’est le cas de Rami Abou Raëd, qui a passé deux mois avec sa femme et ses trois enfants dans le nord d’Idleb.
Là-bas, la famille partageait son logement avec des connaissances.
« Dans chaque maison, il y avait trois ou quatre familles qui vivaient ensemble », raconte ce peintre en bâtiment de 32 ans à la grosse barbe noire.
« Ce n’était pas possible, surtout avec le coronavirus. J’ai eu peur pour les enfants et je suis rentré », confie Rami.
Le trentenaire a vécu deux ans à Ariha, après plusieurs déplacements au gré des offensives successives du régime.
Alors aujourd’hui il ne se fait pas d’illusion sur la trêve fragile dont bénéficie Idleb.
« La raison de l’accalmie c’est le coronavirus. S’il est éliminé, le régime va reprendre ses opérations », assure-t-il.
Damas semble pour l’instant focalisée sur la lutte contre la pandémie, qui a officiellement affecté 29 personnes et entraîné deux décès dans les territoires sous son contrôle.
À Ariha, les premiers signes d’une timide reconstruction se font voir. Des hommes s’affairent pour faire tomber au marteau des plafonds à demi-effondrés, tandis que d’autres alignent les blocs de parpaing.
Ici et là, des enfants jouent en riant au milieu des ruines.
Une boulangerie a repris du service et les étals du marché ont refait leur apparition dans le centre-ville, où les vendeurs de légumes sont installés devant les monticules de décombres.
Installés près de la frontière avec la Turquie, Oum Abdou et son mari projettent de retourner d’ici fin avril à Ariha, d’où ils sont originaires.
Mais ils doivent d’abord trouver un logement, leur maison ayant été détruite par les violences.
Déplacés depuis deux mois, le couple et ses cinq enfants vivent actuellement dans une mosquée.
Lors d’une récente visite à Ariha, Oum Abdou s’est recueillie sur les tombes de ses deux fils, tués ces dernières années dans des bombardements.
« C’est surtout pour eux que je veux revenir », lâche-t-elle.
La quadragénaire colle son visage contre une pierre tombale qu’elle enlace, imitée par sa fillette de 4 ans, Malak. COVID-19 oblige, toutes deux portent un masque sur la bouche.
Par Aaref Watad, à Ariha.
Malgré un schisme religieux, des batailles antiques qui divisent toujours, la guerre et les exactions des radicaux des deux camps, à Bagdad, le muezzin sunnite Ahmed al-Azzaoui et le mollah chiite Mountadher lancent leur appel à la prière... à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre.
« Les sunnites viennent pour nos fêtes et nous allons aux leurs, il n’y a pas de différence », assure d’emblée à l’AFP le mollah Mountadher, muezzin de la mosquée Abou al-Salaouate.
Pourtant, des différences, il y en a, dans le rituel au moins.
Ahmed al-Azzaoui lance cinq appels à la prière par jour, le mollah Mountadher, lui, seulement trois : à l’aube, à la mi-journée et au coucher du soleil.
Le sunnite lance le mouvement et le chiite lui fait écho plusieurs minutes après : les deux communautés ne prient ni à la même heure ni avec les mêmes gestes.
Les phrases plus que millénaires des deux muezzins sont aussi différentes.
Au texte des sunnites, les chiites ajoutent deux phrases dont une évoquant l’imam Ali, gendre du prophète Mahomet et figure la plus vénérée du chiisme, justement enterrée à 200 km de là, dans la ville sainte de Nadjaf.
Le mollah Mountadher et Ahmed al-Azzaoui, trentenaires, ont commencé quasiment en même temps dans leur quartier d’al-Rahmaniya, cœur historique de la rive ouest du Tigre à Bagdad.
Le premier en 2007, le second en 2008, à l’époque des pires violences confessionnelles en Irak, alors sous occupation américaine depuis la chute de Saddam Hussein en 2003.
Malgré les dizaines de milliers de morts, ils sont restés à leur poste.
Avec ses dix millions d’habitants, Bagdad a vu sa répartition confessionnelle changer : au pic des violences, des familles ont décidé de fuir leur quartier natal, des couples ont divorcé afin de rester dans leur communauté religieuse.
Mais la mixité est restée à al-Rahmaniya, un quartier populaire où les mosquées ont fleuri d’abord sous l’impulsion de la « campagne de la foi » lancée par le sunnite Saddam Hussein, puis de la montée en puissance des religieux après sa chute.
Pour Ahmed al-Azzaoui, la mosquée Hajj Rachid Daragh, construite en 1957, où il officie, est « un symbole historique pour les gens du coin et un signe de cohabitation qu’il faut préserver ».
Les chiites, les deux tiers de la population
En Irak, berceau des civilisations babylonienne ou sumérienne et théâtre de grands épisodes de l’histoire islamique, les chiites représentent les deux tiers de la population. Les sunnites sont une minorité installée dans l’Ouest et le Nord.
Et leur cohabitation a mené au meilleur comme au pire.
Bagdad a été de 762 à 1258 la capitale des Abbassides et c’est sous ce califat, sunnite, qu’elle a connu son âge d’or.
Auparavant, Kerbala, à 100 km au sud, a été le théâtre en 680 de la bataille fondatrice du schisme entre sunnites et chiites lorsque les hommes du calife Yazid ont affronté ceux de l’imam Hussein, petit-fils du prophète.
Depuis, les deux communautés cohabitent et les autres minorités se réduisent comme peau de chagrin : les juifs partis en Israël, la plupart des chrétiens et des sabéens en exil depuis les violences des années 2000, les yézidis et autres kakaïs et chabaks décimés en 2014 par le groupe État islamique (EI).
Les crispations confessionnelles ont parfois mené à des situations ahurissantes : des religieux chiites ont condamné à mort un calife sunnite pour le meurtre d’une figure du chiisme... une affaire remontant à des siècles !
Côté sunnite, entre 2005 et 2009, le groupe al-Qaïda tuait à Bagdad toute personne ayant un nom supposé chiite ou une large bague à la main droite, un bijou pourtant tout aussi bien arboré par des sunnites.
« Quand on était petits », se souvient Hussein al-Joubouri, un fidèle de la mosquée Hajj Rachid Daragh depuis 1977, « on ne savait même pas si c’était une mosquée sunnite ou chiite, tout ce qui comptait, c’était de se retrouver entre gens du même quartier ».
Opposants chiites et étudiants au séminaire des villes saintes se rappellent que sous Saddam Hussein, leur communauté devait faire profil bas. Les pèlerinages et autres prières collectives se faisaient dans la clandestinité.
Aujourd’hui, dans un pays ravagé depuis 40 ans par les conflits, sunnites et chiites partagent le sentiment d’être abandonnés par leurs dirigeants.
Les autorités des Biens religieux, chiites comme sunnites, n’ont jamais les fonds nécessaires pour rénover les mosquées, même celles qui sont des joyaux historiques
Les autorités des Biens religieux, chiites comme sunnites, n’ont jamais les fonds nécessaires pour rénover les mosquées, même celles qui sont des joyaux historiques comme al-Ahmadiya, ouvrage ottoman de plus de 200 ans.
Le cheikh Omar al-Taïe, l’un des gardiens de ce temple qui tombe en ruine, prie pour voir affluer les bons samaritains. Et, dit-il, l’un des plus gros donateurs pour cette mosquée sunnite est jusqu’ici un homme d’affaires... chiite.
Habituellement, près d’al-Ahmadiya comme partout à Bagdad, la dernière voix que tous entendent est l’appel des muezzins sunnites à la prière de la nuit.
Mais ils ont désormais une concurrence inédite dans l’histoire de l’islam.
Une fois la prière finie, à 20 h, un nouvel appel s’élève, crachotant : c’est la défense civile qui exhorte à rester confinés.
Car pour la prière aussi, le nouveau coronavirus joue les trouble-fêtes.
Par Khalil Jalil, à Bagdad.
« C’est terrible, il voulait être enterré en Algérie. » La suspension des rapatriements des défunts dans leur pays d’origine à cause du COVID-19 plonge dans le désarroi les familles musulmanes, confrontées par ailleurs en France au manque de places dédiées à leur culte dans les cimetières.
Le patriarche Mohamed avait cotisé dans « la caisse familiale pour payer le rapatriement et les obsèques au bled ». Mais ses dernières volontés ne pourront être respectées.
Les autorités algériennes refusent le rapatriement car la famille ne présente pas « le certificat de non-contagion » du grand-père. Il sera finalement inhumé en petit comité dans un cimetière de Seine-Saint-Denis, un département de la région parisienne où il a vécu plus de 50 ans.
« Le Maroc et la Tunisie ont suspendu les rapatriements des corps, l’Algérie fait des exceptions, sauf pour les morts du COVID. Et pour les pays de l’Afrique subsaharienne, il n’y a pas plus de trafic aérien », résume le responsable des pompes funèbres musulmanes Al Janaza, à Pierrefitte (Seine-Saint-Denis). Seuls des vols d’avions-cargos sont maintenus vers la Turquie, dit-il.
Depuis un mois, il est « débordé par les appels. Il y a beaucoup de décès, on doit gérer les émotions des familles, les rassurer et surtout essayer d’enterrer rapidement », comme le prescrit le rite funéraire musulman.
Cela a été compliqué pour le père de Rachid*, mort le 4 avril du COVID-19, à 87 ans, dans une commune du Val-de-Marne, également en région parisienne, dépourvue de carré musulman.
Rachid a dû « batailler » plusieurs jours pour trouver une place dans une ville plus éloignée. « Il se sera écoulé presque quinze jours entre le décès et l’inhumation, alors que dans la tradition, c’est trois jours ! C’est inhumain », déplore-t-il, rappelant que le souhait initial de son père était de se faire enterrer au Maroc.
Environ 600 carrés musulmans sur quelque 35 000 cimetières
« En temps normal, environ 80 % des défunts se font enterrer dans leur pays d’origine », explique le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Mohammed Moussaoui, selon qui « la première génération préfère être inhumée près des parents ».
« C’est l’envie de s’inscrire dans une filiation rompue par la migration où des fratries ont été séparées », acquiesce Valérie Cuzol, chercheuse au centre Max-Weber à Lyon (centre-est), auteure d’une enquête sur les enjeux de l’inhumation dans les familles maghrébines. Une logique de retour également constatée dans les familles italiennes ou portugaises.
Au Maghreb, le retour post mortem est favorisé par les États qui, pour certains, financent une partie du rapatriement, comme en Tunisie. Au Maroc, les familles souscrivent des contrats auprès des banques qui se chargent des obsèques.
Avec la suspension presque totale de ces rapatriements, « la crise vient révéler le manque de carrés musulmans » en France, estime Mohammed Moussaoui, qui en évalue le nombre à « environ 600 », sur quelque 35 000 cimetières.
Selon lui, des cimetières sont « en tension », dans les Hauts-de-France (Nord), en Île-de-France (région parisienne), Auvergne-Rhône-Alpes (centre, centre-est) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (sud-est), « là où la population musulmane est concentrée ».
Pour une commune, avoir un carré confessionnel (musulman, juif, etc.) « n’est pas une obligation », rappelle l’Association des maires de France, le cimetière devant d’abord être neutre et laïc, du moins dans ses parties communes. Une circulaire de 2008 a cependant encouragé les maires à le faire.
À Bobigny, Villetaneuse (Seine-Saint-Denis), les cimetières communaux affichent complet : « plus aucune inhumation », indiquent les municipalités, s’en remettant aux cimetières intercommunaux.
À Arras, dans le nord de la France, où le carré est saturé, le recteur d’une des trois mosquées, Mohammed Messaoudi, raconte avoir dû, en collaboration avec le maire, chercher des solutions, pour deux fidèles défunts, auprès des localités alentour.
La décision d’accepter une inhumation dans son cimetière étant une prérogative du maire, « c’est angoissant, pour les familles, d’attendre cette décision », relève-t-il.
Le maire de Gennevilliers, au nord de Paris, Patrice Leclerc, est « contraint » de refuser les demandes des familles qui ne sont pas de sa commune : « Je fais comment, si je ne peux plus faire enterrer mes habitants ? »
Mais l’édile communiste est en train de faire agrandir son carré musulman. « À ce rythme dans trois semaines, il sera complet ». Selon lui, « toutes les villes devraient en avoir un. Il faut respecter tous les habitants, ce n’est pas compliqué, il faut juste réserver un espace dans le cimetière, en 24 heures, c’est fait ! ».
*Le prénom a été modifié.
Par Wafaa Essalhi et Karine Perret, à Bobigny.