Coronavirus : suivez l’actualité dans la région MENA
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La compagnie aérienne de Dubaï, Emirates Airlines, a annoncé mercredi être la première à organiser « des tests rapides » à l’aéroport international de l’émirat, pour détecter « en dix minutes » des cas de nouveau coronavirus parmi ses passagers.
Les Émirats arabes unis, qui ont officiellement annoncé près de 5 000 cas d’infection et 28 décès dus à la maladie, avaient suspendu tous les vols commerciaux le 23 mars.
Mais les compagnies aériennes du pays, dont Emirates, la plus importante du Moyen-Orient, sont autorisées depuis la semaine dernière à assurer un nombre limité de vols pour rapatrier des étrangers qui étaient dans le pays.
« Emirates est la première compagnie aérienne à effectuer des tests rapides COVID-19 sur place pour les passagers », a déclaré le transporteur aérien dans un communiqué.
« Les passagers du vol d’aujourd’hui [mercredi] à destination de la Tunisie ont tous subi un test COVID-19 avant leur départ de Dubaï », a-t-il précisé.
Le test sanguin a été effectué par l’Autorité de la santé de Dubaï (DHA) et « les résultats ont été disponibles en dix minutes », s’est félicité Emirates.
La compagnie n’a cependant pas précisé le nombre de passagers testés ni le résultat de leur test, ni encore ce qu’il adviendrait d’eux s’il s’avérait positif.
« Nous travaillons sur des projets visant à accroître les capacités de test à l’avenir et à les étendre à d’autres vols », a indiqué Adel Al-Redha, directeur des opérations d’Emirates, cité dans le communiqué.
La compagnie assure avoir imposé des gestes barrière aux passagers et aux employés, comme le maintien d’une certaine distance ainsi que le port de gants et masques rendu obligatoire.
Avec 271 gros-porteurs, Emirates cherche à reprendre progressivement ses services de transport de passagers, dont la suspension a particulièrement affecté son personnel.
La compagnie a réduit ses coûts en baissant pour une durée de trois mois de 25 à 50 % les salaires de base de la plupart de ses quelque 100 000 employés, en grande majorité des travailleurs expatriés, en soulignant que cette décision avait pour but d’éviter des licenciements.
La décision du président américain Donald Trump de suspendre son aide financière à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en pleine pandémie de nouveau coronavirus prouve au monde que les États-Unis « tuent des gens », a dénoncé mercredi l’Iran via le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, qui s’est exprimé sur Twitter.
Traduction : « Le monde est en train de découvrir ce que l’Iran sait et connaît depuis toujours. La façon du régime américain de bizuter, menacer et déblatérer présomptueusement n’est pas qu’une de leurs addictions : cela tue des gens. L’acte honteux d’enlever des fonds à l’OMS en pleine pandémie restera en mémoire comme une infamie. »
Sur décision de Donald Trump, les États-Unis, premier bailleur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avec plus de 400 millions de dollars par an, vont arrêter de la financer.
Le président américain accuse l’organisation de s’être alignée sur les positions de la Chine, qui a, selon Washington, caché la gravité du virus lors de son apparition en décembre.
Cette annonce américaine a suscité de nombreuses critiques, dont celle de Moscou qui a dénoncé « l’approche très égoïste » des États-Unis, et celle de l’Union africaine (UA) pour qui cette décision est « profondément regrettable ».
Depuis plusieurs semaines, l’Iran – qui a enregistré officiellement 4 777 morts, soit le bilan le plus lourd du Moyen-Orient – estime que les sanctions américaines contre Téhéran affaiblissent sa capacité à lutter contre la pandémie.
Celles-ci, rétablies en 2018 après le retrait unilatéral de Washington de l’accord international sur le nucléaire iranien, asphyxient financièrement le pays et restreignent ses capacités à emprunter sur le marché international.
Sur le papier, les biens humanitaires (médicaments, équipements médicaux notamment) échappent aux sanctions, mais en réalité, les banques internationales préfèrent généralement refuser une transaction impliquant l’Iran, quel que soit le produit concerné, plutôt que de courir le risque de s’exposer à des représailles des États-Unis.
Mustafa, 12 ans, vit dans une tente de fortune près de la frontière avec la Turquie et rêve d’aller à l’école. Mais pour l’instant, ce rêve est mis de côté pour l’instant.
Il y a sept mois, il a fait ses valises et a quitté sa ville natale, dans la province rurale d’Alep, avec ses parents et ses trois frères et sœurs, tandis que les bombardements syriens et russes gagnaient du terrain sur eux. Rester était devenu intenable.
Cette famille de six personnes vit aujourd’hui dans un petit camp de déplacés près de la ville de Sarmada, dans la province d’Idleb, au nord.
Ils sont désormais relativement à l’abri des bombes qui les ont forcés à partir, mais ils n’ont pas grand-chose pour rester au chaud et se nourrir. Et pour Mustafa et ses frères et sœurs, il n’y a pas d’écoles dans les environs pour apprendre à lire et à écrire.
Un hiver brutal a laissé des tentes inondées et remplies de boue pendant que des enfants mourraient de froid et d’asphyxie à cause du chauffage dans les tentes
Comme eux, plus d’un million de personnes ont cherché refuge dans les camps de fortune qui parsèment le nord rural d’Idleb, en raison d’une campagne massive menée par les forces progouvernementales pour reprendre le nord-ouest tenu par les rebelles syriens.
Près d’un million d’entre eux sont arrivés dans cette partie rurale de la frontière depuis décembre, et plus de la moitié d’entre eux sont des enfants, selon l’ONU et les agences humanitaires.
Un cessez-le-feu négocié par la Turquie et la Russie au début du mois a entraîné une diminution générale des bombardements qui ont poussé les habitants à fuir, mais la situation des personnes actuellement déplacées dans les camps du nord-ouest de la Syrie reste désastreuse.
Pour la plupart, il n’y a pas grand-chose pour maintenir une vie normale en déplacement. La réponse humanitaire est sous pression en raison de l’ampleur de la crise, et un hiver brutal a laissé des tentes inondées et remplies de boue pendant que des enfants mourraient de froid et d’asphyxie à cause du chauffage dans les tentes.
Maintenant que les infrastructures médicales de la Syrie sont en ruines, le pays « risque très fortement » de voir se propager la pandémie de coronavirus, met en gardel’Organisation mondiale de la santé (OMS), notamment parmi les personnes déplacées.
Avec peu d’écoles officielles dans les camps de déplacés, de nombreux enfants aident dorénavant à ramasser les morceaux de ferraille en travaillant à l’extérieur de leurs maisons.
Selon sa famille, il n’y a pas d’écoles dans le campement informel de Mustafa, à l’extérieur de Sarmada. Même s’il y en avait, il n’est pas en mesure d’assister aux cours. En tant qu’aîné de la fratrie, il n’a guère d’autre choix que de travailler pour que sa famille puisse acheter de la nourriture, de l’eau et d’autres articles de première nécessité.
Par une froide journée de fin février, Middle East Eye a trouvé Mustafa travaillant dans un atelier de réparation de voitures délabré, où il réparait une roue desserrée. Ce travail lui rapporte 2 000 lires syriennes (environ 3,5 euros) par semaine, indique-t-il.
L’éducation gravement affectée pour 280 000 enfants
À seulement 500 mètres de là, la famille de Mustafa vit à l’étroit dans une tente. À l’intérieur, son père est assis, des broches métalliques dans la jambe en raison de blessures causées par une frappe aérienne sur leur ville natale. Ses blessures l’empêchent de travailler et de gagner de l’argent pour que sa famille survive dans le camp de fortune.
En l’absence d’école à leur disposition, les jeunes frères et sœurs de Mustafa passent simplement leurs journées à jouer, mais ils doivent le faire à l’extérieur, car la tente est trop petite pour faire plus que manger et dormir.
En raison de l’ampleur de la crise des déplacés d’Idleb, il est pratiquement impossible de dire exactement combien d’enfants comme Mustafa travaillent pour subvenir aux besoins de leurs familles.
Selon la dernière estimation de l’organisme d’aide britannique Save the Children, quelque 280 000 enfants ont vu leur éducation « gravement affectée » par le dernier épisode de violence.
Fin février, dix écoles ont été bombardées à Idleb, tuant apparemment neuf enfants. Des dizaines d’autres ont été blessées. Dans le carnage, au moins 217 écoles dans le nord-ouest ont été « endommagées ou abandonnées » depuis décembre en raison de l’attentat, a indiqué l’organisation.
« Dans ces conditions, il est très difficile d’établir des chiffres précis [des enfants coupés de l’école] », explique Ahmad Arafat, directeur local de l’organisation d’aide syrienne Hurras Network, qui travaille en coordination avec Save the Children.
« Il y a des campagnes d’éducation locales – même si elles sont simples – dans les camps ; donc une petite partie des enfants y assistent », relève-t-il., mais comme de plus en plus d’enfants ont trouvé refuge dans les camps frontaliers ces derniers mois, « ils sont plus nombreux à travailler [hors de la maison] ».
Longtemps destination des Syriens déplacés, la province d’Idleb abrite aujourd’hui des millions de personnes. Parmi eux, des habitants de certaines régions d’Alep, de Homs, de Damas et d’autres zones autrefois tenues par l’opposition, actuellement sous le contrôle du gouvernement syrien.
Seule Idleb et certaines parties de la région rurale voisine d’Alep restent hors du contrôle du gouvernement. La région nord-ouest est attaquée depuis que les forces progouvernementales, appuyées par la puissance aérienne russe, y ont intensifié une campagne aérienne et terrestre depuis la fin avril 2019.
Plus de 1 700 personnes ont été tuées dans l’offensive, et des dizaines d’installations médicales ont été bombardées et sont maintenant hors d’usage, provoquant des déplacements massifs vers la frontière nord avec la Turquie où les bombardements étaient moins fréquents.
Des centaines de milliers d’enfants vivent aujourd’hui parmi les tentes et les oliveraies le long de la frontière, avec peu d’occasions d’aller à l’école.
À Atma, une ville située à environ quatorze kilomètres au nord de Sarmada, juste le long de la frontière avec la Turquie, Muhammad, 14 ans, espère pouvoir un jour assister aux cours. Il rêve de devenir architecte, une carrière dont il rêve « depuis son enfance ».
Un peu moins de deux euros par jours
Mais Muhammad est l’aîné de trois frères, dont deux étudient dans des écoles informelles dans leur camp. La famille a fui sa ville natale dans le nord de la province de Hama il y a quatre ans, après la mort du père dans une frappe aérienne.
L’adolescent est le seul soutien de famille et ne va pas à l’école. À la place, il sort dans les rues chaque matin pour vendre des pâtisseries traditionnelles, des simmoun, aux passants. Il gagne un peu moins de deux euros par jour, assez pour acheter des produits à l’épicerie pour le dîner chaque soir.
Dans l’atelier de réparation près de Sarmada, Mustafa dit aussi que son plus grand espoir est de commencer enfin l’école. Il n’est pas sûr du moment où cela pourra se faire en raison des combats en cours dans certaines parties du nord-ouest de la Syrie.
Mustafa est toujours incapable de lire ou d’écrire, confie-t-il à MEE. Avec la guerre maintenant dans sa dixième année, la plupart de son enfance a été marquée par des conflits et, maintenant, le déplacement.
« C’est vraiment contrariant », partage-t-il, « lorsque je vois quelque chose d’écrit et que je n’arrive pas à le lire. »
Par Muhammad Al Hosse, Madeline Edwards.
Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.
Quelque 74 millions de personnes dans le monde arabe sont davantage exposées au nouveau coronavirus faute d’accès à des lavabos et à du savon, a déploré mercredi un organisme de l’ONU.
« Alors qu’il est établi dans le monde entier que le lavage des mains est le meilleur outil de prévention contre la contamination au COVID-19, ce simple acte s’avère difficile dans une région où 74 millions de personnes n’ont pas accès à un dispositif de base pour se laver les mains », souligne la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (CESAO).
Quelque 31 millions de personnes au Soudan sont privées de lavabos et de savon, contre 14,3 millions au Yémen et 9,9 millions en Égypte, a révélé dans son rapport l’agence onusienne basée à Beyrouth.
La CESAO a dit s’attendre, par ailleurs, à une « hausse de la demande d’eau dans la région de l’ordre de 4 à 5 millions de m3 par jour », alors que l’approvisionnement en eau courante est déjà « insuffisant dans dix des 22 pays arabes ».
Par ailleurs, environ 87 millions de personnes dans la région n’ont pas accès à l’eau potable à domicile, ce qui les contraint à recourir à des sources d’eau publiques et les expose ainsi à un risque accru de contracter la maladie, souligne la CESAO.
« Il est urgent de garantir l’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement à tous et partout, sans frais pour ceux qui ne peuvent pas se le procurer, afin d’éviter une propagation du nouveau coronavirus », a plaidé la secrétaire exécutive de la CESAO, Rola Dashti.
Elle a également mis en garde contre « l’utilisation de l’eau comme arme de guerre » dans les pays en proie à des conflits, où les ONG craignent une catastrophe, notamment dans les camps de déplacés surpeuplés.
Selon la CESAO, « 26 millions de réfugiés et de personnes déplacées dans la région sont plus exposées au risque de contracter le coronavirus en raison du manque d’eau, d’assainissement et de services d’hygiène ».
Pour le célèbre lanceur d’alerte Edward Snowden, ce que « fait Netanyahou en utilisant les bases de données du Shin Bet est plus dangereux que le coronavirus ».
L’ancien expert informaticien de la NSA américaine, qui a dévoilé un des plus importants programmes de surveillance dans l’histoire, a fait cette déclaration au quotidien israélien Yediot Aharonot.
Le lundi 16 mars, le Parlement israélien avait ajourné un vote relatif à la collecte par le service de sécurité intérieure de données sur les citoyens, une mesure proposée par le Premier ministre dans le cadre de la lutte contre la propagation du nouveau coronavirus.
« Intolérable »
Benyamin Netanyahou avait proposé cette mesure samedi 14 mars, quelques jours avant que son rival Benny Gantz soit désigné pour former un nouveau gouvernement.
Le Premier ministre avait dit souhaiter que « les technologies utilisées dans la guerre contre le terrorisme » puissent être utilisées pour lutter contre le nouveau coronavirus en Israël.
Le gouvernement avait approuvé le lendemain cette mesure. Le bureau de Benyamin Netanyahou avait précisé que les données seraient collectées uniquement dans le cadre de « la lutte contre le nouveau coronavirus », que le service de sécurité intérieure (Shin Beth) ne serait pas chargé d’imposer les mises en quarantaine et que la collecte ne durerait que 30 jours.
Pour Edward Snowden, « l’idée que Netanyahou ou n’importe quel gouvernement puisse actionner un interrupteur pour localiser les personnes infectées par le coronavirus et ensuite venir fermer leur porte ou les transférer dans des camps spécialement désignés est intolérable ».
« L’humanité n’a jamais fait face à une telle capacité technologique pour la surveillance comme elle le fait aujourd’hui et nous sommes en train d’assister passivement à la construction de l’architecture d’oppression », poursuit pour sa part Snowden, réfugié en Russie et inculpé en 2013 par le gouvernement américain, sous les chefs d’accusation d’espionnage, vol et utilisation illégale de biens gouvernementaux.
« Le prétexte d’efficacité »
« Il est très surprenant que le public israélien ne comprenne pas à quel point le fait que des données comme celles-là se retrouvent entre les mains du Shin Bet soit dangereux. Certes, Israël est un pays en guerre, mais il faut se rappeler qu’une grande partie de la population israélienne vit en Israël à la suite d’une tragédie, une atrocité intentionnelle qui a été alimentée par l’abus de documents publics détenus par les nazis en Allemagne », ajoute le lanceur d’alerte.
« Dans toute crise, que ce soit le terrorisme, la guerre ou une question de santé, les gouvernements cherchent une justification pour s’autonomiser et étendre leurs pouvoirs. Et donc le gouvernement Netanyahou n’attend même pas d’avoir l’approbation du Parlement, mais déclare simplement qu’il est déjà en cours de mise en œuvre », appuie Snowden, affirmant que « la crise du coronavirus a été aggravée par les défaillances des systèmes de santé de divers pays. »
Selon lui, il est déjà clair que l’épidémie « a été affrontée trop tard et de manière très imparfaite. C’est pourquoi les autorités préfèrent utiliser des méthodes comme celle-ci et les justifier par leur ‘’efficacité’’. Mais le prétexte d’efficacité était au centre de la croissance des pires régimes du siècle dernier ».
La petite communauté juive du Maroc est particulièrement endeuillée par la pandémie du nouveau coronavirus, avec douze décès consécutifs à la célébration d’un mariage et d’une fête religieuse en mars, soit 10 % du total des morts dus à la maladie officiellement enregistrés dans le royaume.
Durant la première quinzaine de mars, quelques jours avant la déclaration de l’état d’urgence sanitaire et le confinement obligatoire, des membres de la communauté « se sont retrouvés à un mariage à Agadir [sud-ouest], avec des invités venus de l’étranger », dit à l’AFP Serge Berdugo, secrétaire général du Conseil de la communauté israélite du Maroc (CCIM).
« Quelques jours après, ils se sont retrouvés à la fête de Pourim à Casablanca [ouest], et ça a été un drame », a-t-il confié, tout en précisant que « plusieurs dizaines de personnes contaminées [étaient] en voie de guérison ».
Parmi les douze morts, tous issus de la communauté juive marocaine, figurent un rabbin, Shalom Edelman, 83 ans, ainsi que trois proches du chef du Parti travailliste israélien, Amir Peretz.
Traduction : « Le monde juif a perdu un géant, le rabbin Shalom Edelman, 83 ans, décédé du coronavirus le deuxième jour de Pessah. Le rabbin Edelman fut un des principaux représentants du Chabad [mouvement consacré à la diffusion du judaïsme] au Maroc pendant plus de 60 ans. »
« La distance imposée par la pandémie de coronavirus a empêché » leurs proches de « les honorer lors de leurs funérailles », a écrit sur sa page Facebook Amir Peretz, lui-même né dans le royaume.
Plus de 1 800 cas de contamination ont été déclarés officiellement au Maroc, avec 126 décès et 210 rémissions.
Présente depuis l’Antiquité, la communauté juive marocaine a augmenté au cours des siècles, avec notamment l’arrivée des juifs que les rois catholiques avaient expulsés d’Espagne à partir de 1492.
Dans les années 1940, ils étaient environ 250 000, soit 10 % de la population. Mais beaucoup sont partis après la fondation d’Israël en 1948. Aujourd’hui, la communauté juive marocaine compte entre 2 500 et 3 000 personnes et reste la plus importante d’Afrique du Nord.
Les autorités marocaines mettent souvent en exergue cet héritage judéo-marocain, avec différents programmes de réhabilitation de cimetières, de synagogues et de quartiers historiques juifs.
Si ce pays de 35 millions d’habitants n’entretient officiellement aucune relation avec Israël, des milliers de juifs d’origine marocaine viennent chaque année – y compris en provenance d’Israël – retrouver la terre de leurs ancêtres ou célébrer des fêtes religieuses.
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) affilié à al-Qaïda a revendiqué l’attaque au cours de laquelle 25 soldats ont été tués début avril dans le nord du Mali, rapporte le groupe américain SITE spécialisé dans la surveillance des formations extrémistes.
Dans un communiqué publié le 10 avril, trois jours après l’attaque, le GSIM met aussi en parallèle l’action de ses combattants contre les forces étrangères au Mali, dont la France et l’Espagne, et le « châtiment » infligé selon lui par Dieu à ces pays sous la forme du nouveau coronavirus.
Le GSIM note que ces pays n’ont pas seulement été touchés sur leur territoire, mais aussi au sein de leurs forces déployées au Mali.
« La pandémie a aussi frappé dans les rangs des forces d’invasion au Mali. C’est le signe de la quasi-désintégration de cette alliance satanique », dit-il dans ce communiqué traduit par SITE.
Le GSIM cite la décision récente de l’Espagne de retirer temporairement ses instructeurs militaires du Mali, mais aussi d’Afghanistan et d’Irak. Cette décision a été prise en raison de « l’état d’épuisement » du pays à cause de la pandémie, dit le GSIM.
L’état-major espagnol a justifié ce rappel par l’interruption des opérations de formation dans ces pays à cause du COVID-19. Au Mali, 85 soldats opérant avec la Mission d’entraînement de l’Union européenne (EUTM) sont concernés. Les opérations autres que de formation ne sont pas affectées, a dit l’état-major espagnol.
Selon le gouvernement malien, 25 soldats ont été tués le 7 avril dans l’attaque contre un poste militaire de Bamba, dans la région de Gao. Le GSIM dit, lui, en avoir « éliminé » environ 30.
L’armée malienne est soumise depuis des mois à des attaques meurtrières contre ses postes isolés, dans un vaste pays en proie aux agissements de groupes liés à al-Qaïda et à l’organisation État islamique, aux violences intercommunautaires et aux trafics.
Les insurrections indépendantistes et maintenant islamistes armées ainsi que les violences entre communautés ont fait des milliers de morts, combattants et civils, et des centaines de milliers de déplacés depuis 2012, malgré la présence de forces onusiennes, africaines et françaises.
Parties du nord du Mali, les violences se sont propagées au centre du pays, puis au Burkina Faso et au Niger voisins.
L’Irak a suspendu pour trois mois le bureau de Reuters dans le pays, a indiqué mardi cette agence de presse, en raison d’un article, que Bagdad conteste, affirmant que des milliers de cas de COVID-19 n’étaient pas rapportés.
Dans une lettre dont l’AFP a obtenu une copie, la Commission des médias et des communications (CMC) accuse Reuters de « mettre en danger la sécurité de la société » et de « donner une mauvaise image de la cellule de crise » gouvernementale créée face au nouveau coronavirus.
Elle a donc imposé une suspension de trois mois et une amende de 21 000 dollars à l’agence internationale.
Reuters a dit « regretter » cette décision et « ne pas renier » son article. « Nous cherchons à résoudre la question et travaillons à pouvoir continuer à assurer une couverture fiable de l’Irak », assure l’agence dans un communiqué.
Le ministère de la Santé irakien rend chaque jour public des bilans des contaminations au nouveau coronavirus. Le dernier, établi lundi soir, faisait état de 1 378 contaminations, dont 78 morts et 717 malades guéris.
Les différents hôpitaux ont procédé à quelques dizaines de milliers de tests, un chiffre peu élevé dans un pays de 40 millions d’habitants où la densité de population est particulièrement importante dans la capitale – 10 millions d’habitants – et les camps de déplacés.
La mission de l’ONU en Irak a récemment estimé que le fait que le nombre de contamination soit sous-estimé était « inévitable, en raison de la peur, de questions culturelles dont la stigmatisation, de patients asymptomatiques non répertoriés, du manque de surveillance active et du nombre limité des tests ».
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ou l’ONU, sans mettre en doute les chiffres annoncés par les autorités, appellent régulièrement les Irakiens à respecter strictement le confinement.
Car une pandémie pourrait achever le système de santé déjà à genoux du pays ravagé par les guerres et en pénurie chronique de médecins, de lits et de médicaments.
Dans le classement mondial de la liberté de la presse de l’ONG Reporters sans frontières (RSF), l’Irak est classé 156e sur 180 pays.
Bahreïn a inauguré mardi une unité de soins intensifs de 130 lits dans un parking de Riffa, au sud de la capitale Manama, un lieu destiné au traitement des personnes infectées par le nouveau coronavirus, une première dans le Golfe selon les autorités.
Petite île du Golfe arabo-persique, située entre l’Arabie saoudite et le Qatar, Bahreïn a enregistré plus de 1 500 cas de contamination et sept décès dus à l’épidémie de COVID-19, sur une population de 1,5 million d’habitants. Trois personnes sont actuellement hospitalisées en soins intensifs.
« C’est une mesure de précaution pour l’avenir, au cas où il y aurait des développements de la pandémie du nouveau coronavirus », a déclaré à la presse cheikh Khaled ben Ali al-Khalifa, responsable des services médicaux du royaume, lors de l’inauguration.
Établie « en sept jours », selon lui, l’unité a été construite par le ministère de la Défense en coopération avec d’autres institutions gouvernementales dans le parking d’un hôpital militaire.
Les autorités bahreïnies ont commencé, la semaine dernière, à assouplir les mesures de restriction et de confinement mises en place pour endiguer la pandémie, en autorisant certains magasins à rouvrir leurs portes.
Environ 800 médecins et infirmiers ont été formés depuis le mois de février au traitement des patients infectés par le virus, en particulier les cas les plus graves, selon le médecin Nayef Lawri, directeur de l’unité de soins.
Les premiers cas déclarés au Bahreïn en février étaient des personnes revenant d’Iran, pays le plus touché par la pandémie au Moyen-Orient, avec plus de 4 600 décès et 74 500 cas officiellement enregistrés.
L’économie de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) devrait se contracter de 3,3 % en 2020, à cause du COVID-19 mais aussi de la chute des prix du pétrole, selon le rapport du FMI sur les perspectives de l’économie mondiale publié mardi.
La région MENA, qui comprend tous les pays arabes et l’Iran, connaîtrait ainsi sa plus faible performance économique depuis plus de quatre décennies. En 1978, elle avait connu une contraction de 4,7 %, selon les données de la Banque mondiale.
La crise financière mondiale de 2008-2009 n’avait pas entraîné de récession au niveau de la région, qui avait alors au contraire connu une légère croissance.
À l’exception de l’Égypte, tous les autres pays arabes, avec en tête l’Arabie saoudite, poids lourd de la région et de l’OPEP, verront leur économie s’enfoncer cette année, selon le FMI.
« La détérioration rapide des perspectives économiques mondiales due à la propagation de l’épidémie, et la rupture de l’accord entre pays producteurs de pétrole ont pesé lourdement sur les prix des matières premières », souligne le Fonds.
20 000 cas de contaminations dans les pays arabes
Le rapport du FMI a été élaboré avant un nouvel accord, finalement conclu dimanche, entre membres de l’OPEP et autres pays pétroliers pour réduire la production de près de dix millions de barils par jour, afin de soutenir les prix et faire face à la chute de la demande.
De mi-janvier à fin mars, les prix du pétrole ont chuté de 65 % et ceux du gaz naturel de 38 %, selon le rapport.
Le FMI prévoit un prix du baril inférieur à 45 dollars jusqu’en 2023, soit 25 % de moins que son prix moyen de l’année dernière.
La pandémie de COVID-19 a elle aussi un impact économique négatif sur les pays arabes, qui ont signalé plus de 20 000 cas de contamination et plus 700 décès.
Pour empêcher la propagation de la maladie, ils ont pris des mesures draconiennes, fermant des frontières, imposant des couvre-feux et isolant des régions entières.
Et des années de conflits sanglants dans des pays comme la Syrie, le Yémen, l’Irak et la Libye pèsent également sur ces économies.
« Ces développements devraient peser lourdement sur les exportateurs de pétrole », relève le FMI, soulignant que la baisse des prix du baril profitera aux pays importateurs de pétrole.
Première de la région, l’économie saoudienne a connu une croissance de seulement 0,3 % en 2019, et devrait se contracter de 2,3 % cette année, selon le FMI.
L’économie des Émirats arabes unis devrait connaître une contraction de 3,5 % et celle du Qatar de 4,3 %.
Prévisions de croissance « extrêmement incertaines »
Deuxième de la région MENA, l’économie de l’Iran, pays parmi les plus touchés au monde par la pandémie, devrait se contracter de 6,0 % en 2020. En 2018 et 2019, elle avait reculé de 3,6 % et de 7,6 %, respectivement.
Au Liban, pays en défaut de paiement, l’économie devrait connaître une contraction massive de 12 %, tandis que l’Irak, deuxième producteur de l’OPEP, devrait être en territoire négatif avec -4,7 %.
Seule l’Égypte devrait rester dans le vert avec une croissance de 2 %, bien inférieure aux 6 % prévus avant que le coronavirus ne frappe.
L’économie de la région MENA, qui n’a connu qu’une croissance de 1 % l’année dernière, devrait rebondir de 4,2 % en 2021, prévoit le rapport du FMI.
Le FMI a tenu à souligner que ses prévisions de croissance sont « extrêmement incertaines » car les retombées économiques de la pandémie dépendent de facteurs difficiles à prévoir.
La pandémie de coronavirus impliquera plus de risques terroristes dans l’avenir, plus d’instabilité dans la région du Moyen-Orient, un changement des règles du commerce mondial… mais offrira de nouvelles opportunités à Israël. C’est, en somme, les prévisions du ministère israélien des Affaires étrangères, contenues dans un document élaboré par une vingtaine d’experts et de diplomates en février 2020, sous la direction d’Oren Anolik, chef du bureau de planification politique du ministère, et révélé par le journal israélien Israel Hayom.
« Le village mondial de libre-échange ne survivra pas à la pandémie »
- Oren Anolik, chef du bureau de planification politique du ministère des Affaires étrangères israélien
Même si le coordinateur de ce travail, Oren Anolik, concède que « les choses changent chaque jour » et qu’« il y a plus de questions que de réponses », il n’en demeure pas moins que certaines certitudes se dégagent de ce document interne, comme par exemple le fait que « le village mondial de libre-échange ne survivra pas à la pandémie ».
« Le monde se dirige vers une crise économique qui rappellera la Grande Dépression [des années 1930] et le PNB mondial a déjà baissé de 12 %. La crise économique pourrait entraîner une baisse de la demande de gaz naturel, ce qui porterait un coup sérieux au secteur des exportations sur lequel Israël comptait s’appuyer au cours des prochaines années », peut-on lire.
Le commerce international va changer
Dans les années à venir, les gisements de gaz naturel exploités par Israël sont appelés à devenir une part essentielle de son économie, expliquait dans Middle East Eye le journaliste et blogueur israélien Dimi Reider.
Par ailleurs, et « selon les experts, la crise économique entraînera une concurrence plus intense entre les pays, en particulier pour les articles liés aux soins sanitaires. La demande mondiale d’équipements liés aux soins devrait se poursuivre et pourrait devenir une source de tension internationale ».
Les diplomates et experts israéliens prévoient que « la combinaison de cette tension et de la détresse économique internationale, ainsi qu’une industrie aéronautique paralysée, créera de nouvelles règles dans le commerce international ».
D’après le document des Affaires étrangères israéliennes, « le commerce international va changer, les nations tirant les ponts-levis et recréant leurs propres chaînes de fabrication et d’approvisionnement, en particulier dans les domaines essentiels à la sécurité nationale, malgré les coûts que cela entraînerait ». Et ce, tout en réduisant massivement ou en rendant plus coûteuses les exportations de biens vitaux tels que les équipements médicaux.
Dans ce contexte, Israël devra se concentrer sur cette nouvelle donne : le fait que la crise sanitaire soit devenue « un catalyseur de l’essor de la Chine en tant que puissance mondiale ».
« Bien que la Chine ait ‘’exporté’’ le virus, elle a été la première nation à s’en remettre, ce qui lui a donné un avantage sur les États-Unis. L’aide internationale que la Chine a accordée aux pays souffrant d’épidémies de coronavirus, combinée à la répugnance des États-Unis à agir en tant que gendarme du monde, donne un coup de pouce à la Chine », analyse le rapport interne.
L’obsession iranienne
Les experts et diplomates israéliens conseillent de poursuivre la « relation spéciale » avec Washington, « une priorité diplomatique » selon eux, tout en tirant partie des opportunités, notamment économiques, avec Pékin.
Quant à la sphère géostratégique immédiate d’Israël, le rapport avertit que « les voisins pacifiques, comme « la Jordanie ou l’Égypte », qui connaissent déjà des difficultés économiques, « pourraient souffrir de déstabilisation ».
Une autre inquiétude rejoint l’obsession israélienne : l’Iran. « La crainte est de voir l’Iran, où le coronavirus décime ce qui reste de l’économie, puisse se précipiter pour fabriquer des armes nucléaires afin de maintenir le régime en place. »
L’autre crainte des Israéliens, relevée dans le rapport, est « que la crise mondiale renforce les rangs d’organisations terroristes comme l’État islamique ou al-Qaïda ».
Il y aurait néanmoins, au milieu de ce tableau apocalyptique, « quelques points lumineux » du point de vue israélien : « Le ministère prévoit une augmentation de la demande mondiale de produits de haute technologie, en particulier dans le domaine de la gestion à distance et de la surveillance à distance. Cela pourrait être une aubaine pour Israël, avec son secteur de haute technologie bien développé. »
« La flexibilité du marché israélien et sa capacité à s’adapter à de nouvelles situations ont également été citées comme des avantages. L’utilisation par Israël de méga-datas et de la technologie pour lutter contre l’épidémie de coronavirus, sans violations graves des libertés individuelles, pourrait offrir à Israël une perspective attrayante », conclut le quotidien Israel Hayom.
Avec ses chroniques déjantées et son ton engagé, Radio Corona Internationale (RCI), dernière née du web algérien, offre aux auditeurs un rare moment de liberté pour lutter contre la morosité du confinement dû au nouveau coronavirus, et garder vif le feu de la contestation.
Un présentateur de renom, des chroniqueurs anticonformistes et des invités surprises décortiquent deux fois par semaine l'actualité algérienne en direct sur Facebook.
À l’image d’une radio pirate, RCI allie liberté de ton, interaction avec les auditeurs et improvisations en direct, dans des émissions d’une heure mêlant l’humour et le sérieux, avec une playlist au goût du jour.
C’est un concept « très démocratique », explique son fondateur, Abdellah Benadouda, un animateur qui apprécie tout particulièrement le dialogue avec les auditeurs, dont « la sanction est immédiate » via les commentaires publiés en direct sur Facebook.
Une soirée comme en famille
Chaque mardi et vendredi à partir de 22 h 30 (21 h 30 GMT) ou 23 h, M. Benadouda, confiné et au chômage technique, lance l’émission sur les ondes web depuis son domicile de Providence, dans l’est des États-Unis.
Sur la table de sa salle à manger, il dispose d’une bière, d’un téléphone portable et d’un ordinateur faisant guise de mini-régie, pour une soirée comme en famille avec son équipe.
« Cette émission est dirigée par notre état d’âme profond : la liberté », se plaît à répéter le journaliste de 49 ans, vétérinaire de formation passé ensuite par l’édition.
Aidé de chroniqueurs dispersés entre Alger, Oran (nord-ouest), Boumerdès (nord), Doha et Paris, il s’adresse sur un ton caustique aussi bien aux auditeurs « résilients de la République démocratique et populaire [d’Algérie] » qu’aux autorités. Le tout avec une verve dialectale mi-arabe mi-français, caractéristique du parler algérien.
Comme son nom l’indique, « Radio Corona » n’élude pas la crise sanitaire en Algérie (313 morts et près de 2 000 cas de contamination au nouveau coronavirus officiellement déclarés), même si la pandémie de COVID-19 est surtout un prétexte pour échanger sur le devenir du pays.
Derrière les jeux de mots cocasses et l’ambiance joviale, les dénonciations politiques fusent.
Après un programme spécial dédié à Karim Tabbou, figure emblématique du mouvement populaire antirégime, le hirak, actuellement incarcéré, la dernière émission, vendredi, a été l’occasion d’un coup de gueule contre la censure gouvernementale de deux médias web : Radio M et Maghreb Emergent.
« C’est dans l’adversité qu’on reste unis. L’État doit comprendre ça », a plaidé à l’antenne M. Benadouda.
Entre chaque chronique, la transition musicale est aussi rythmée que subversive. Aux vieux hits du groupe de hip-hop algérois MBS (« le Micro brise le silence », NDLR) succède la chanson « hirakiste » d’Amine Chibane « système dégage », puis le rap contestataire de Farid Diaz « civil au pays des militaires ».
Abdellah Benadouda est un ancien journaliste de la radio publique et ex-présentateur de l’émission d’actualités décalée « Système Dz » sur la chaîne privée Dzaïr TV.
Mais il a dû quitter l’Algérie en 2014 après des déboires avec Dzaïr TV, détenue par Ali Haddad, puissant homme d’affaires proche du clan de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, aujourd’hui en prison pour corruption.
« J’ai raté la Révolution », dit-il à regret, en évoquant le soulèvement populaire qui a mis fin au règne de M. Bouteflika en avril 2019, et ébranlé le pouvoir algérien jusqu’à la suspension des manifestations le mois dernier à cause de l’épidémie de COVID-19.
L’aventure se poursuivra
« Depuis le 22 février (2019), seul mon corps est à Providence », confie le concepteur de RCI, en référence à la date de naissance du hirak.
Cette radio, c’est aussi une « façon de réinventer le hirak au temps du confinement » et de prouver que la contestation ne se résume pas qu’à des marches. C’est un « projet de société », explique-t-il.
Grâce au web, M. Benadouda peut bénéficier d’une grande liberté d’expression et, depuis son exil américain, il est moins exposé que ses collègues basés en Algérie.
Un des animateurs de Radio M, le journaliste indépendant Khaled Drareni, créateur du site internet Casbah Tribune, est en détention préventive depuis le 29 mars. Il avait été arrêté après avoir couvert une manifestation à Alger début mars.
Alors pour M. Benadouda, plus question de lâcher le micro. Il promet que l’aventure se poursuivra après le déconfinement.
par Salsabil Chellali à Tunis
« La solidarité n’est pas un simple slogan, elle doit être réelle », déclarait le président Kais Saied le soir du mardi 17 mars, lors d’une allocution télévisée. Le chef de l’État annonçait alors qu’il donnerait la moitié de son salaire pour aider ceux qui en ont besoin dans la lutte contre la pandémie de COVID-19 et invitait les Tunisiens qui le peuvent à l’imiter.
Anis Boufrikha, expert en développement économique et culturel, a fondé en 2011 l’association We love Sousse. Depuis le mois de mars, l’organisation se consacre entièrement à la crise sanitaire.
« D’habitude, on travaille sur la qualité de vie à Sousse, la culture, mais on fait aussi de l’humanitaire », explique-t-il à Middle East Eye. Avec le coronavirus, l’association a changé de spécialité, en se tournant vers la collecte de fonds pour aider les deux centres hospitaliers universitaires de la ville. « On a lancé une cagnotte avec un objectif de 15 000 dinars [presque 5 000 euros] », détaille-t-il en précisant que la somme a été atteinte en quelques jours. L’argent ainsi récolté doit permettre d’acheter des équipements au personnel soignant.
Mais aujourd’hui, We love Sousse privilégie les dons en nature, moins contraignants sur le plan légal, pour soutenir le système de santé tunisien. « Les donateurs sont des hommes d’affaires, des professionnels de la santé » qui, pour certains, ont fourni du « matériel sophistiqué ». L’association aide aussi les plus démunis, privés de revenus par le confinement, en leur fournissant des paniers alimentaires.
Depuis le 22 mars, ces journaliers, qui évoluent souvent dans l’économie informelle, ne gagnent plus d’argent. L’État a promis de les soutenir durant cette période difficile mais la situation reste très tendue, car la Tunisie se débattait, bien avant la crise sanitaire, avec une crise économique et sociale.
Début avril, le retard pris dans le versement des aides a provoqué des manifestations, parfois violentes, dans certaines régions, accompagnées d’actes de désespoir comme des immolations par le feu.
Entraide 2.0
Alors que le confinement venait tout juste d’être décrété, Adel Benghazi, un Tunisois de 52 ans, a rejoint le groupe Facebook « Cuisine solidaire ». Ils étaient « cinq personnes au départ ». Aujourd’hui la page compte plus de 2 900 membres. « C’est pour aider les oubliés de l’État – et pas contre l’État – qu’on a lancé cette page. Pour faire ce qu’il ne peut pas faire », modère Adel Benghazi à MEE.
Sur les réseaux sociaux, la solidarité s’exprime dans tous les domaines. « Il y a des malades chroniques qui n’arrivent pas à acheter leurs médicaments, on leur en donne », ajoute Adel, qui travaille comme commercial dans une société d’emballage. « Ça se généralise dans d’autres villes, dans d’autres régions du pays. »
Des organisations de la société civile bien établies se mobilisent aussi. « On a lancé un appel dès le début de la crise du COVID-19 », souligne à MEE Romdhane Ben Amor, chargé de communication du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES). « On a initié la solidarité à l’échelle locale et régionale, tout en respectant les mesures prises par le gouvernement tunisien. »
Les jeunes des mouvements sociaux ont mis de côté leurs revendications habituelles sur « le chômage, la pollution », pour s’engager dans des campagnes de nettoyage et de désinfection, des actions de sensibilisation sur les mesures de sécurité, « surtout dans les régions intérieures du pays où les autorités ont demandé l’aide de bénévoles ».
La crise sanitaire ayant mis un coup d’arrêt aux activités culturelles, les artistes ont trouvé d’autres façons de se mettre en scène. Devant une webcam par exemple. Véritable pionnière, la danseuse Nermine Sfar a été la première à inciter les Tunisiens à rester chez eux, en faisant chaque soir un live sur Facebook.
« Pour que les confinés ne s’ennuient pas », Tarek Lazhari, cofondateur de l’agence de relations presse La Com’ chez vous, a eu l’idée d’organiser un festival virtuel. Fin mars, il a permis à plusieurs artistes – chanteurs, musiciens, conteur traditionnel – de se produire sur Facebook.
« C’est une période très difficile pour les artistes », assure Tarek Lazhari à MEE. « Il y a des gens qui vivent de leurs créations et en ce moment ils ne gagnent rien. »
La Tunisie traverse un rare moment d’unité, mais ses acteurs savent qu’il ne durera pas. « On dénonce depuis longtemps la situation du secteur public de la santé », rappelle Romdhane Ben Amor du FTDES. « On a alerté les autorités avant cette crise. Aujourd’hui, ce n’est pas le moment de critiquer, mais quand tout ça sera terminé, il faudra en tirer des leçons. »
Par Fatima-Ezzahra Bendami, à Tunis.
Matériel médical à l’Italie et à l’Espagne, kits de dépistage aux Palestiniens et même médicaments à l’Arménie : en pleine pandémie de nouveau coronavirus, la Turquie tente de redorer son image en s’imposant comme une puissance humanitaire majeure.
Elle-même durement touchée par la pandémie de COVID-19 qui a fait près de 1 300 morts sur son sol, la Turquie s’est empressée d’envoyer de l’aide aux pays qui en ont besoin, avec des raisons différentes selon les cas.
Elle a ainsi dépêché ces dernières semaines des avions remplis de masques, de blouses et de bouteilles de gel hydroalcoolique à l’Italie, à l’Espagne et à la Grande-Bretagne.
Le réflexe d’assistance humanitaire de la Turquie n’est pas nouveau, comme le rappelle Jana Jabbour, spécialiste de la diplomatie turque à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po).
« Le président Erdoğan a toujours voulu positionner la Turquie comme une ‘’puissance humanitaire’’ » prompte à secourir « ceux qui sont dans le besoin », qu’il s’agisse de minorités musulmanes opprimées ou de pays frappés par des catastrophes naturelles, dit-elle à l’AFP.
Mais à la différence de ses interventions habituelles, il s’agit désormais pour la Turquie d’assister des pays développés qui ont plus l’habitude d’aider que d’être aidés.
Pour le président Recep Tayyip Erdoğan, un nostalgique de l’empire ottoman qui, avant son effondrement, avait été rebaptisé l’« homme malade de l’Europe » par les puissances occidentales, c’est aussi l’occasion de prendre une revanche symbolique.
« Il s’agit de démontrer que la Turquie est une puissance forte qui a les moyens d’offrir l’aide aux États européens, désormais eux-mêmes ‘’malades’’, au sens propre comme figuré », résume Jana Jabbour.
Chaque envoi de matériel médical en Europe soigneusement mis en scène
Pour cultiver cette idée qui ne peut que plaire à l’opinion publique turque, chaque envoi de matériel médical en Europe est soigneusement mis en scène, le décollage de l’avion retransmis en direct à la télévision et les chaleureux remerciements des bénéficiaires étalés dans les journaux.
En envoyant des équipements à ces pays qui en manquent cruellement, Recep Tayyip Erdoğan tente également d’apaiser les relations avec l’Occident qui se sont tendues depuis 2016.
Dimanche, le porte-parole de Recep Tayyip Erdoğan a souligné que la Turquie avait été « le premier pays au sein de l’OTAN à envoyer de l’aide à l’Italie et à l’Espagne ».
« La candidature de la Turquie à l’Union européenne est bonne pour la Turquie, mais la présence de la Turquie est aussi bonne pour l’Europe. À vrai dire, cette épidémie nous a donné raison », a déclaré le porte-parole, İbrahim Kalın.
Selon lui, une centaine de pays ont demandé de l’aide à la Turquie. Le chef de l’État a affirmé lundi que la Turquie avait d’ores et déjà envoyé de l’aide « à 34 pays ».
Mais au-delà de l’opération de communication, « il y a une dimension stratégique dans le choix des pays aidés par la Turquie », souligne Soner Çağaptay, du Washington Institute of Near East Policy.
En envoyant la semaine dernière des équipements à cinq pays des Balkans, région autrefois sous domination ottomane, la Turquie veut renforcer son image d’« oncle généreux », indique-t-il à l’AFP.
« Il y a une dimension stratégique dans le choix des pays aidés par la Turquie »
- Soner Çağaptay, politologue
Autre exemple : la Turquie a envoyé du matériel médical à la Libye où le système de santé est ravagé par une guerre civile entre le gouvernement de Tripoli, appuyé par Ankara, et des forces dissidentes soutenues par les Émirats arabes unis et par l’Égypte.
« Il s’agit de faire en sorte que le gouvernement de Tripoli ne s’effondre pas sous le poids de la pandémie. C’est un autre volet de la rivalité entre la Turquie et les Émirats », souligne encore le politologue.
La crise du COVID-19 a aussi permis à Ankara de tendre un rameau d’olivier à des pays avec lesquels la Turquie est en froid depuis des années.
Dimanche, İbrahim Kalın a ainsi déclaré que Recep Tayyip Erdoğan avait autorisé la vente à l’Arménie d’un médicament dont il n’a pas précisé la nature.
La Turquie a également répondu positivement à une commande d’Israël pour du matériel médical, malgré les fortes tensions entre les deux pays, a ajouté le porte-parole, précisant que du matériel serait envoyé aussi aux Palestiniens, gratuitement.
Par Gokan Gunes à Istanbul.
Le Soudan a décrété lundi un couvre-feu total de trois semaines à compter de samedi dans la capitale Khartoum et ses environs, après avoir enregistré la plus importante augmentation du nombre de cas de nouveau coronavirus dans le pays.
Le gouvernement a annoncé « un couvre-feu total dans l’État de Khartoum commençant le samedi 18 avril, et pour trois semaines », a indiqué Fayçal Saleh, le ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement dans un communiqué.
Traduction : « Le centre de Khartoum. »
Il a ajouté que les commerces alimentaires et les pharmacies pourraient en revanche ouvrir quelques heures par jour.
Les Soudanais pourront toujours circuler à des heures précises pour l’achat de produits alimentaires.
Les créneaux d’ouverture des commerces et les heures de circulation des riverains seront précisés ultérieurement par le gouvernement.
Le ministère de la Santé a annoncé lundi dix nouveau cas de maladie COVID-19, soit la plus importante progression à ce jour, ce qui porte le total des personnes infectées à 29. Les décès recensés officiellement sont à ce jour de quatre.
Tous les cas soudanais ont été enregistrés dans l’État de Khartoum, à l’exception d’un seul, a déclaré le ministre de la Santé Akram Ali al-Tom, sans autre précision.
La dernière hausse représente « le début d’un glissement vers une propagation plus importante de la maladie », a-t-il dit.
Le ministre a ajouté que le système de santé du pays souffrait d’un manque de médicaments et de fournitures médicales.
Le Soudan a déclaré l’état d’urgence depuis le mois dernier, fermé les écoles, les universités, et presque entièrement fermé ses frontières.