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Le père de l’architecture irakienne moderne Rifat Chadirji est mort tard vendredi du nouveau coronavirus en Grande-Bretagne où il résidait, déplorent samedi responsables et professionnels.
L’architecte et photographe de 93 ans avait notamment signé deux ouvrages dont les images n’ont cessé de faire le tour du monde ces dernières années.
Partie prenante de tous les grands chantiers monumentaux de l’Irak entre 1950 et 1980, il est l’architecte du monument de la Liberté, qui surplombe la place Tahrir, épicentre de la récente révolte populaire irakienne à Bagdad.
« Une gigantesque figure de l’Irak du XXe siècle »
Il a également conçu le siège de la Compagnie nationale d’assurance de Mossoul, récemment démoli après que les combattants du groupe État islamique (EI) l’ont utilisé pour jeter dans le vide ceux qu’ils accusaient d’homosexualité.
« C’est une gigantesque figure de l’Irak du XXe siècle qui disparaît, on n’en compte plus que sur les doigts d’une seule main », affirme à l’AFP Caecilia Pieri, chercheuse associée à l’Institut français du Proche-Orient (IFPO).
Le président irakien Barham Saleh a salué « l’une des plus grandes voix modernes de l’architecture irakienne et mondiale » et le Premier ministre démissionnaire Adel Abdel-Mahdi « une empreinte et une école pour des générations d’artistes et d’architectes ».
Né dans une famille patricienne de Bagdad en 1926, Rifat Chadirji suit des études à Londres avant de revenir dans sa ville en 1952. Là, il est chargé par le Premier ministre Abdelkarim Qassem (qui vient de mener un coup d’État sanglant contre la royauté) de construire un monument au soldat inconnu sur la place Firdaous.
Après son arrivée au pouvoir en 1979, Saddam Hussein le fait détruire pour le remplacer par une gigantesque statue de lui-même dont la chute il y a dix-sept ans quasiment jour pour jour symbolisa la chute de son régime. Le dictateur a alors fait jeter Rifat Chadirji dans la terrible prison d’Abou Ghraib.
Un long exil
Ironie du sort, il quitte sa cellule après vingt mois parce que… le même dictateur avait demandé qu’on lui amène le plus grand architecte du pays pour préparer Bagdad à accueillir une conférence internationale. C’est en uniforme de détenu que Rifat Chadirji a été présenté au raïs, comme il le raconte dans son livre Un mur entre deux obscurités.
Son œuvre a été marquée par « la question de savoir comment faire à la fois local, en lien avec la tradition, mais tout en modernisant pour éviter le pastiche », décrypte Caecilia Pieri, auteure de Bagdad, 1914-1960, la construction d’une capitale moderne.
Après un long exil à Beyrouth et ailleurs, il est revenu en Irak en 2009 pour découvrir un pays ravagé par des décennies de guerre, d’embargo international et de gabegie de l’État aux infrastructures et bâtiments en état avancé de délabrement.
« Un peuple incapable de préserver ses œuvres est un peuple sans mémoire », plaidait-il alors.
Douze villageois ont été arrêtés samedi lors de heurts avec la police dans un village du nord-est de l’Égypte, où la population a refusé l’inhumation d’une femme décédée du nouveau coronavirus, par crainte d’être contaminée, selon une source sécuritaire.
La victime, médecin de 65 ans, a finalement été inhumée samedi dans son caveau familial à Chobra al-Bahou, un village du delta du Nil, après l’intervention des forces de l’ordre qui ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser la population, a indiqué la source, sous couvert d’anonymat.
Des dizaines de villageois, inquiets d’être infectés par le cadavre, ont dans un premier temps protesté contre sa mise en terre.
À la suite de cette première déconvenue, la dépouille a été transférée par ambulance jusqu’au village voisin de Mit al-Alam, où les habitants ont également refusé de l’accueillir, avant d’être acheminée de nouveau jusqu’à Chobra al-Bahou.
De retour au village d’origine de la défunte, les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes et arrêté douze habitants, accusés de « sédition », pour permettre de procéder à l’enterrement du corps, a indiqué la source sécuritaire, sans fournir plus de précisions.
La médecin contaminée hors du cadre de ses fonctions
L’Égypte a officiellement déclaré 1 794 cas et 135 décès dus au nouveau coronavirus, et est l’un des pays les plus touchés du continent africain.
La défunte, médecin, avait été contaminée hors du cadre de ses fonctions, selon la source sécuritaire.
En première ligne dans la lutte contre le nouveau coronavirus, le corps médical égyptien a enregistré 43 contaminations et trois décès, selon un communiqué du syndicat des médecins publié samedi.
Une mission médicale tunisienne composée de sept médecins et infirmiers est arrivée en Italie samedi, afin de soutenir ce « pays ami » dans la lutte contre le nouveau coronavirus, malgré les « modestes moyens » de la santé tunisienne, a indiqué la présidence à Tunis.
Cette initiative fait suite à une conversation téléphonique le 23 mars entre le président italien Sergio Mattarella et son homologue tunisien Kais Saied.
La Tunisie envoie son aide à l’Italie (page Facebook de la présidence tunisienne)
Sept médecins et infirmiers volontaires, faisant partie du corps médical militaire et spécialisés en réanimation, anesthésie ou sécurité biologique, sont arrivés samedi à Milan, dans le nord de l’Italie, selon la présidence.
Ils doivent être déployés pour quinze jours au moins dans la région italienne de la Lombardie, particulièrement touchée par la pandémie qui a fait plus de 18 000 morts en Italie et 25 en Tunisie.
La Tunisie est dotée de médecins très bien formés, mais les hôpitaux publics pâtissent d’un manque de moyens criant, surtout dans les zones marginalisées de l’intérieur du pays, quasiment dépourvues de personnel et infrastructures de réanimation, fragilisant le pays dans sa lutte contre le COVID-19.
Depuis quelques jours, la fourgonnette de l’association Insaf opère en mode commando dans les rues de Casablanca, la capitale économique marocaine, pour distribuer des aides alimentaires aux mères célibataires. Déjà fragile, cette population est plongée dans la détresse par la paralysie économique.
« Il faut faire vite », souligne Bouchra, la coordinatrice qui supervise la tournée du jour avec un chauffeur et un assistant chargé de veiller au grain dans des quartiers populaires sous tension, entre le confinement obligatoire contre le coronavirus, le désœuvrement et l’argent manquant.
Les bénéficiaires sont prévenues quelques minutes à l’avance par téléphone, rendez-vous est pris dans une rue, près de leur domicile. La fourgonnette s’arrête en trombe, les sacs sont déchargés en vitesse.
« Se débrouiller seule »
A chaque halte, les passants s’approchent pour demander si eux aussi peuvent recevoir une aide. Le trio de professionnels de l’Insaf désamorce les tensions.
« Merci! », murmure Habiba, avant de disparaître dans une ruelle, chargée de ses deux gros sacs de provisions.
Comme elle, Katouar, Fatima et les autres évitent de se faire remarquer : à la peur de faire des envieux en ces temps de crise s’ajoute une honte sociale liée à leur statut de mère célibataire.
« L’épidémie touche tout le monde, mais les mères célibataires sont les plus vulnérables : leur famille les rejettent et elles doivent se débrouiller seule avec leur bébé, sans aucun soutien », explique Meriem Othmani, la présidente de l’Insaf.
L’association aide chaque année plus de 500 jeunes femmes tombées enceinte hors mariage, frappées d’exclusion sociale à cause de ce que la société empreinte de conservatisme religieux voit comme un « péché ». Un rapport publié par l’Insaf et l’ONU recensait en 2011 près de 30 000 accouchements de mères seules, chaque année, au Maroc.
Les programmes de suivi de l’association vont de l’accompagnement médical et psychologique aux médiations de réconciliation avec les familles et les pères biologiques, en passant par le conseil en puériculture, la formation professionnelle et l’aide à la recherche d’emploi.
Tout a changé avec la pandémie : les premiers appels au secours sont arrivés environ 15 jours après la mise en place de l’état d’urgence sanitaire, mi-mars.
Aides d’urgences
« Beaucoup vivent des petits boulots dans la coiffure, le ménage, l’industrie textile ou la restauration, elles se retrouvent privées de ressources, sans filet de sécurité », détaille Latifa Ouazahrou, la responsable du pôle mère-enfant de l’Insaf.
« Certaines ne peuvent même plus acheter du lait pour leur bébé » et « c’est très important de leur apporter des denrées de première nécessité », sans attendre les aides financières prévues par l’État pour accompagner les plus vulnérables pendant la crise, souligne-t-elle.
Ces aides directes allant de 800 à 1 200 dirhams (80 à 120 euros) par mois selon la taille du foyer, « il faudra de toutes façons [les] compléter », estime-t-elle.
« Certaines ne peuvent même plus acheter du lait pour leur bébé »
-Latifa Ouazahrou, responsable du pôle mère-enfant de l’Insaf
Pour répondre à l’urgence, l’association a dû appeler à la rescousse les donateurs habituels et collecter de nouveaux fonds. Le parking de son siège a été transformé en « plateforme logistique » de stockage et de chargement. Ses salariés se relaient par équipe dans une grande salle habituellement utilisée comme cuisine pour préparer à la chaîne les sacs composés de semoule, lentilles, pâtes, riz, huile, thé, farine, savons et produits sanitaires. Avec en prime un prospectus sur les gestes barrières face au virus.
Foyers en détresse
Des livraisons d’urgence partent aussi dans des hameaux isolés de la région de l’Atlas (centre) où vivent des familles précipitées dans la misère à cause des effets de la crise sanitaire, doublée d’une grande sècheresse cette année.
L’Insaf accompagne certaines de ces familles dans le cadre d’un programme de lutte contre le travail des mineures : dans ces zones reculées, les parents les plus pauvres déscolarisent les filles, très jeunes, pour les envoyer travailler comme domestiques dans des centres urbains.
Depuis des années, l’association récupère ces « petites bonnes » et les aide à rentrer chez elles en apportant un soutien financier aux familles.
Âgé de 54 ans, Omar Saadoun, en charge du programme sur le travail des mineures, s’est récemment reconverti en livreur de colis.
Il inclut dans ses tournées des foyers en détresse identifiés par les autorités locales. Car, « avec le confinement, certains n’ont plus de quoi vivre », prévient-il.
par Sophie Pons à Casablanca
Le gouvernement turc a décidé cette semaine de vendre des fournitures médicales à Israël dans le cadre de sa politique de diplomatie humanitaire face à l’épidémie de coronavirus, ont déclaré des responsables turcs à Middle East Eye ce vendredi.
Alors que des responsables israéliens se sont rapprochés d’Ankara ce mois-ci pour lui soumettre une liste de demandes, la Turquie a approuvé la vente, signe que les deux pays ont l’intention de maintenir leurs relations bilatérales malgré leurs désaccords régionaux majeurs, de la bande de Gaza au statut de Jérusalem.
Des masques médicaux, des équipements de protection et des combinaisons Hazmat devraient notamment être expédiés. Un responsable turc proche de l’accord a déclaré à Middle East Eye qu’il faudrait un certain temps pour achever le processus bureaucratique en raison d’une interdiction de l’exportation de matériel médical.
Ankara espère également que le gouvernement israélien autorisera un envoi similaire de fournitures médicales à destination de la Cisjordanie occupée et de la bande de Gaza. « Il n’y avait pas de condition préalable. Mais c’est ce qui est attendu », a précisé le fonctionnaire.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a indiqué le mois dernier à son homologue palestinien Mahmoud Abbas que la Turquie soutiendrait les efforts déployés par l’Autorité palestinienne dans la lutte contre le coronavirus.
D’après Bloomberg, le premier média à avoir rendu compte de cette avancée, des avions cargo israéliens devaient rapporter la cargaison ce jeudi depuis la base aérienne turque d’Incirlik. Cependant, des sources turques ont déclaré qu’en raison de formalités administratives, il faudrait un certain temps pour que les équipements quittent le pays.
L’ambassade israélienne à Ankara n’a pas souhaité formuler de commentaires.
D’après une source turque proche du gouvernement qui s’est entretenue avec MEE, Ankara établit une distinction entre les questions humanitaires liées au coronavirus et les conflits politiques avec les pays étrangers. La source a ajouté que la Turquie avait également envoyé de l’aide médicale vers les pays des Balkans, y compris la Serbie, avec laquelle elle a eu des relations parfois houleuses qui se sont toutefois récemment améliorées.
Ce vendredi, un avion de transport militaire turc a décollé d’Ankara pour livrer de l’aide médicale au Royaume-Uni. La cargaison comprenait 100 000 masques chirurgicaux, 50 000 masques médicaux et 100 000 combinaisons Hazmat.
« Ankara établit une distinction entre les questions humanitaires liées au coronavirus et les conflits politiques avec les pays étrangers »
- Source MEE
Un autre responsable turc a déclaré qu’Ankara envisageait d’envoyer du matériel médical en Arménie, pays avec lequel les relations sont notoirement tendues.
Le gouvernement israélien a déclaré ce vendredi que le nombre de cas de COVID-19 avait dépassé les 10 000 pour un bilan actuel de 93 morts. Selon les observateurs, Israël réussit relativement bien à minimiser l’impact de la pandémie par rapport aux autres gouvernements de la région.
La Turquie et Israël n’ont pas d’ambassadeur dans leur capitale respective depuis que les États-Unis ont transféré leur ambassade de Tel Aviv à Jérusalem en mai 2018, ce qui a entraîné des protestations palestiniennes massives. Après que des dizaines de Palestiniens ont été tués par les forces de sécurité israéliennes le long de la frontière entre Gaza et Israël, la Turquie a demandé à l’ambassadeur d’Israël de quitter temporairement le pays et rappelé son propre représentant.
Par Ragıp Soylu, à Ankara.
Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.
Le nombre de personnes décédées après avoir ingéré du méthanol a fortement augmenté en Iran depuis le début de la pandémie de coronavirus, faisant plus de 300 morts, selon l’agence de presse ISNA.
L’ISNA a également signalé que « des centaines de personnes [avaient] été hospitalisées » dans le pays en raison d’une intoxication au méthanol, et que des dizaines de patients intoxiqués avaient perdu la vue ou développé une insuffisance rénale.
Depuis le 19 février, date à laquelle Téhéran a signalé ses premiers cas de COVID-19, des informations inexactes se sont répandues dans les réseaux sociaux iraniens selon lesquelles se gargariser avec de l’alcool ou de la vapeur d’alcool pouvait enrayer le virus.
Cependant, selon l’ISNA, un certain nombre de décès sont alors survenus dans le pays, où l’alcool est largement produit dans les distilleries clandestines.
« Les producteurs d’alcool de contrebande, consciemment ou inconsciemment, utilisent du méthanol, ce qui fait que certains de leurs clients se retrouvent dans les hôpitaux et d’autres dans les cimetières », a écrit l’ISNA.
Depuis la révolution islamique en 1979, la production et la consommation de boissons alcoolisées sont illégales en Iran, passibles de 84 coups de fouet et d’une peine de six mois d’emprisonnement. Cependant, chaque année, des centaines d’Iraniens meurent après avoir consommé de l’alcool de contrebande de mauvaise qualité.
Traduit de l’anglais (original).
Le contraste est saisissant : un président octogénaire aux rares discours préenregistrés et son Premier ministre, Mohammed Shtayyeh, qui multiplie en direct les analyses approfondies.
Ce dernier, un sexagénaire présenté par les analystes comme un des successeurs possibles de Mahmoud Abbas, 84 ans, à la tête de l’Autorité palestinienne a pris rapidement des mesures pour tenter de juguler l’épidémie de COVID-19. À ce jour, 250 cas, dont un mort, ont été officiellement déclarés en Cisjordanie.
Dès les premiers cas confirmés début mars à Bethléem, Mahmoud Abbas a chargé Mohammed Shtayyeh de former un comité d’urgence doté de prérogatives pour court-circuiter les différents ministères.
Mohammed Shtayyeh a ainsi annoncé dès le 5 mars le bouclage de Bethléem – en coordination avec Israël, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967 – et déclaré l’état d’urgence, fermant les écoles et interdisant toutes les activités et déplacements non essentiels.
« Nouvelle génération »
Alors que Mohammed Shtayyeh multipliait conférences de presse et visites sur le terrain, Mahmoud Abbas brillait par son absence.
Depuis le 5 mars, le président s’est largement retiré de la vie publique sans qu’aucune raison officielle n’ait été donnée, certains responsables évoquant toutefois la nécessité de le protéger de toute exposition au virus en raison de son âge.
« Ils ont agi très rapidement et ont vraiment pris la gestion de la crise avec le plus grand sérieux »
- Gerald Rockenschaub, Organisation mondiale de la santé
Des rumeurs sur sa santé fragile ont d’ailleurs poussé Saëb Erakat, le secrétaire-général de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), à tweeter fin mars que la santé du président était « excellente ». « Les nouvelles à propos de son entrée à l’hôpital sont nulles, vides et fausses. »
Mahmoud Abbas a mis fin à son mutisme le 3 avril avec un discours préenregistré de quatre minutes interprété comme visant à apaiser les inquiétudes sur sa santé. Une heure plus tard, Mohammed Shtayyeh donnait une conférence de presse de 40 minutes pour répondre à des questions détaillées sur la gestion de l’épidémie.
Les deux hommes, tous deux membres du Fatah, parti laïc contrairement au Hamas islamiste qui contrôle la bande de Gaza, incarnent deux générations.
Arrivé au pouvoir lors de l’élection de 2005, dernier scrutin présidentiel palestinien organisé à ce jour, Mahmoud Abbas est le successeur de Yasser Arafat, leader historique décédé en 2004.
Si la plupart des dirigeants palestiniens sont issus de l’ère Arafat, Mohammed Shtayyeh est considéré comme faisant partie de la nouvelle garde.
Parlant couramment l’anglais, contrairement à M. Abbas, il est titulaire d’un doctorat de développement économique à l’université britannique de Sussex.
« Il est dynamique, il est jeune, il a de l’énergie », estime l’analyste palestinienne Nour Odeh. « Tout le monde est très reconnaissant que cela [l’épidémie de COVID-19] tombe sous sa gouverne. »
Une nouvelle génération, comme la ministre de la Santé Mai al-Kaila, titulaire d’un doctorat en santé publique, est « en train de prendre les choses en mains et de prouver leur excellent travail », ajoute Nour Odeh, citant pour exemple les barrages palestiniens érigés en Cisjordanie pour empêcher la propagation du virus.
« Successeur potentiel »
Selon un sondage cette semaine auprès des Palestiniens de Cisjordanie, 96 % des personnes interrogées font confiance au gouvernement pour gérer la crise. Et la popularité croissante de Mohammed Shtayyeh alimente les discussions sur la succession de Mahmoud Abbas.
« C’est la première fois que Shtayyeh obtient un soutien important parmi le peuple palestinien en tant que successeur potentiel », estime Ofer Zalzberg, analyste au groupe de réflexion International Crisis Group. « Mais la crise n’est pas terminée et si les choses changent pour le pire, il risque un retour de bâton. »
« C’est la première fois que Shtayyeh obtient un soutien important parmi le peuple palestinien en tant que successeur potentiel »
- Ofer Zalzberg, analyste au groupe de réflexion International Crisis Group
Les Palestiniens ont demandé une aide internationale de 137 millions de dollars pour faire face à l’épidémie, mais elle risque de se tarir car les pays occidentaux sont eux-mêmes aux prises avec la pandémie et ses conséquences financières, soulignent des analystes.
Dans ce contexte, le gouvernement palestinien pourrait avoir du mal à payer l’intégralité des salaires de ses employés le mois prochain tandis que des dizaines de milliers de Palestiniens travaillant en Israël restent chez eux privés de revenus en raison du confinement.
La propagation du virus et ses conséquences financières pourraient changer l’image de Mohammed Shtayyeh. Mais « pour l’instant, il a mérité les éloges et il en profite », souligne Nour Odeh.
Par Joseph Dyke, à Ramallah.
En Arabie saoudite, les médecins du King Faisal Hospital, où sont soignés les membres de la famille royale, préparent jusqu’à 500 lits en vue de la hausse attendue du nombre de patients atteints du coronavirus au sein de la famille régnante des al-Saoud, selon un journal américain.
Des dizaines de membres de la famille, dont le prince Faisal ben Bandar ben Abdelaziz al-Saoud, le gouverneur de Riyad, sont déjà traités pour des infections au virus, selon un article du New York Times (NYT) paru mercredi.
Le mois dernier, Middle East Eyesignalait la fermeture temporaire de l’hôpital après qu’un membre du personnel eut été testé positif au COVID-19.
L’hôpital dispose d’une aile spéciale pour le traitement des membres de la famille royale, en particulier le roi Salmane, qui est âgé de 84 ans, et ses frères.
« Les directives nous enjoignent à être prêts pour les VIP de tout le pays », ont écrit les responsables de l’hôpital dans une « alerte renforcée » interne, envoyée mardi soir aux principaux médecins par voie électronique, selon une copie obtenue par le NYT.
Selon la note, tous les membres malades du personnel seront dorénavant soignés dans un hôpital moins huppé pour faire de la place en vue de l’admission des membres de la famille royale.
Jusqu’à 150 membres de la Maison des Saoud sont aujourd’hui soupçonnés d’avoir contracté le virus, notamment des membres de ses branches mineures, a déclaré au journal un proche de la famille.
Palais insulaire
Le roi Salmane réside maintenant dans un palais insulaire près de Djeddah, sur la mer Rouge, tandis que son fils, le prince héritier Mohammed ben Salmane, a fui avec bon nombre de ses ministres vers un site isolé sur cette même côte, où il a déjà promis de construire Neom, une ville futuriste.
La famille royale comprend des milliers de princes, dont beaucoup voyagent régulièrement en Europe et qui auraient ainsi ramené le virus.
À la suite du premier cas dans le royaume, un Saoudien rentré chez lui après avoir visité l’Iran, et une poignée de cas similaires, les autorités ont bouclé des zones de sa province orientale.
La province d’Ach-Charqiya abrite des membres de la minorité chiite du pays qui auraient probablement visité des lieux saints chiites ou des séminaires en Iran, épicentre régional de la pandémie.
Trois médecins ayant des liens avec des hôpitaux dans le royaume ont déclaré au NYT que les contaminations concernaient surtout des ressortissants étrangers.
Les travailleurs migrants d’Asie du Sud-Est ou des pays arabes les plus pauvres représentent environ un tiers de la population du royaume, qui compte environ 34 millions d’habitants.
La plupart vivent dans de grands camps bondés à l’extérieur des principales villes, où plusieurs travailleurs partagent une même chambre. Pour se rendre au travail, ils ont souvent à faire de longs trajets dans des autobus bondés – des conditions parfaites pour transmettre le virus.
« Moment décisif »
Le royaume a jusqu’à présent recensé près de 3 300 cas et 44 décès, le plus élevé du Conseil de coopération du Golfe, qui compte six pays, malgré l’arrêt de tous les vols de passagers, la suspension de la plupart des activités commerciales et l’imposition d’un couvre-feu de 24 heures dans les grandes villes, dont Riyad.
Dans une rare allocution télévisée mardi, le jour même de l’envoi de la directive « alerte renforcée », le ministre de la Santé Tawfiq al-Rabiah a averti que le virus pourrait éventuellement infecter entre 10 000 et 200 000 personnes dans le royaume.
Critiquant la réaction de certains Saoudiens face à la crise, le ministre a exhorté la population à se conformer davantage aux directives de l’État contre les rassemblements et les déplacements.
« Nous sommes aujourd’hui à un moment décisif en tant que société pour élever notre sens des responsabilités et contribuer avec détermination à stopper la propagation de cette pandémie », a-t-il déclaré.
Rabiah a déclaré que les couvre-feux de 24 heures, imposés lundi soir, étaient nécessaires parce que certains ne prenaient pas le danger de l’infection au sérieux et quittaient leur domicile et se rassemblaient.
Le roi Salmane a approuvé une rallonge de 7 milliards de riyals (1,70 milliard d’euros) pour le ministère de la Santé afin de lutter contre la maladie, et 32 milliards (7,8 milliards d’euros) supplémentaires pourraient être déboursés avant la fin de l’année, a ajouté Tawfiq al-Rabiah.
Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.
Le Yémen, pays meurtri par la guerre, a annoncé vendredi un premier cas de contamination au nouveau coronavirus, dans la province de l’Hadramaout (sud) contrôlée par le gouvernement, selon les autorités sanitaires.
« Le premier cas confirmé de nouveau coronavirus a été recensé dans la province de l’Hadramaout », a indiqué sur Twitter la commission gouvernementale d’urgence nationale sur la pandémie de COVID-19.
La personne contaminée reçoit des soins médicaux et son état est stable, a précisé ce comité, dirigé par le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi.
Les équipes médicales ont pris toutes les précautions nécessaires pour éviter une éventuelle contamination, a ajouté le comité, qui a promis davantage de détails en fin de journée.
Des organisations humanitaires ont averti de répercussions potentiellement catastrophiques d’une épidémie du nouveau coronavirus dans ce pays ravagé par cinq ans de guerre entre rebelles soutenus par l’Iran et troupes yéménites alliées à l’Arabie saoudite.
Un cessez-le-feu unilatéral décrété par la coalition menée par les Saoudiens a débuté jeudi au Yémen, Riyad disant espérer voir cette trêve, justifiée par le besoin de lutter contre le COVID-19, conduire à une fin de ce conflit qui dure depuis cinq ans.
Les autorités turques vont surveiller les mouvements des personnes testées positives au nouveau coronavirus et de leurs proches grâce à une application pour smartphone, a annoncé jeudi le gouvernement, une mesure visant à freiner l’épidémie qui s’accélère en Turquie.
Si une personne malade ou ayant été en contact avec elle quitte son domicile, elle recevra un SMS puis un appel téléphonique automatisé lui demandant de rentrer, a indiqué la présidence turque dans une vidéo de présentation de cette mesure.
Si elle n’obtempère pas ou récidive, la police sera alertée et des sanctions, par exemple une contravention, seront prises.
L’annonce de cette mesure, qui doit être mise en œuvre cette semaine, intervient au moment où plusieurs pays européens réfléchissent à la manière d’utiliser les smartphones pour lutter contre le COVID-19 sans porter atteinte à la vie privée.
La présidence turque assure que ce pistage se fera dans le respect des lois relatives aux données personnelles et que tous les éléments récoltés seront détruits une fois l’épidémie terminée.
« Des projets similaires développés dans d’autres pays du monde ont permis d’obtenir d’excellents résultats dans la lutte contre le COVID-19 », a souligné la présidence.
La Turquie est confrontée depuis plusieurs jours à une accélération de l’épidémie. Elle a enregistré plus de 38 000 cas dont 812 mortels, selon le dernier bilan officiel publié mercredi.
Face à cette situation, le président Recep Tayyip Erdoğan a multiplié les mesures : les écoles, bars et espaces culturels ont été fermés, les vols suspendus et les déplacements restreints.
Mais des opposants et médecins exhortent M. Erdoğan à mettre en place un confinement généralisé, une mesure rejetée par le président qui ne veut pas paralyser la fragile économie turque.
Pour le moment, seules les personnes âgées de plus de 65 ans, de moins de 20 ans ou atteintes de maladies chroniques n’ont pas le droit de sortir, même pour faire leurs courses.
Des funérailles secrètes qui ont eu lieu dans la ville kurde d’Erbil, à la fin du mois de mars, auraient provoqué une flambée des infections à coronavirus dans la région du Kurdistan irakien.
Les autorités du Gouvernement régional du Kurdistan (KRG) ont confirmé 41 nouveaux cas de COVID-19 dans la capitale, Erbil, lundi (17 femmes, 15 hommes et 9 enfants), ce qui marque le plus grand nombre d’infections en une journée dans la région autonome.
Les cas confirmés se répartissent comme suit : deux dans le district de Soran, trois dans le district de Sidakan, un dans le village de Halja Bchook, et les 35 autres cas dans neuf quartiers du centre-ville d’Erbil, selon un communiqué du ministère de la Santé du KRG.
Ces nouvelles infections portent à 277 le nombre total de cas signalés.
Selon le communiqué, 32 des 41 cas signalés sont la conséquence d’un contact avec une seule personne infectée lors de funérailles secrètes dans le quartier de Karizan à Erbil, le 21 mars.
« Nous demandons aux personnes qui se sont rendues aux funérailles de Fatah Hamad Salih et de Fatima Rahman Hussein à Karizan le samedi 21 mars 2020 de se rendre immédiatement dans un centre de traitement du coronavirus ou de contacter les équipes médicales pour subir un test de dépistage du coronavirus », a indiqué la direction de la santé d’Erbil, selon NRT.
« Contre toutes les règles, deux familles d’Erbil ont tenu une cérémonie funéraire… ce qui a valu à 32 personnes ayant assisté aux funérailles de contracter le coronavirus, lesquelles représentent maintenant 35 % de tous les cas à Erbil », a ajouté la direction.
Les funérailles étant interdites par crainte du coronavirus. Le ministère de l’Intérieur du KRG a déclaré lundi que ceux qui y assistaient seraient poursuivis, y compris ceux infectés par la maladie.
Idris Zeyad Rafaat, un étudiant en médecine de dernière année à Erbil, a déclaré qu’il était profondément frustrant de voir des gens ignorer les règles édictées par le gouvernement.
« Les médecins, les infirmières, le personnel hospitalier et les forces de sécurité ont tous travaillé 24 heures sur 24 pour sauver des vies et demander aux gens de rester à la maison et de ne se rassembler en aucune circonstance car cela conduira à la propagation du virus », a-t-il déclaré à Middle East Eye.
« Certains étaient de leur propre famille et d’autres étaient des gens venus de différents quartiers, ils ont tous été infectés par le virus. »
Confinement
La hausse du nombre d’infections survient malgré l’imposition d’un confinement strict par le KRG.
Les autorités ont imposé un couvre-feu complet de 48 heures à partir de minuit samedi. Seuls les agents de santé de service et les forces de sécurité étant autorisés à se déplacer librement. Les écoles, les universités, les rassemblements publics et les funérailles ont tous été interdits.
Malgré cela, le 5 avril, la police d’Erbil a dispersé de force d’autres funérailles dans le district de Daratu et imposé la quarantaine aux personnes y ayant assisté.
Le KRG a tenu lundi une réunion par vidéoconférence présidée par le vice-premier ministre Qubad Talabani.
« Les médecins, les infirmières, le personnel hospitalier et les forces de sécurité ont tous travaillé 24 heures sur 24 pour sauver des vies et demander aux gens de rester à la maison et de ne se rassembler en aucune circonstance »
- Idris Zeyad Rafaat, étudiant en médecine
La commission a décidé que le couvre-feu actuel de 48 heures resterait en place jusqu’à minuit afin de reconsidérer l’ordonnance de couvre-feu précédente qui interdit de voyager dans toute la région kurde jusqu’au 10 avril.
Dans le cadre de cette réunion, le président du KRG, Nechirvan Barzani, a remercié le public et remercié tout particulièrement « nos héros, nos équipes médicales, nos soldats peshmergas, nos forces de l’ordre et nos agences de presse qui travaillent sans relâche pour sauver des vies. »
Les chiffres officiels publiés par le gouvernement central à Bagdad indiquent que l’Irak a enregistré 1 202 infections et 69 décès, bien que ce chiffre ait été remis en question dans certains milieux.
Idris Zeyad Rafaat a déclaré que, malgré les dommages causés par des incidents comme les funérailles, les Irakiens seraient en mesure de sortir de la crise.
« Les Irakiens ont dû affronter beaucoup de choses, y compris [le groupe] État islamique », a-t-il déclaré. « Ensemble, main dans la main, nous pouvons endiguer l’épidémie. Si nous travaillons tous ensemble, nous pourrons certainement vaincre ce virus. »
Par Azhar Al-Rubaie à Erbil, Irak.
Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.
Dans une salle de classe déserte, Danielle Dbeiss fait son cours de géographie, filmé par une collègue. La vidéo sera envoyée à ses élèves, qui restent chez elles depuis la fermeture des écoles du nord-ouest de la Syrie par crainte du nouveau coronavirus.
Comme ailleurs dans le monde, l’enseignement à distance s’est imposé dans la Syrie en guerre. Une solution toutefois ardue dans un pays aux infrastructures en déliquescence, où l’électricité et internet par exemple ne sont disponibles que par intermittence.
Dans son école de la ville d’Idleb, Mme Dbeiss a dessiné une carte de la Syrie au tableau, et se lance face à sa collègue, qui la filme avec son smartphone. La vidéo sera transmise à ses élèves, âgées de plus de 15 ans, via la messagerie WhatsApp.
Pas d’accès continu à internet
« Aujourd’hui, notre leçon se fera d’une autre façon, avec l’enseignement à distance (…) en raison de l’épidémie de coronavirus », commence-t-elle.
Aucun cas de personne atteinte de la maladie COVID-19 n’a été officiellement recensé dans la région d’Idleb et ses environs, ultime grand bastion des islamistes armés et rebelle qui compte quelque trois millions d’habitants.
Toutefois, craignant une catastrophe humanitaire en cas d’épidémie, les autorités locales ont fermé les écoles et les restaurants, invitant la population à rester chez elle.
Dans l’établissement de Mme Dbeiss, seules 650 filles, sur près d’un millier que compte son école, peuvent suivre l’enseignement à distance en raison du manque d’équipements, regrette l’institutrice.
« La majorité des élèves n’ont pas un accès continu à internet, et il est difficile de recharger les téléphones portables » avec les coupures de courant, explique la quadragénaire vêtue d’un long manteau marron, le visage encadré par un voile fleuri.
En général, les enfants n’ont pas d’ordinateur et ils utilisent le smartphone des parents, dit-elle.
Vivant également dans la ville d’Idleb, Nour Sermini passe ses journées le visage rivé sur l’écran d’un téléphone, ses cahiers étalés devant elle sur le lit, communiquant par messages vocaux avec sa professeure pour résoudre des équations mathématiques.
Une situation désastreuse
L’adolescente de 17 ans, qui jongle avec les groupes WhatsApp créés par ses enseignants, est déterminée à poursuivre ses cours.
« Même les bombardements n’ont pas réussi à les interrompre », martèle la jeune fille, vêtue d’une veste en jean.
Dans un pays en guerre depuis 2011, plus de la moitié du millier d’écoles de la région d’Idleb ont été endommagées, détruites ou se trouvent dans des secteurs dangereux, selon l’ONG britannique Save the children.
Le secteur bénéficie depuis mars d’une trêve précaire ayant mis fin à une offensive meurtrière du régime de Bachar al-Assad et de son allié russe.
Mais en quelques mois, cette escalade a déjà privé d’éducation quelque 280 000 enfants, selon l’UNICEF.
La situation est particulièrement désastreuse dans les camps de déplacés, où des dizaines de milliers de familles vivent dans le plus grand dénuement, entassées dans des tentes ou des logements de fortune, obtenant quelques heures d’électricité seulement grâce à des panneaux solaires.
Sous une tente qui fait office d’école dans un de ces camps, près du village de Kafr Yahmoul, Ahmed Rateb vient d’enregistrer un cours de mathématiques.
« Nous essayons de ne pas priver les enfants d’éducation », plaide-t-il, expliquant que les leçons sont envoyées par WhatsApp ou Telegram.
L’instituteur reconnaît toutefois que certains élèves ont dû arrêter les cours « parce qu’ils n’avaient ni ordinateur portable, ni smartphone ».
Méthodes alternatives d’enseignement
Des difficultés similaires touchent les territoires contrôlés par le régime, où les familles sont confrontées à des coupures de courant et n’ont droit qu’à un seuil de consommation limité pour internet.
Pour lutter contre le nouveau coronavirus, qui a officiellement infecté 19 personnes et entraîné deux décès dans les zones gouvernementales, les autorités ont multiplié les mesures de prévention, fermant notamment écoles et universités.
Le ministère de l’Éducation dispose toutefois d’une chaîne TV spécialisée où sont diffusés des cours d’arabe, d’anglais et de sciences.
« Nous essayons de ne pas priver les enfants d’éducation »
- Ahmed Rateb, institeur
Dans les zones semi-autonomes du nord-est contrôlées par les Kurdes, les écoles sont aussi fermées.
Des méthodes alternatives pour assurer l’enseignement à distance sont prévues dans les prochains jours, explique un responsable, Nour el-Din Mohamed.
Les cours seront diffusés sur les télévisions locales et YouTube, et les enseignants répondront aux élèves via WhatsApp.
Hayat Abbas vient d’ailleurs de finir d’enregistrer une leçon de kurde. Mais l’enseignante de 43 ans sait déjà que le contact direct avec les élèves en classe va lui manquer.
Sa crainte avec les cours à distance ? « Que les élèves aient des questions, mais qu’ils ne trouvent pas les réponses ».
Par Aref Tammawi et Delil Souleiman à Qamichli.
Spéculation, marché noir, ersatz, rumeurs. Souvent des malfrats en tout genre cherchent à profiter des crises pour s’enrichir. L’épidémie de COVID-19 n’échappe pas à la règle au Maghreb, déclenchant une répression tous azimuts.
Depuis plus de deux semaines, les 44 millions d’Algériens font face à une sévère pénurie de semoule à la suite d’achats massifs de cette denrée de base provoqués par une rumeur massivement relayée sur Facebook faisant état d’une rupture des stocks.
« Jamais de ma vie je n’ai acheté un sac de semoule de 25 kilos mais là j’ai peur que la situation n’empire et que les boulangers baissent rideaux par peur de la maladie », s’alarme Fawzi, un jeune entrepreneur algérien.
La fièvre de la semoule
« Qu’allons-nous manger? J’ai dû payer le sac de semoule 1 700 dinars [12,5 euros] au lieu de 1 200 dinars mais je n’avais pas le choix », témoigne ce père d’une fillette de 4 ans.
« Il s’agit d’un réflexe humain. La population surstocke, mais certains tentent [aussi] d’en profiter », déclare à l’AFP Karim Khelouiati, un expert en cybersécurité qui surveille le web.
Le président Abdelmadjid Tebboune a eu beau tenter de rassurer — évoquant des stocks de semoule suffisants « pour quatre ou cinq mois »—, des foules s’agglutinaient devant les minoteries pour s’approvisionner directement.
À tel point que le ministère du Commerce a décidé, mardi, d’interdire cette vente directe à la population. La distribution de semoule repasse désormais par les grossistes, les grandes surfaces et les épiceries de quartier.
Le chef de l’État a lui exhorté les citoyens « patriotes » à dénoncer publiquement les accapareurs, tandis que les gendarmes encouragent la population à leur signaler « tout acte de spéculation, de monopole et de fraude », tout en multipliant les opérations de contrôle.
Du 22 mars au 1er avril, plus de 2 500 personnes ont été arrêtées pour avoir stocké des aliments de base et des produits parapharmaceutiques à des fins spéculatives, selon la gendarmerie.
Durant cette période, plus de 5 000 tonnes de vivres et quelque 219 000 articles de pharmacie ont par ailleurs été saisis.
Des « criminels de guerre »
En Tunisie aussi, les autorités ont durci le ton.
Fin mars, la douane a saisi un lot de gants, blouses, masques et bavettes périmés d’une valeur de 500 000 dinars (158 000 euros) au port de Radès, près de Tunis, dans les entrepôts d’un homme d’affaires qui a été arrêté.
Comme son homologue algérien, le président Kais Saied a appelé à punir les spéculateurs qualifiés de « criminels de guerre », après des ruptures de stock de farine et de semoule dans certaines zones.
Un représentant de l’État dans le Kef (nord) a été arrêté mardi après une alerte de l’Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC), qui a accusé plusieurs élus et fonctionnaires d’être impliqués dans le marché noir.
Faux membres du PNUD
Au Maroc, la spéculation sur les produits convoités en période de confinement a commencé bien avant l’apparition du premier cas de COVID-19 le 2 mars.
Des profiteurs se sont rués sur les masques, jusque dans les magasins de bricolage, et les prix des gels désinfectants ont flambé.
Depuis la situation est revenue à la normale, le gouvernement ayant fixé les tarifs du gel hydroalcoolique et des masques, désormais produits au Maroc.
Plus grave, la police de Fès (nord) a appréhendé quatre personnes soupçonnées d’opérer un « atelier clandestin » dans un garage pour fabriquer et commercialiser des produits désinfectants contrefaits.
Autre cas de filouterie: deux « repris de justice » se faisant passer pour des agents de l’État participaient aux campagnes de sensibilisation sanitaire à Salé, près de Rabat, et en profitaient pour « commettre des vols », selon des médias marocains.
À ce sujet, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à Rabat a mis en garde le 30 mars contre « les agissements de certains individus qui se font passer pour des membres du personnel du PNUD et mènent des opérations frauduleuses ».
Cyber-guerre contre les fake news
Une jeune Oranaise est poursuivie pour avoir posté sur Facebook une vidéo alarmiste où elle accusait des compatriotes confinés dans un complexe touristique de la région, après leur retour de l’étranger, d’en être sortis prématurément en « usant de leur influence ».
Elle s’est rétractée mais devra répondre devant la justice d’« exposition au regard du public, dans un but de propagande, de tracts de nature à nuire à l’intérêt national », selon la gendarmerie.
Certains médias algériens ont toutefois mis en garde contre le risque d’entrave à la liberté de la presse et d’expression.
Le 1er avril, deux responsables et une journaliste du quotidien Sawt Al Akher ont été interpellés pour avoir fait état d’erreurs supposées dans les tests de dépistage.
Inculpés, ils ont été remis en liberté, mais sous contrôle judiciaire.
Par Abdellah Cheballah avec les bureaux de l’AFP au Maghreb.
Et si les mesures contre la propagation du coronavirus étaient en fait connues et enseignées depuis des siècles déjà ? C’est ce que suggère le chercheur américain Craig Considine dans une tribune publiée dans NewsWeek.
« Des experts comme le Dr Anthony Fauci, immunologue, et le Dr Sanjay Gupta, journaliste médical, disent qu’une bonne hygiène et la mise en quarantaine, ou la pratique de l’isolement des autres dans l’espoir de prévenir la propagation de maladies contagieuses, sont les outils les plus efficaces pour contenir le COVID-19 », rappelle le chercheur, qui ajoute : « Savez-vous qui d’autre a suggéré une bonne hygiène et une mise en quarantaine pendant une pandémie ? Mohammed, le prophète de l’islam, il y a plus de 1 300 ans. »
Le chercheur explique que le prophète, qui a vécu au VIIe siècle, « avait néanmoins de bons conseils pour prévenir et combattre la propagation » d’un virus comme celui à l’origine du COVID-19.
Il cite plusieurs exemples de hadith du prophète. « Si vous entendez parler d’une flambée de peste dans un pays, n’y entrez pas ; mais si la peste éclate dans un endroit pendant que vous y êtes, ne quittez pas cet endroit. »
Ou encore : « Ceux qui souffrent de maladies contagieuses doivent être tenus à l’écart de ceux qui sont en bonne santé. »
Craig Considine ajoute dans son article que le prophète Mohammed incitait fortement les gens à adhérer à des pratiques hygiéniques pour se protéger des infections et des maladies en général : « La propreté fait partie de la foi », disait le prophète de l’islam.
« Lavez-vous les mains après votre réveil. Vous ne savez pas où vos mains se sont déplacées pendant votre sommeil. » Et encore : « Les bienfaits de la nourriture résident dans le lavage des mains avant et après avoir mangé. »
« Mohammed a encouragé les gens à chercher des conseils dans leur religion, mais il espérait qu’ils prennent des mesures de précaution de base pour la stabilité, la sécurité et le bien-être de tous »
- Craig Considine, chercheur américain
En cas de maladie, que préconisait encore Mohammed ?
« Il encourageait les gens à toujours chercher des médicaments : ‘‘Ayez recours à un traitement médical’’, a-t-il dit, ‘‘car Dieu n’a pas fait de maladie sans en nommer un remède, à l’exception d’une maladie, la vieillesse’’. »
L’auteur de The Humanity of Muhammad: A Christian View souligne surtout le fait que le prophète savait équilibrer raison et foi.
Craig Considine cite ainsi une histoire rapportée par le savant perse du IXe siècle Al-Tirmidhi : « Un jour, le prophète Mohammed a remarqué qu’un bédouin quittait son chameau sans l’attacher. Il a demandé au bédouin : ‘‘Pourquoi n’attaches-tu pas ton chameau ?’’ Le bédouin a répondu : ‘‘Je mets ma confiance en Dieu.’’ Le Prophète a alors dit : ‘‘Attache d’abord ton chameau, puis mets ta confiance en Dieu.’’ »
« Mohammed a encouragé les gens à chercher des conseils dans leur religion, mais il espérait qu’ils prennent des mesures de précaution de base pour la stabilité, la sécurité et le bien-être de tous », écrit le chercheur américain, avant de conclure : « En d’autres termes, il espérait que les gens utiliseraient leur bon sens. »
La coalition militaire menée par l’Arabie saoudite, qui intervient au Yémen en soutien aux forces gouvernementales, a annoncé un cessez-le-feu de deux semaines à partir de jeudi, pour prévenir une propagation du coronavirus.
En dépit d’un appel au cessez-le-feu promu par les Nations Unies en mars, les violences s’étaient récemment accrues au Yémen, pays ravagé par un conflit armé, et qui n’a officiellement enregistré aucun cas d’infection.
En attente de la réponse des Houthis
« Nous annonçons un cessez-le-feu à partir de [jeudi] pour deux semaines. Nous nous attendons à ce que les (…) Houthis acceptent. Nous préparons le terrain pour lutter contre la maladie du COVID-19 », a déclaré mercredi un responsable saoudien.
Selon lui, ce cessez-le-feu unilatéral entrera en vigueur jeudi à 9 h GMT.
Les Houthis, soutenus par l’Iran, n’ont pas réagi dans l’immédiat à cette offre.
La coalition a la ferme intention de respecter ces deux semaines de cessez-le-feu, tout en se réservant le droit de se défendre en cas d’attaque, a encore rapporté le responsable saoudien.
Le cessez-le-feu peut être prolongé si les Houthis répondent « de manière positive » au geste de la coalition, a-t-il ajouté.
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a salué l’annonce de la coalition militaire, qui « peut aider à faire avancer les efforts de paix ainsi que la réponse du pays à la pandémie de COVID-19".
« Ce n’est que par le dialogue que les parties pourront se mettre d’accord sur un mécanisme permettant de maintenir un cessez-le-feu à l’échelle nationale » et sur « la reprise d’un processus politique pour parvenir à un règlement global » du conflit, a souligné Antonio Guterres dans un communiqué.
« Saisir cette occasion »
Le 23 mars, il avait lancé un appel « à un cessez-le-feu immédiat, partout dans le monde » afin de préserver, face à la « furie » du COVID-19, les civils les plus vulnérables dans les pays en guerre.
Il a invité mercredi « le gouvernement et les Houthis à s’engager, de bonne foi et sans conditions préalables, dans des négociations » facilitées par l’émissaire spécial de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths.
Ce dernier a de son côté appelé les belligérants à « saisir cette occasion et cesser immédiatement toutes les hostilités », dans un communiqué.
La guerre au Yémen oppose depuis cinq ans des adversaires locaux, soutenus par des puissances régionales rivales. Le gouvernement reconnu par la communauté internationale, appuyé depuis 2015 par une coalition militaire menée par l’Arabie saoudite, se bat contre les Houthis.
Confronté à la pire crise humanitaire au monde, le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, n’a enregistré jusqu’ici aucun cas d’infection à la maladie COVID-19.
Mais les organisations humanitaires craignent une catastrophe si le pays était touché par le nouveau coronavirus. Avec un système de santé exsangue et une pénurie d’eau potable, le Yémen a déjà été frappé par des épidémies comme la dengue ou le choléra.
La guerre a fait des dizaines de milliers de morts, essentiellement des civils, d’après diverses ONG, et environ 24 millions de Yéménites, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d’aide humanitaire, selon les Nations unies.
Par Anuj Chopra.